LORD RUSSELL ACCUSE DE NEPOTISME
On raconte qu'avant d'entrer à Francfort l'empereur d'Autriche avait fait prendre les devants k une belle" voiture d'apparat attelée de huit chevaux, avec accompagnement de laquais dorés sur toutes les coutures. La foule regarda longtemps, tout ébahie, et elle n'était pas encore revenue de son admiration, lorsqu'elle apprit tout à coup que le César allemand était arrivé dans une voiture de place.
En cette anecdote, vraie ou fausse, le Spectalar d'hier voit l'histoire en miniature du grand congrès des souverains, et je crois qu'à cet égard le Specialor exprime une opinion assez généralement répandue en Angleterre : la démarche de l'empereur d'Autriche, voiture d'apparat; — son projet, voiture de place.
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«août.
Liord Rasaell a«ensé de népotisme.
« Avez-vous envie d'un pâté de pigeon ? ne demandez pas aux pigeons ce qu'ils en pensent. »
C'est en ces termes qu'un journal anglais apprécie l'idée qn'a eue l'empereur d'Autriche de demander aux petits rois et aux petits princes d'Allemagne l'unité de l'Allemagne. Il aurait fallu, en effet, pour que l'œuvre d'unification, sérieusement comprise, fût menée à bonne fin, que les nombreux
souverains dont chacun possède son lambeau de Germanie montrassent un désintéressement dont l'histoire des dieux mortels offre peu d'exemples.
Et cette difficulté n'était pas ici la seule. A la réunion de Francfort, le plus puissant, le plus indispensable des personnages invités manquait. Qu'attendre d'un effort combattu par la Prusse protestante . dans cette Allemagne où le protestantisme est né? Comment espérer voir l'unité allemande se réaliser en dehors du plus allemand des États allemands, en dehors de cette Prusse au pouvoir de laquelle le a Nationalverein » avait pendant si longtemps associé ses espérances?
C'est assez dire qu'en Angleterre les esprits politiques redoutaient un avortement. Mais ce qu'ils se plaisaient à ne pas prévoir, c'est précisément ce qui est arrivé. Au lieu de faire h la Prusse une situation impossible , en proposant uq plan de nature à gagner à l'Autriche toutes les sympathies populaires, les hommes d'État de Vienne ont mis en avant une conception qui donne .tout à l'Autriche, beaucoup aux souverains allemands, et ne donne rien au peuple. En vérité, l'Autriche aurait eu en vue de colorer d'un prétexte sérieux le refus de concours du roi de Prusse, qu'elle n'aurait pu mieux s'y prendre.
Voilà comment les choses sont envisagées ici, au trèsgrand ennui des Anglais, qui, sans croire d'une manière bien fervente à la possibilité de faire que l'Allemagne soit une, aimaient néanmoins à se flatter sur ce point de je ne sais quel vague espoir; car l'Angleterre comprend à merveille que, pour elle, l'unité de l'Allemagne ne serait en aucune façon un péril et serait de toute façon une garantie^ — garantie contre la Russie, d'une part, et, d'autre part^ garantie contre la France.