DEFAUT D ENTENTE. DOWMXG -STREET ET LES TUILERIES
ultérieure sur le traité de 1815. Il ne reste plus aux puissances occidentales d'autre alternative qu'une humble soumission (lame submission) ou une guerre européenne. »
Depuis, le Times a prouvé qu'à une guerre européenne, il préférait, quant à lui, une humble soumission; mais cela inême proclame assez haut le triomphe de la Russie.
Venez donc nous parler, après cela, de retirer votre sanction au traité de 1815 et de reconnaître la Pologne comme puissance belligérante! Eh qu'importe à la Russie votre sanction, dès qu'elle peut impunément s'en passer? Posséder la Pologne par droit de conquête, dans ce cas, n'est pas moins conforme à ses intérêts et l'est beaucoup plus à son orgueil. Elle n'ignore pas, d'ailleurs, qu'en invoquant les traités de 1815, on invoque un fantôme, et M. Emile de Girardin a cent fois raison lorsqu'il demande ce qui reste de ces traités, après le rétablissement de la nationalité belge en 1831, après l'incorporation de Cracovie h l'Autriche en 1846, après la restauration de l'Empire en 1852, après l'annexion de la Lombardie au Piémont en 1859.
Pour ce qui est de la dignité des puissances intervenantes, si elle est compromise, ce n'est certainement pas cet expédient tardif et inutile qui la sauvera. Leur devoir était de vaincre, et c est à peine si elles ont su couvrir leur retraite.
42 LETTRES SUR L ANGLETERRE (l863)
CXGIV
20 septembre..
I^e rétabUasemeiit de l'Union en Amérique Jugé taniKiBalKle en Angleterre.
La lettre écrite par M. Abraham Lincoln k la < Ligue unioniste, » qui siège dans la capitale de Flllinois, a produit ici une sensation très-vive. Les uns applaudissent, les autres sifflent ou en font le semblant ; mais il est manifeste que sur tous rimpression est profonde. Le coup a porté.
Les eonoemis du Nord, et ils sont nombreux en Angleterre, triomphent de quelques vtdgarismes qui déparent l'éloquence, fort peu apprêtée en effet, de ce républicaia élu par des républicains ; ils citent telle phrase où Ton chercherait en vain la trace d'un esprit raffiné; ils relèvent dans la lettre, objet de leur fastidieuse critique , telle plaisanterie qui sent le terroir et que la littérature des chancelleries désavoue; ils reprochent à l'énergique adversaire de Jeffersoa Davis, ce héros de leurs prédilections, de parler plutôt yankee qu'anglais. Mais le vigoureux bon sens qui marque d'un cachet si particulier ce manifeste de gouvernement, le parfum d'honnêteté qui s'en -exhale, la conviction d'airain dont il témoigne, l'inébranlable volonté dont il est le gage , et la sérénité qu'attestent, au sein d'une crise gigantesque, les saillies populaires qui égayent une rude logique, tout cela n'est pas sans trouver des admirateurs.
Le parti dont les sécessionnistes sont les enfants gâtés
RETABUSSBMBNT DE h UNION IU6E IMPOSSIBLE 43
•jiSecte dé prendre en pitié le fanatisme d'un bemme qui, idisen^ils, n'a qu'un cri : « Maintien de TUnion. » Je voudrais J)ien savoir quel autre cri aurait l'Angleterre si demain rirlande se détachait d'elle violemment, cette Irlande qui est catholique, qui n'a pas une i^outte de sang saxon dans les veines et qui, sous les lois de l'opulente Angleterre, meu£t defaim?
« Maintien de l'Union, ^ voilà des mots qui effectivement doivent mal sonner de ce côté-ci de l'Atlantique, car c'est à « rUnion » que l'Amérique a dû de voir s'élever, en peu d'années, une puissance dont le développement prodigieux avait fini par devenir l'étonnement de la Grande-Bretagne, presque son effroi. Pourquoi le taire et comment le nier? C'est en haine de la force que l'Amérique puisait dans le « maintien de l'Union » et qu'elle retrouverait dans son rétablissement, que les Anglais, eux qui aAraient aboli l'esclavage, se sont prononcés en si grand nombre pour les possesseurs d'esclaves, réclamant la liberté d'être oppresseurs, le droit de supprimer le droit.
Mais ce que ne veut pas un pays rival du sien, M. Lincoh est, certes, bien excusable de le vouloir; et s il le veut avec jurdeur, avec passion, c'est parce qu'il sait que, pour le Nord, c l'Union » est non-seulement une question de puissance et de grandeur, mais une question de nécessité. Le Nord et le Sud, comme États indépendants, ne peuvent pas plus exister l'un à côté de l'autre que le travail libre ne peut exister à côté du travail esclave. Ce sont deux forces qui, de même que les deux principes qui les meuvent, ne sauraient se loucher sans se heurter et tendre violemment à s'entredétruire. La guerre, assoupie aujourd'hui, se ranimerait demain.
44 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (iSGS)
Voilà ce que, dans les Étals-Unis, chacun comprend; et voilà ce qui rend l'attitude de la masse si indomptable, son élan si fougueux. Pour le Nord; il ne s'agit pas , ainsi que je Tentends dire, de subjuguer le Sud, mais tout simplement de s'assurer le moyen de vivre en paix. Il attaque a6n de n'avoir pas à se défendre. Ce qui lui fait désirer passionnément l'union avec le Sud , c'est Timmense danger de son voisinage. Et l'on reproche à M. Lincoln de partager ce désir ! Mais, en vérité, autant vaudrait lui reprocher d'être président des États-Unis; car il ne gouverne la nation dont il est l'élu qu'à la condition de la représenter, et, en Amérique, un président n'est que le premier ministre du souverain, le peuple.
Reste à savoir s'il est raisonnable de croire que l'abîme creusé entre le Nord et le Sud par la guerre civile puisse être jamais comblé. L'opiaion générale ici est ou semble être que toute espérance de ce genre est un rêve ; que les haines d'où l'affreuse lutte est sortie et qu'elle a si fort envenimées sont de celles qui rongent le cœur jusqu'à ce qu'il ait cessé de battre. <i On ne soumettra les planteurs, disent beaucoup de gens en Angleterre, qu'à la condition de les exterminer. Si le cabinet de Washington aspire à conquérir un désert, à régner sur des cadavres, à la bonne heure. L'assimilation de deux sociétés que sépare une mer de sang est devenue absolument impossible. Prétendre unir de nouveau ce qui a été divisé de cette horrible sorte est une chimère qui touche à la folie. A supposer même que les sécessionistes vaincus consentissent à survivre à leur défaite, le jour où le Nord leur aurait brisé l'épée dans la main, il serait réduit à leur donner des chaînes, dont ils se serviraient, eux, tôt ou tard, pour le frapper à la tête. Entre les fédéraux et les confédérés, en dehors de l'indépendance des seconds, il n'y