‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 108 sur 186 · DEBAT SUR LE SENS DD C FOREIGN ENLISTKENT ACT · texte numérisé non relu

DEBAT SUR LE SENS DD C FOREIGN ENLISTKENT ACT

hostilement ces vaisseaux au service d'un potentat étranger? 9

Ces doutes seraient fort intéressants à éclaircir. Est-ce que M. Siidell ne pourrait pas, sur ce points nous venir en aide?

Ce qui est-sûr, c'est que r es mots : « un Français, » mêlés, à tort ou à raison, au bruit du combat qui, depuis quelques jours, se livre autour du nom de M. Laird, compliquent ou semblent compliquer singulièrement la question.

Il y a, en effet, ceux qui crient : c Prenons bien gar^e l Si nous soufirons qu'en violation de la loi, quelque autre Alabama^ sorti des ports de l'Angleterre, aille chercher sur l'Océan l'occasion de poursuivre, de piller, de brûler les vaisseaux marchands des États-Unis, ou bien si nous souffrons que des vaisseaux de guerre, portant l'estampille anglaise, courent offrir aux confédérés un moyen de plus de prolonger Thorrible lutte, que devient, aux yeux des Américains du Nord, la neutralité de l'Angleterre? Et le maintien de la paix, que devient-il ? »

Or, à ceux-là d'autres répondent : t Entre un vendeur anglais et un acheteur français, le gouvernement anglais n'a que faire. S'il plaft à un Français d'acheter de M. Laird, pour les vendre ensuite, à qui bon lui semble, deux vaisseaux, cuirassés ou non, cela le regarde. Prétendre l'en empêcher, ce serait tomber de mal en pis. » VEeonomist dit en propres termes : « Nous ne pouvons pourtant pas nous faire une querelle avec la France pour plaire à FAmérique. »

Ainsi donc, à entendre les uns, il faut se préparer à une rupture avec l'Amérique , si les deux vaisseaux suspects ne sont pas saisis; et, s'ils le sont,' une rupture avec la France, à entendre les autres, ne serait pas impossible. Peste!

quelle importance donnée à ce M. Laird et à son mystérieux compère d'outre-Manche! Les voilà, du coup, investis du droit de paix et de guerre. Ils tiennent le sort du monde dans leurs puissantes mains. Pour de simples indi\idus, dont Tun est M. Laird tout court et dont Tautre est encore à l'état dç mythe, c'est beaucoup d'honneur !

En attendant, la question divise et agite les esprits. Le ministre des États-Unis en Angleterre demande à cor et à cri que le gouvernement intervienne comme il le fit dans .le cas de YAlexandra, offrant de prouver que les vaisseaux construits à Birkenhead sont destinés aux États du Sud et invoquant l'exécution stricte du « Foreign Enlistmeut Act j». C'est dans ce sens que pétitionnent, et la «r Société d'émancipation », et la c Société pour Tabolition de l'esclavage ». Les partisans du Nord ne laissent pas de repos à lord Russell; ils lui donnent de Taiguillon dans le flanc. Le Morning Star^ journal de MM. Cobden et Bright, a été des premiers à sonner le tocsin, et, chaque jour, il s'étudie à montrer une guerre avec les États-Unis comme la conséquence naturelle de spéculations semblables à celles de M. Laird , si on les tolère. Le Caveant consules est aussi fort bien développé dans deux lettres que M. Nassau Senior a tout récemment adressées au Times, et auxquelles le Times^ chose remarquable et remarquée, a donné son visa.

D'autre part, le parti tory veut absolument qu'on laisse faire. Le Moming Post ayant annoncé avant-hier que le gouvernement était enfin décidé à mettre le holà, voilà qu hier le Moming Herald a lâché la bride à son indignation. H rappelle amèrement à lord Russell qu'il y a quelques jours, il opposait aux mémoires dont il était assiégé la nécessité de n'agir que sur preuves biefn concluantes. Il s'étonne d'un changement de politique aussi soudain. Peu s'en faut qu'il

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D'accusé le collègue de lord Palmerslon d'être plutôt un ministre des États-Unis c[u*un ministre d'Angleterre. Quoi! ce grand peuple anglais céder, fléchir devant la mauvaise humeur d'un M. Âdamsl Fi donc!

Et ceux-là d'applaudir qui, sans se soucier beaucoup du côté politique de cette affaire, ont l'œil sur le côté commercial. Car il ne faut pas perdre ceci de vue, que plus l'industrie Laird se développe, plus la prime d'assurance à payer par la marine marchande des États-Unis s'élève, ce qui tend à faire passer tout doucement de l'Amérique à l'Angleterre le commerce de transport.

Aussi, c'est merveille de voir jusqu'à quel point on est parvenu à embrouiller la question.

Et d'abord, certains prétendent qu'il doit en être de l'équipement des vaisseaux destinés à un des belligérants ou à tous les deux, comme de la vente et de l'exportation des munitions de guerre, lesquelles ne constituent pas une violation de la neutralité et n'ont d'autre résultat que d'exposer celles des marchandises qui sont définies contrebande de guerre à être saisies sur mer par la partie intéressée. Pourquoi, dit-on, ne pourrais-je pas, moi, simple particulier, vendre aux confédérés, à mes risques et périls, un vaisseau armé en course ou en guerre, si, à mes risques et périls, je puis leur vendre des épées, des fusils, de la poudre? Pourquoi, dans le premier cas, y aurait-il, plus que dans le second, atteinte au principe de la neutralité adopté par l'Angleterre?

