‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 109 sur 186 · LE C GHOST-CLUB · texte numérisé non relu

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;i re médecin des âmes; elle paya ses deux sous, bien entendu, et reçut l'assurance que la destinée lui tenait encore en réserve d'heureux jours ; qu'elle réussirait dans certaines do ses entreprises, mais qu'elle aurait certaines épreuves à traverser; qu'elle ne serait jamais très-riche, mais qu'elle ne serait jamais précisément « piquée par Taiguille de la misère *. Cela dit, notre aruspice tendit à miss Trimmer un imprimé en tête duquel brillaient ces mots : « Réponse à Saturne et au Capricorne. » L'oracle qui, paraît-il, réunit It's qualités de l'homme d'affaires à la sagesse d'un adepte lie [a cabale, avait eu soin d'écrire en note de sa « Réponse au Capricorne » : t Miroirs secrets montrant aux dames leurs maris présents ou futurs, et aux maris leurs femmes futures ou présentes. Prix d'admission : deux sous. »

Entrer pour deux sous dans le temple de Delphes, c'est pour rien. On se presse donc aux portes, et la qualification lie « Capricorne », appliquée par miss Trimmer à mistress Aui>;usta Leigh n'a été que le résultat de l'impression profonde faite sur l'esprit des croyants par l'emploi des mots sa«'rés.

encore un exemple du pouvoir de la superstition en Angleterre.

VA que d'autres preuves je pourrais citer ! Je vous ai déjà ]>arlé de Zadkiel^Âe sa popularité. Croiriez-vous qu'il existe 4\si\)s Londres une foule de sombres repaires, tous situés, ;nnsi qu'il convient, dans quelque quartier bien solitaire, au fond de quelque rue bien sombre, au plus pauvre étage de quelque maison bien délabrée, où des duchesses, des comtesses, des femmes du monde, des filles d'Eve qui savent jusqu'au latin, vont en tapinois se faire dire la bonne aventure par des pythonisses en haillons, — et cela d'un cœur p.*lpitant de désir, d'espérance, d'effroi?

T. VI. s

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Quant à celles et à ceux qui, pour rien au monde, ne s'embarqueraient un vendredi, qui feraient une lieue avec de la boue jusqu'aux hancbes plutôt que de passer sous une ^échelle; aimeraient mieux mourir sur l'heure qu'être exposés Ji mourir plus tard en s' asseyant à une table autour de laquelle sont déjà douze convives, et à la vue d'une salière renversée pâlissent de cette pâleur dont parle Racine le (ils, leur nombre passe toute proportion décente. On ne brûle plus les sorcières, voilà tout.

Et tenez, il n'y a pas encore une semaine qu'on lisait dans le DailyTelegraph l'annonce extraordinaire que voici : c Maison hantée par les revenants. — Le « Ghost^Club *, dans des vues d'investigation, désire obtenir une maison bantée' par des revenants, en ville ou à la campape, pour un temps déterminé. — S'adresser, avec toutes les particularités requises , au secrétaire du « Ghost - Club » , aux soins de Joseph Clayton, agent d'annonces, 263, Strand, Londres* d

Un club formé pour aller à la chasse aux fantômes ! Que vous en semble? Pas une syllabe de cette prodigieuse annonce qui ne soit digne d'attention. Tout d'abord , quoi de plus philosophique que la pensée mère à laquelle ce club doit naissance? Ceux qui le composent sont, vous le voyez, des sages qui planent d'un vol également élevé au-dessus des faiblesses de la crédulité et des misères du scepticisme. Us n'affirment pas précisément qu'on revienne de l'autre monde, mais ils ne le nient pas tout à fait non plus. Us se sont associés ; ils ont loué un vaste local ; ils ont pris un secrétaire; ils ont nommé un comité, avec président et viceprésidents; ils tiennent des registres; ils font bombance, à certains jours donnés, se servant de crânes, je suppose, en .guise de verres; ils sont un club enfin, < dans des vues

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d'investigation ». C'est le pur amour de la science qui les inspire. Aussi désirent-ils obtenir une maison hantée par des revenants, — de vrais revenants, des revenants pour tout de bon, qui ne sortent pas de la manufacture de M. Home et ne soient pas des spectres faux teint. Remarquez, je vous prie, cette condition, si éminemment philosophique : < Toutes les particularités requises. » Ainsi , ce qu'il faut faire savoir au secrétaire, par l'entremise de Joseph Clayton, agent d'annonces, 265, Strand, c'est si le revenant, qu'on consentira k mettre à la disposition du club, vient à l'heure de minuit ou plus tard; s'il annonce son arrivée par un bruit de chaînes on par le tintement simultané de toutes les sonnettes de la maison; s'il a traversé le cimetière ou s'il est descendu par la cheminée; s'il est apparu sous la forme d un vieux chevaHer couvert de son armure ou sous celle d'une jeune fille montrant son sein percé d'un poignard; s'il est conduit par le désir de chercher un trésor enfoui ou de cacher un meurtre; bref, « toutes les particularités requises ». Que ce soit « à la ville ou à la campagne », n'importe : la science ne s'arrête pas à ces distinctions. On ne demande la maison que pour « un temps déterminé », soit afin de ne pas perdre trop de temps à pénétrer un mystère qu'on reconnaîtrait impénétrable, soit de peur qu'une « investigation » indéfiniment prolongée n'exigeât un courage surhumain. Quoi qu'il eu soit, quiconque a, dans les conditions voulues, un bon revenant sous la main, n'a qu'à s'adresser au « Ghost-Club », et il est sAr de faire une. belle affaire. On demande... non pas un valet de pied ou une bonne pour tout faire, mais un fantôme ! (Wanted a ghost !)

