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A sopposer même que, par ud retour impossible à prévoir, la diplomatie, Providenco des Polonais ^ se décidit à agir au lieu de protocoIiser,*rheure de toute intervention active yest déjà loin derrière nous. Ce sera vraiment la faute de Mourawieff si, au mois de mai prochain, sa besogne n'est pas achevée, et si, parmi les Polonais qui valent la peine qu'on les égorge, il en reste un seul h secourir ou à tuer.
Mais, en revanche, la Pologne a cet insigne honneur d'avoir fourni à MM. les diplomates le thème le plus propre à faire briller leurs talents. Ce qu'ils ont dépensé d*art et de logique tient du miracle. Jamais les àcretés de la polémique, entre gens bien nés, ne s'étaient, produites avec autant de grâce. De part et d'autre, quelle éloquence raffinés! quelle colère courtoise! quelle dialectique subtile!
La dernière dépêche du comte Russell surtout mérite d'être méditée par les jeunes gens qui tiennent à compléter leurs études. Les arguments du prince Gortschakoff y sont réfutés de main de maître, et il est bien clair que le ministre anglais a fait ses humanités. Les disputes métaphysiques du moyen âge n'étaient pas plus inutilement savantes et ne témoignaient pas d'un esprit plus inutilement délié. Sa Seigneurie trouve réponse k tout. C'est en vain que le prince Gortschakoff invoque h l'appui de la théorie du meurtre en grand le respect dâ à l'autorité : lord Russell , avec un sens profond, répond que la clémence et la conciliation sont plus efficaces que la force matérielle, quand il s'agit d'assurer le respect dû effectivement à l'autorité. C'est eu vain que le prince Gortschakoff reproche aux puissances intervenantes Tencouragement moral donné à l'insurrection par les chancelleries et par les peuples : lord Russell réplique très-pertinemment que, « si le sentiment général en Pologne n'avait pas été hostile à la Russie d'une manière absolue, l'assis-
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tance morale et matérielle du dehors n'aurait pas été d'un grand secours à Tinsurrection. » — « Mais, observe le prince Gortschakoflf, ce n*est ni une amnistie, ni une repré> sentation plus ou moins complète que les insurgés demandent... » Ah! voyons un peu comment lord Kussell va se tirer de ce mauvais pas, lui qui a déclaré ne pas savoir ce que signifiait Tindépendance de la Pologne, attendu que, selon lui , elle ne commence et ne finit nulle part. C'est ici que la scolastique officielle triomphe. Loin de paraître eiiibarrasse, lord Russell se porte Tavocat de cette masse flottante qui, en Pologne tout comme ailleurs, a se contente de la sécurité des personnes et des propriétés. y> Qu'opposer k cela ? Qu'on déporte ou qu'on fusille les mauvais sujets qui meurent pour que la patrie vive : ce n'est pas d'eux que la diplomatie s'occupe; ce qu'elle veut, c*est que ceux-là soient satisfaits qui composent la masse flottante, et dont la digestion lie fut jamais troublée ni par une aspiration noble ni par une émotion héroïque. A la bonne heure, milord, voilà qui est parler en homme d'État !
Or, tandis que les notes s'échangent, les forces de la Po- 'logne s'épuisent, son sang coule ici à flots, là goutte k goutte. Tandis qu'on disserte avec un calme imposant sur les moyens de la sauver, elle agonise. Encore (|uelques mois, et son cœur peut-être aura cessé de battre. M. Urquhart aurait-il eu par hasard raison de prétendre que la Russie appelait de ses vœux une insurrection de la Pologne; qu'elle y a poussé de tout son pouvoir; qu'elle brûlait d'en finir une bonne fois avec tout ce que le peuple polonais renfermait de vaillants patriotes ou plutôt avec le peuple polonais luimême, et que, fatiguée d'avoir à surveiller sa proie, elle avait fait naître l'occasion de la dévorer? Ce qui est ^dVy, c'est que, si elle avait en effet conçu cet horrible dessein.
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elle n'aurait pu mieux s'y prendre pour Taccomplir. Sans compter que les Polonais eux-mêmes ont, par l'étendue et la sombre ma'gnanimité de leur désespoir, servi de complices k leurs oppresseurs. Il n'y a pas à en douter : entre fléchir et périr, leur cboix était fait le jour oà ils saisirent la faux. Il s*agit de savoir si un peuple sera, oui ou non, anéanti...
Et qu'on n'appelle pas notre crainte une chimère; qu'on ne vienne pas nous parler pompeusement de l'impuissance finale de la force brutale, de l'essence immortelle du droit et autres belles choses de cette espèce ! Qu'il ne Soit point donné à la force brutale de tuer une idée, même quand elle a l'affreuse logique de sa brutalité, je le veux bien ; que l'hérésie, en Espagne, n'ait pas été étouffée sans retour dans les flammes allumées par l'inquisition; que le protestantisme n'ait pas été étranglé, en Belgique, par les bourreaux du duc d'Albe, et que les poignards de la Saint-Barthélémy n'aient pas frappé au cœur, absolument au cœur, le calvinisme, cela me plairait assez à croire ; mais une nationalité n'est pas une idée inextirpable. Est-ce* qu'on n'a jamais vu un peuple disparaître de la terre? On frémit quand on songe à ce qui adviendrait de la Pologne si la Russie, ne reculant devant rien , en venait à ameuter les opprimés qui ne pensent pas contre les opprimés qui pensent, en promettant aux premiers les dépouilles de leur patrie morte !