Pourquoi? Parce que, dans le premier cas, il y a quelque chose qui saute aux yeux, ce qui n'existe pas dans le second. Il ne suffit pas que le neutre soit neutre, il faut qu'il le paraisse ; et coranjent le paraître , lorsqu'on arme des bâtiments monstrueux, dont la provenance est si vivement rappelée par chacune de leurs agressions? Un homme qui

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entend un coup de fusil ne se demande pas où la poudre a été fabriquée; mais toutes les fois que VAlabama s'est élancé comme une béte de proie sur un navire fédéral, ceux qui le montaient ont pu dire : c C'est d'un port d'Angleterre que sort le monstre. » Et puis, quand un gouvernement permet aux particuliers de vendre et d'exporter des armes, cette permission est supposée devoir profiter également aux deux belligérants. Mais, ainsi que le fait remarquer avec raison M. Vemon Lushington, dans une lettre publiée par le Times d'aujourd'hui, le fait d'exporter des vaisseaux, en ce qui concerne la lutte actuelle qui déchire l'Amérique, trahit une partialité flagrante. Les fédéraux peuvent euxmêmes construire des navires ; les confédérés ne le peuvent pas. Lès fédéraux ont une marine marchande à harceler, à piller, à brûler; les confédérés n'ont pas de marine.

Du reste , à quoi bon cette discussion ? Le « ForeigD Enlistment Act j» est là.

Il est vrai qu'il ne manque pas de gens disposés à épiloguer sur le sens précis de cet acte, sur sa véritable portée légale. Qui sait? Peut-être ne s'applique-t-il qu'à l'hypothèse où des Anglais équiperaient des vaisseaux dans le but d'y prendre eux-mêmes service pour le compte d'un belligérant. Oh ! alors M. Laird serait blanc comme neige, son ambition n'étant pas , que je sache, de courir les aventures d'un loup de mer.

Malheureusement, lord Russell, qui, en cette occurrence^ est le seul oracle à consulter, n'entend pas ainsi la chose. Pour lui, la rédaction du « Foreign Enlistment Act » est suffisamment claire; et s'il était bien établi que, malgré leurs noms égyptiens et les accointances de M. Laird avec tin Français, les deux vaisseatuv cuirassés dont on parle tant sont destinés aux confédérés, Sa Seigneurie, je crois.

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n'hésiterait point à crier auxdits vaisseaux : On ne passe pas !

La difficulté est donc d'avoir àes preuves.

Et comment arriver là ? Une loi de ce genre est si £acUe à éluder?

Le mieux, pour en finir, serait de l'étendre en la préci* sant, et de déclarer illégale, sans plus d'ambages, toute vente de vaisseaux de guerre non autorisée par TÉlat. Cela couperait court à des subterfuges et à des disputes d*où peuvent sortir, en telle circonstance donnée, de grands^ d'irréparables désastres. Il est vraiment par trop absurde qu'un monsieur quelconque, qu'il s'appelle Laird ou Paul, ait pouvoir d'entraîner son pays dans une guerre terrible, parce qu'il lui aura plu de favoriser la cause des confédérés, ou simplement de s'enrichir aux dépens de la cause des fédéraux.

It septembre.

Le « Gliost-Cliib >•

Un jour, Daniel O'Connell ferma la bouche à une poissarde qui l'insultait, en lui criant : t Vieille hypothénuse ! » Ce mot mystérieux, incompris, fut un coup de foudre. De même, l'autre jour, une demoiselle Harriett Trimmer foudroya'une dame Augusta Leigh, en lui lâchant à brûle-pourpoint l'appellation de « capricorne >•

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Les circonstances qui fournirent à la colère de miss Harriett Trimmer cette obscure et terrible façon de s*épancher se rapportent à un véritable trait de mœurs et méritent conséquemment une petite place dans la chronique de chaque jour.

Voici le fait.

Une vieille demoiselle du nom de miss Trimmer ayant lu dans quelque journal une annonce ainsi conçue : « Chez soi confortable, composé d'une chambre h coucher et d'uu salon pour six shellings par semaine, service compris, » se rendit au lieu désigné et loua l'appartement. Mais h peine y était-elle installée que d'étranges allées et venues éveillèrent en elle un sentiment de vertueuse sollicitude. Elle se crut dans une maison de mauvaise renommée, fit ses malles en toute hâte, et se mit en mesure de partir sans payer. Arrêtée au passage, elle s'ouvrit franchement de ses soupçons ; sur quoi, la dame de l'endroit, quelque peu amazone de sa nature, lui livra un combat d'où la pauvre miss sortit passablement meurtrie. De là, procès pour « assatilt », comme on dit en bon anglais. Devant le juge, l'héroine qui, d'une main si leste, avait vengé l'honneur de son garni, a fait porter sa défense sur deux points, savoir que sa maison était la seule dans tout le quartier qui ne fût point « gaie j», et ensuite que la plaignante Tavait appelée, non pas « vieille hypothénuse », mais, ce qui est presque aussi grave, « capricorne ». Capricorne! La qualification n'étant pas de celles qui sont ordinairement du ressort des tribunaux, le magistrat a voulu en savoir au juste le sens, ce qui a amené l'explication suivante :

Dans Bath Street , City Road , réside un grand nécromancien, un Cagliostro à deux sous par tête. Miss Trimmer, se trouvant tourmentée par des peine§ de cœur, eut recours

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