‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 110 sur 186 · DEFAUT D ENTENTE. DO^NING- STREET ET LES TUILERIES · texte numérisé non relu

DEFAUT D ENTENTE. DO^NING- STREET ET LES TUILERIES

étaient comme mi tourbillon qui emportait péle-méle les gouvernements et les peuples, nul doute qu'un fait pareil n'eût été d'un poids considérable, du moins au point de vue moral.

Mais il est trop tard aujourd'hui. Une déclaration qui, au début de la querelle, eût probablement troublé le cabinet de Saint-Pétersbourg et servi la Pologne, a perdu, par suite de négociations aussi longues que stériles, son caractère de menace à l'égard du premier, et, à l'égard de la seconde» son caractère d'encouragement.

Ce que ces négociations ont ajouté de force à la force de la Russie et d'audace à son audace est incalculable. La guerre de Crimée avait pu faire craindre au czar la possibi* lité d'une action commune entre la France et l'Angleterre : maintenant le voilà rassuré. Ce qu'il lui importait le plus de connaître d'une manière certaine, ces malencontreuses négociations le lui ont appris. Elles lui ont livré le secret de Tirritation sourde qu'a laissée dans le cœur des Anglais le brusque dénoûment donné par Napoléon à la guerre de Crimée. Elles l'ont amené à voir clair au fond des défiances dont l'expédition du Mexique, d'abord entreprise en commun, mais non poursuivie en commun, a été la source. Il sait maintenant à n'en plus douter :

Que la politique des Tuileries et celle de Downing-Street n'ont ni le même point de départ ni le même but ;

Que l'une s'appuie sur l'anéantissement des traités de 1815, tandis que l'autre vise à leur maintien;

Que l'une a intérêt à ne vouloir qu'une Pologne indépendante, tandis que l'autre est intéressée à vouloir une Pologne libre ;

Que , pour l'une, la question polonaise s'étend au delà

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des liiniles du grand-duché de Varsovie , tandis que , pour Taulre, elle s'y arrête;

Que l'une ne croit pas pouvoir se passer de l'alliance de l'Angleterre, tandis que l'autre a presque aussi peur rie l'alliance de la France que de son inimitié.

Encore si, en délivrant le cabinet de Saint-Pétersbourji de la crainte de l'action commune, les négociations lui avaient laissé la crainte de l'action isolée ! Mais non ; pendant que l'Angleterre ne cessait de dire : « Nous ne ferons pas la guerre avec la France, » le gouvernement français, par ses organes accrédités, avait toujours l'air de dire : « Nous ne ferons la guerre qu'avec l'Angleterre. » La Russie jouait ainsi contre des adversaires qui, tour à tour, lui faisaient voir leurs cartes. Comment n'aurait-elle pas gagné I;* partie?

Aussi le ton de sa diplomatie est-il graduellement passé de la politesse froide à l'ironie voilée, de l'ironie à l'arrogance, de Tarrogance à une sorte de langage impérieux. Lv « il faut en finir », — car c'est à cela que revient la conclusion de la dernière dépêche du prince Gortschakoff, — fournit la mesure d'un orgueil auquel les puissances intervenantes ont offert à l'envi tout ce qui pouvait servir à l'alimenter.

Et ce n'est pas seulement en grossissant la voix que h Russie, à mesure que les négociations se prolongeaient , a témoigné de sa confiance croissante. Le 25 septembre, le Times écrivait : « Voici que la Russie prétend avoir tenu h Pologne, en 1815, du droit de conquête. A l'entendre, 1» simple déclaration des intentions bienveillantes de l'empereur Alexandre, dans le traité de Vienne, ne confère pas ii l'Europe le droit de se mêler des affaires intérieures de l;i Russie, c'est-à-dire d'exiger quoi que ce soit en faveur de la Pologne. Cette prétention rend superflue toute discussion

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