LES REFORMES PROPOSEES PAR M. BRIGHT
26 janvier 1864.
La propriété territoriale et les réformes proposées en Angleterre par 797. Bri^ltt.
Il était attendu avec grande impatience le discours que M. Bright a prononcé hier dans le Town 'Hall de BirmiiH ^ham. Pouvait-il en être autrement? Accusé par le TitMs d'avoir prêché le système de la loi agraire, de nourrir contre l'aristocratie anglaise des pensées de spoliation, de vouloir la division gratuite des . propriétés territoriales des riches, entre tous les pauvres, M. Bright n'avait opposé jusqu'ici à cette accusation, homicide en Angleterre, qu'un silence stoïque et méprisant; .il avait laissé son ami M. Cobden s'élancer seul au plus fort de la mêlée et combattre leur commun combat. Qu'allait-il dire, la première fois qu'il ferait retentir en public les accents de sa sauvage et forte éloquence? En quels termes allait-il répondre, et pour le compte de M. Cobden et pour le sien propre, aux attaques du plus puissant journal qui soit au monde? Mais, surtout, quel remède allait-il demander qu'on appliquât à ces maux de la classe agricole qu'il avait si énergiqueme»t dénoncés ?
Eh bien, BC Bright a parlé. Et, le dirai-je? sa harangue, quoique applaudie k Birniingham avec passion, a produit sur moi un effet trop semblsfble à celui du désappointement.
A la partie agressive de ce discôMPs, je n'ai rien à redire,
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bien qu'en général la violence ne soit guère de mon goût, parce qu'un orateur, lorsque l'approbation enthousiaste de son auditoire lui donne de Faiguillon dans le flanc, n'est pas aussi maître de sa parole qu'un écrivain Test de sa plume.
Contre le Times^ M. Bright a été ce qu'il est toujours : éloquemmenl terrible. La calomnie dont lui et son ami avaient été l'objet, il Ta repoussée avec un singulier mélange de hauteur dédaigneuse, de colère et d'ironie. Quel formidable usage il a fait de cette figure de rhétorique : la répétition ! Lorsque, par allusion à la souveraineté anonyme du Times ^ il ramène, presque à chaque phrase, en les appliquant au rédacteur en chef du journal en question, ces mots vengeurs : « L'homme au masque {the getitleman in the mask)^ » on dirait le marteau tombant sur l'enclume. ^ Et il n'a pas été moins terrible contre la classe des grands propriétaires du sol {the landowners), lorsqu'il les a représentés en proie à la rage aveugle d'acquérir, et incapables de s'élever — dans les questions vitales, celles de la Corn Law^ par exemple — à l'intelligence de leurs propres intérêts. Mais où M. Bright a fléchi, c'est dans l'exposé de ses vues en ce qui touche le meilleur mode de tenure des terres. Dire d'une voix retentissante, d'une' voix qui va droit au cœur, que la situation du laboureur, en Angleterre, est encore aujourd'hui ce qu'elle était au. temps de la féodalité, et qu'il ne peut y avoir que souffrance et misère dans des cabanes hantées par la vermine, ofi jusqu'à sept et huit personnes dorment entassées; et que dix shillings par semaine constituent un piètre salaire ; et que ceux-là se moquent du paysan d'une façon bien cruelle, qui lui recommandent, comme moyen d'atteindre au beau idéal de sa condition, d'élever respectablement une famille nom-