UNE REUNION AGRICOLE
n'est du banquet qui a suivi et des discours qui y ont été prononcés?
C'est autour de la table splendide dressée dans le Corn- Exchange par les soins de M. Hill, de l'auberge du Soleil {San Inn)^ que le meeting s'est montré dans toute sa pompe et au grand complet. Tels qui étaient arrivés trop lard pour passer en revue les bestiaux du comté se sept arrangés de façon à ne pas arriver trop tard pour le festin.
Parmi ces derniers, j'allais vous dénoncer le marquis de Salisbury, lorsque je me suis souvenu que le marquis de Salisbury n était plus un jeune homme. Que dis-je? il a , je croîs, l'âge qu'avait atteint Fontenelle, quand, à une trèsvieille dame qui se félicitait devant lui de la faveur que la mort leur avait faite de les oublier, il répondit, le doigt sur les lèvres : « Chut! » A celte époque de la vie, on est bien excusable de manquer h un rendez-vous de bestiaux, surtout quand on a été retenu chez soi par une averse , comme le marquis de Salibsury Fa expliqué lui-même avec infiniment de grâce, infiniment d'humour, au milieu des applaudissements et du rire approbateur des con\'ives.
Mais je tarde trop à déclarer que ce qui les attirail, c'était, non pas le diner, mais le désir, bien naturel, d'entendre les bonnes, les nobles et éloquentes paroles qu'on savait devoir y être dites.
Par qui croyez-vous qu'était présidé ce banquet d'agriculteurs, où le loast principal devait avoir pour sujet l'agriculture? Par un grand propriétaire du comté? Oui, sans doute, mais un propriétaire qui est un poète d'élite, un romancier fameux, un administrateur habile, un philosophe, nn orateur, un homme d'État dans un homme charmant, sir Edouard Bulvver Lytton, enfin.
L'événement de la soirée a été son discours. Rien de
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plus furatique et de plus élevé à la fois. Tout en avouant que, sous le rapport de la quantité, le bétail du comté de Hertford ne faisait pas précisément bonne figure, sir Edouard a expriaé uoe satisfactioA patriotique, fondée sur ce qu il n'y avait , du moiAs, rien à redire à la qualité ; et il est parti de là pour jeter un coup d'œil sur Tensemble de l'agriculture en Angleterre.
En ce qui touche la production des grains, il y avait un fait à constater tout d'abord : c'est que la récolter cette année, a été admirable, — circonstance austd heureuse, en fin de compte, pour le manufacturier, le commerçant, T artisan que pour l'agriculteur lui-même ; car, ainsi que la fort bien fait remarquer sir Éd. Bulwer Lytton,;Un peuple, quelle que soit la diversité des intérêts et des occupations entre lesquels son activité se partage, n'est jamais, à l'égard des autres peuples, qu'un consommateur individuel. Ce qu'il a de moins k dépenser poiu* achats de grains, quand h nature met à sa disposition d'une main plus prodigue les trésors de la terre, se trouve former un surplus de capital national, qui, appliqué à toutes les branches de l'industrie, les vivifie et les féconde.
Hais l'abondance de la récolte, cette année, n'est pas due seulement à ce que la saison a été propice, et la preuve, c'est que, comparée à la récolte donnée par des années axitérieures où le ciel n'avait pas été moins clément, elle présente un excédant dont la source ne peut être que le travail de l'homme, éclairé par son intelligence. Au nombre des causes auxquelles il est juste d'attribuer ce surcroit de fertilité, sir Éd. Bulwer Lyttoo a signalé un plus libéral emploi des engrais artificiels, un recours plus hardi à l'intervention des machines, un choix plus soigneux des semences, un meilleur système d'assolement; enfin, a par la suppression des clô-
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tures iMililes, le fait d'ouvrir les ehanq» à ces deux puissances fécondantes, Tair et te soleil ». Comme indication de ce qu'il est permis d'âltendre du procès, réselâmenl poursuivi^ l'ordteur a cité uae récente brochure de Liebig, cpii prévoit le momefti où les Trois-RoTaoïies , en matière de grains, n'auront plus rien it demander à l'étranger. Je n'ai' pas besoin de vous dire qu« tout le monde a répondu : Amen!
Quant à cet autre côté de ragricullure, l'élève des bestiaux, c'est surtout en Angleterre qu'il importait qu'on pût,, à cet égard, constater de grands progrès. Le climat et le sol de l'Angleterre sont en effet plus propres encore à l'élève des bestiaux qu'à la culture du grain; sans compter que sa constitution territoriale se prête merveilleusement à ce que la nature de son sol et de son climat semblent lui conseiller, la propriété n'étant point soumise ici, comme en France, à cette loi du morcellement indéfini, qui tend à opérer entre le capital et Tagriculture un divorce ruineux, à ralentir le développement du règne animal et h substituer les champs aux prairies. Cependant la viande est chère en Angleterre, et^ quoique la condition du travailleur pauvre y soit meilleure qu'en France, le rêve de la poule au pot est loin d'y être réalisé pour tous. D'où cela vient-il?
Le {ait admet, à coup sur, plus d'une explication; nais qu'il puisse être attribué en partie i un défaut de soin et même de connaissances pratiques, parmi les habitants des campagnes^ c'est ce que plusieurs circonstaAces semblent indiquer. J'ai été, par exemple, très-frappé d'un passage du discours de sir Éd. Bulwer Lytton , où la pratique de nëler du sel à la nourriture des animaux est vivement recommandée, et recommandée comme une chose que ceux-ci négli-
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gent, que ceux-là ignorent. En France, le reproche serait sans application et le conseil superflu.
S'il est besoin de montrer par des chiffres jusqu'à quel point l'Angleterre est intéressée à ne rien négliger de ce qui se rapporte à la conservation du bétail, ces chiffres , le discours de sir Edouard nous les fournirait. Pendant les six années finissant à 1860, la valeur totale du bétail détruit par la maladie, dans les trois royaumes-unis d'Angleterre, d'Irlande et d'Ecosse, est de 24,000,000 liv. st., tandis que la valeur du bétail importé durant cet intervalle est seulement de 4,500,000 liv. st. ; c'est-à-dire qu'en six ans l'Angleterre n'a reçu du dehors que le quart de ce qu'elle a perdu au dedans.
De ce que je viens de dire, je m'attends à vous voir conclure qu'on peut être en même temps un grand poêle et un homme éminemment pratique. Pour moi, si j'en avais jamais douté, je n'en douterais plus après ce discours de sir Éd. Bulwer Lytton. Il est vrai, s'il faut ne rien cacher, que l'illustre auteur de la Famille Caxlon, des Derniers Jours de Pom" péies^ à! Eugène Aram, de Rienzi et de tant d'oeuvres poétiques moins connues que ses romans, quoique d'un plus haut mérite encore, peut-être, a fini par se sentir comme mal à l'aise au milieu des vaches et s'est, avant la péroraison, échappé de l'étable. Dans la première partie de son discours, c'était le seigneur terrien qui avait parlé; dans la seconde, c'a été l'ex-ministre. Parmi plusieurs considérations élevées, j'ai particulièrement remarqué celle-ci : que le mélange de lenteur et de sûreté qui, en Angleterre, caractérise la marche du progrès, tient à ce que nulle part l'action des villes, où le frottem/înt des esprits leur fait prendre feu, n'est mieux balancée par la prudence et le sang-froid des campagnes.
Vous le voyez, sir Éd. B. Lytton n'est pas près de définir