DU CONGRÈS DES SOUVERAINS ALLEMANDS A FRANCFORT
au déchaînement de la guerre; car il est à remarquer que le plan de réforme investit d'attributions exlraordinairement étendues ce pouvoir exécutif, où TAutriche a eu soin de se faire la part du lion.
D'après le plan impérial, il y aurait une chambre de délégués, assemblée centrale composée de trois cents membres, que toutes les Diètes allemandes seraient appelées à élire. Fort bien. Mais les deux tiers, de ces membres seulement devant être nommés par les chambres basses^ et le tiers devant être désigné par les chambres hautes, on devine quelle force aurait, même dans l'assemblée centrale, plus particulièrement censée représenter le peuple, l'élément aristocratique.
Encore si on lui laissait, à cette assemblée ainsi' formée, le droit de statuer réellement sur les questions qu'on déclare de sa compétence : la liberté de la presse par exemple, le droit 'd'association, l'inviolabilité du domicile ! Mais non : elle proposerait, et qui disposerait? Une assemblée placée au-dessus d'elle, l'assemblée des princes, en qui résiderait de fait la puissance législative.
Le projet indique, en outre, Tinstitution d'un tribunal fédéral entièrement dominé par l'élément aristocratique : on ne voit pas bien ce que le peuple y gagnerait, mais ce qu'il risquerait d'y perdre n'est que trop visible.
Dans l'état actuel des choses, il est loisible, dans tel État particulier, à un écrivain, à un pamphlétaire, à un journaliste, de critiquer les acies du souverain d'un autre État. De quel coin de l'Allemagne, — la Prusse à part, — n'a-t-on pas entendu s'élever librement, en ce qui concerne M. de Bismark, ou un cri de colère, ou un éclat de rire? Que le plan de l'empereur d'Autriche se réalise, adieu celte liberté de censurer, sinon le pouvoir qu'on a sur sa tête, au moins
[] LETTRES SUR L* ANGLETERRE (iSes)
celui ({m pèse sur la tête du voisin ! Le tribunal fédéral serait l'unité (les souverains fiice à face avec Téparpillement des peuples.
Ce n'est pas dans un pays rompu comme celui-ci à la prati(pie des franchises constitutionnelles qu on peut se faire illusion sur le caractère et la portée d'une réforme établie sur de pareilles, bases. Aussi le plan de l'empereur d'Autriche est-il ici le sujet de critiques fort vives^ A personne^ cela va sans dire, le problème de l'unité ne semble résolu. Comment vaincre la résistance de la Prusse ? Et comment se passer de son concours? .
S>'i) lui prenait envie de se retirer de la Confédératioa^ où faudrait-il chercher l'Allemagile ? L'Autriche catholique estelle le centre autour duquel se puissent grouper avec confiance, — la Prusse protestante se teaant h l'écart, — les États qui furent le berceau du protestemtisme? L'Âuthche^ dont le domaine est composé, pour moitié au* moins, de possessions qui ne sont pas allemandes, ferait-elle bonne figure au sommet de l'Allemagne, en l'absence delà Prusse,. dont le domaine s'étend tout au travers de la Confédération,, et qui a un caractère germanique si marqué?
Je veux bien* que les traditions aient leur prestige ; et ce prestige-là, l'Autriche certaifloraent le possède. Maïs les. jours du saint empire roinaîj» som déjt^ bien éloigiés de do«s; et l'esprit nouveau, lui aussi, a des autels ! La folie du roi de Piriisse est précisément de ne pas comprendre ce que contient de puissance, dans le siècle où nous sommes, le titre de parvenu qusmd les actes répondent au titre.
Voilà, monsieur, ce que j'entends dire autour de mei^ non sans maint commentaire ironique sur la magnificence du spectacle, rapprochée de l'insignifiance des résultats obtenus ou prévus.