Souffrir cette infamie est un opprobre dont l'Europe ne se laverait jamais. Dieu veuille, pour son honneur d'abord et ensuite pour sa sûreté , que le mot fameux attribué mensongèremenl à Kosciuszko vaincu ne se réalise pas; car ce qu'il y a dans le Finis Poloniœ^ c'est un immense danger européen. Talleyrand et Castlereagh le sentaient bien, lorsque, au congrès de Vienne, ils disputèrent avec tant de vivacité l'indépendance de la Pologne à la rapacité du czar»
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Malheureusement le czar avait deux cent mille hommes dans le grand-^ducbé de Varsovie, et il n^etit qu*à dtre : « Où }e suis, je resle. > On eut doac, au lieo d'une Pologne iadépeihdante, une Pologne asservie. Mais, noéme en cet*^at, ]ialpitante, foulée aux pieds, elle était on obstacle sur le chemin de la Russie : qu'arrivera-t--il, iorsque, po«r pénétrer au centre de TEurope, dépasser Berlin, frapper »ii portes de Vienne, la Russie n*aura plus qu à pousser du pied un cadavre étendu devant elle ?
Écarta à jamais ce péril était si facile, après Tattentat <iommis à Varsovie! Pour faire, en 1863, ce ^e n'avaient pu, en 481 S, Talleyrand , Castlereagh et Ifetternich , ^elle occasion âdmtraUe! La Russie, vaincue à Sébastopol, abaissée, kumiiiée, portant les stigmates d'une ééùÂie qm lut arrachait ou semblait lui arracher l'Orient, condamnée en outre à se débattre contre les difficultés intérieures que hn créait Témancipation des serfs, la Russie venait de d^hono* rer son pouvoir par an acte de violence dont l'Eiirope entière était indignée.
Un désespoir épique s'était emparé de la Polùgùe ; elfe frémissait sous les armes. Pas un point du globe d'où ne s'élevât, contre Saint-Pétersbourg, le cri de la conscience humaine outragée. En France, l'amour passionné de la Pologne et le désir ardent de la rendre à la vie réunissaient tous les partis, prêts à marcher au premier *cx>up de tambour. Ici, bien qu'en général on ne voulût point la guerre, l'émotion était si vive qu'il n'eût pas été impossible de la changer en colère belliqueuse par uoe impulsion énergique venue de haut. L'Autridie, convertie depuis peu au KbéraHsme et depuis longtemps alarmée des progrès de la puissance russe, ^Imidissait à l'idée d'une croisade et tenait à hMneur que Ton comptât sur elle. Le c^ar n'avait qu'un aliié, un seul.
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le roi èe Prusse, et ce panrre monarque, compromis par un pauvre ministre, paraissait h la veille d'avoir une révolution sur les bras.
On ne dira plus, f espère, que la guerre de Crimée a définitivement abaissé la puissance de la Russie. Si tel a été un instant le résultat d«s victoires de l'Aima et d'Inkerman, la diplomatie a mis une bonne grâce tout à fait touchante à fournir aux vaincus le moyen de prendre leur revanche. Sommée de lâcher prise, morigénée, gourmandée, la Russie s'est moquée de ceux qui, comme cet excellent comte Russell, la menaçaient en la rassurant, et elle n'a cédé rien, n'a cédé sur rien. 11 n'est pas jusqu'à cette concession en manière de projet de réforme constitutionnelle, dont certains journaux nous disaient merveille, qu'elle n*ait fait désavouer par son organe officiel avec une hauteur évidemment systématique. Ce désaveu signifie r« Nous ne courtisons pas l'approbation de l'Europe; ses conseils et ses exemples nous sont de peu. S'il nous plaît jamais de donner dans le libéralisme, ce n'est pas votre affaire; c'est la nôtre. >
Voilà donc la Russie, plus arrogante que jamais, parce qu'elle se sent plus forte que jamais. Jusc[u'à présent, on ne peut se dissimuler qu'elle tient le haut du pavé. L'autorité morale on plutôt immorale que lui donne Tavortement de la diplomatie, qui prétendait la mettre à la raison, est incalculable. C'est précisément parce qu'elle a contre elle, dans cette affaire, la raison, la justice, l'humanité, l'intérêt manifeste de l'Europe, le sentiment des peuples, uni, cette fois, à la politique des gouvernements; oui, c'est précisément à cause de cela que son triomphe définitif serait désastreux. Jusqu'à présent, elle a vaincu là où la victoire paraissait aussi impossible qu'elle était déplorable. Qu'importe cette protestation
h% LETTRES SUR l'aNGLETERRE (1863)
universelle qui s'est élevée, si elle n'est suivie de faits éclatants? Elle ne ferait que rendre la défaite de la justice plus accablante. La Pologne assassinée, au dix-neuvième siècle, à la face de TEurope inutilement indignée, serait un spectacle plus navrant, un plus horrible scandale que la Pologne mise en lambeaux, au dix-huitième siècle, en présence de TEurope indifférente et distraite...
35 septembre.
Une réunion afprieole*
Hier a eu lieu, dans le Hertfordshire, où je me trouve en ce moment, une des fêtes annuelles de ragriculture. Ahl si notre excellent collaborateur M. Joigneaux avait été là, que volontiers, dans l'intérêt de vos leclcurs, je lui aurais cédé la plume ! L'espèce particulière d*exhibition qui est venue donner à la petite ville d'Hitchin quelques heures d'animation aurait trouvé en lui un historien compétent et accrédité. Il l'aurait non-seulement bien décrite, mais bien jugée. Il aurait expliqué en vertu de quelles causes générales ou locales, le spectacle était plus remarquable par la qualité que par le nombre des acteurs, je veux dire les taureaux, les vaches, les chevaux, les porcs et les moutons qui composaient la troupe. Moi, de quoi puis-je vous parler, si ce