Or, ce qui rend cette ardeur d'investigation plus méritoire encore, c'est que, chaque soir, dans Regent-Street, à « Po- Jytechnic institution », on montre des spectres qui viennent

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d'être inventés tout exprès pour prouver que, dans ce siècle de l'industrie, on fabrique des revenants comme toute autre chose. Mais ces messieurs du « Ghost-Club » ne sont pas gens à se rendre de la sorte. Us sont pour le libre examen quand même.

Tout ceci ne vous semble-t-il pas une page à ajouter k l'histoire des singularités humaines et des excentricités anglaises?

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13 septembre.

Défavt d'enienle entre Downing-Street el les Toileries*

Reconnaissance des Polonais en qualité de belligérants, voilà ce que le parti libéral en Angleterre demande à l'heure qu'il est, voilà ce qu'il espère.

C'est pour obtenir cela que le prince Czartoryski vient de s'adresseraux'ministres des' affaires étrangères de France, d'Angleterre, d'Autriche, et cette démarche est accueillie par le Daily Neics avec une satisfaction un peu naïve, mais honnête.

Rien de plus facile à concevoir, pour qui se rend compte des sentiments contradictoires qui agitent le cœur de ceux des Anglais dont le Daily News est Torgane.

DÉFAUT d'entente. DOWNING-STREET ET LES TUILERIES 37

Ils abhorrent Toppression ; mais ils craigneot encore plus la guerre.

' Ils s'intéressent vivement aux Polonais ; mais ils se défient de la France impériale.

Ils voudraient voir la Pologne libre ; mais le rouge leur monte au front quand ils songent au Rhin menacé.

Ils souhaiteraient, pour la Pologne, une vi^^toire de Solferino; mais ils redoutent pour elle une paix de Yillafrauca.

Ils gémissent au fond de l'âme de l'humiliation infligée à leur pays par une intervention impuissante et des négociations pitoyablement conduites ; mais ils n'auraient pas voulu d'une politigue ferme et fière qui les eût exposés au danger d'avoir dans Alexandre un ennemi à combattre et dans Napoléon un allié à surveiller.

En cette situation d'esprit, il est tout simple qu'ils s'efforcent de trouver satisfaisante une solution qui, si elle est loin de répondre à leurs sympathies, a du moins le mérite de couper court à leurs inquiétudes.

Que signifie-t-elle cependant, cette solution que saluent les espérances du Daily News et que le discours de lord John Russell, à Blairgowrie, a fait entrevoir?

En ce qui concerne la Pologne, son admission au rang de puissance belligérante est , au point où en sont les choses, dérisoire. Le grand avantage, pour les Polonais, d'être égorgés sous le nom de belligérants , au lieu de Tétre sous le nom d'insurgés!

Lorsqu'on se hâta si fort d'accorder aux planteurs du Sud, révoltés contre l'Union, le titre de belligérants, on fit, en leur faveur, une chose très-significative, que dis-je? trèsimportante. Ils avaient, en effet, besoin de ce titre pour armer en course des navires qui, autrement, eussent été regardés comme des pirates, traités comme tels; et l'on

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sait de reste quels eoups ont frappé sur le *Nord leurs écumeurs de mer. Mais, daus le cas des Polonais, rien de sembbble.Le titre de belligérants leur donnera4-iI un- mousquet de plus, ou leur permettra-t-O de courir un danger de moins? S'il est vrai, — ^^et cela est trop vrai, hélas! — qu'en prolongeant outre i mesure le tournoi diplomatique et littéraire où s'est complu Tamour^propre des clianeelleries< française, anglaisent autridiienne, on a laissé à la Russie le; temps de ramasser* ses forces, de compléter ses' ressources, d'organiser ses moyens d'extermination; s'il est vrai que l'hiver approche, et qu'il va chasser les insurgés du fond des bois, les. affamer... en quoi, je le demande, le titr^ de belligérants accordé à ces soldats héroïques du droit les sauverat-il des conséquences d'un délai meurtrier?

C'était au moment où ils se soulevèrent, c'était le lendemain même du jour où la tyrannie russe changea la conscription en proscription, qu'il fallait dire au czar : « Aux yeux de l'Europe officielle, vous n'aviez à la possession de la Polope qu'un titre, un seul. Vous l'avez perdu en violant les conditions auxquelles il vous fut donné. Les puissances signataires du traité de Vienne retirent solennellement leur sanction à un partage qu'elles n'auraient jamais dû sanctionner. Les choses ont été ramenées par vous-même au point où elles étaient en 1772. Dans la Russie combattant la Pologne, nous ne voyons plus que deux peuples dont l'un veut injustement asservir l'autre. Nous refusons de nous rendre complices de cette iniquité, et vous restez comptable des suites. » Oh ! si, sans déclarer la guerre à la Russie, mais sans lui ôter non plus à cet égard toute appréhension, comme lord Russell a eu l'enfantine candeur de le faire, on eût tenu ce langage à la Russie alors que l'Europe frémissait d'indignation et que les sympathies pour la Pologne

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