UNE REUNION AGRICOLE
les agriculteurs à la façou de cet étincelant abbé Gananî, qui, dans son Dialogue sur le commerce des grains , écrivant avec un épi de blé la théorie de la science des richesses et son histoire, regardait les nations agricoles comme des nations de joueurs qui, soumis aux caprices de la pluie et du soleil, sont sans cesse h jôter un rouleau de louis sur «ne table de pharaon, qui est la terre.
Hais ces deux opinions, contradictoires en apparence, sont-elles donc inconciliables? Nul doute que l'agriculture, dans ses rapports avec le baromètre, ne sôit un peu un jeu de hasard et ne suppose, par conséquent, dans l'homme qui s'y abandonne, un certain degré de hardiesse ; mais cela uiéme lui rend la prudence d'autant plus nécessaire, dès qu'ilVagit d'affronter les vicissitudes derla politique. L'agriculteur veut jouer tranquillement sa partie avec le ciel. S'il se laissait gagner par la pétulance politique des villes , il aurait à courir trop d'aventures à la fois.
58 LETTRES SUa l'a.NGLET£RRE (186S)
30 septembre.
La petltiqne de lord Rossell expliquée par Ivl-méiné.
Findity Jaek^ tel est le surnom que, dans un momeot d'humour, John Bull donua au comte Russell. Voulait-il exprimer paTx là que le noble lord était aussi peu disposé à finir les choses qu'ardent à les commencer?
A voir la frayeur qu'il a de s'engager soit avec le Nord contre le Sud, soit avec le Sud contre le Nord, on est tenté de croire que ce n'est pas la préoccupation de finir qui le tourmente le plus; mais, si l'on considère qu'après s'être embarqué allègrement dans l'aventure de Mexico, il ne s'est aperçu de son imprudence qu'à la dernière heure, et qu'après avoir posé, dans ses dépêches hautaines, au sujet de la question polonaise, les prémisses de la guerre, il a pâli devant la conclusion, il faudra bien lui reconnaître le droit de dire, à Tinstar de Petit-Jean :
Ce que Je saisie mieux, c'est mon commencement.
Dans le discours qu'il vient de prononcer à Blairgowrie, il déclare :
Qu'il n'est pas pour qu'on vienne du dehors imposer telle ou telle forme de gouvernement à un peuple, aux Mexicains
POUTIQUE DE LORD RUSSfiLL EXPUQU££ PAR LUI-MÊME 5»
par exemple, mais que, cela étant, le mieux esl de laisser faire;
Que Tempereur de Russie a grand tort de ne pas vouloir tenir son titre de roi de Pologne de la munificence des traités de Vienne, mais que, cela étant , il n*y a pas lieu de pousser plus loin la querelle ;
Que les fédéraux sont de singulières gens de parler de la rébellion du Sud dans le style du czar de toutes les Russies, ou du sultan de Constantinople, ou de Louis XIV, eux, le produit de trois rébellions successives : rébellion contre Charles P% rébellion contre Jacques II, rébellion contre George III, mais que, cela étant, il n y a pas moyen de ne pas leur donner carte blanche ;
Que les confédérés ont un pouvoir qui repose sur le « plus horrible des crimes de rhumanité, > mais que, œb étant, il n'y a pas à s'en mêler.
Ainsi, en fait de théories à l'usage des chancelleries qui se respectent, celle du comte Russell consiste «^ blâmer ce qu'on permet et à permettre ce qu'on blâme. La question, pour lui^ est de penser bien, de parler d'or et de n'agir pas. Il ne lui déplaît point que la politique d'un ministre des affaires étrangères soit impuissante, pourvu qu'elle le soit honnêtement et qu'elle se dédommage de son inaction par sa franchise.
Reste à savoir si cet étrange compromis suffit à la gloire d'un grand ministre, représentant d'un grand peuple. Pour moi, j'en doute. Pas plus en politique qu'en religion, je n'aime la foi sans les œuvres, et je trouve doublement regret* table qu'un homme tel que le comte Russell se soit fait Forgane de cette politique dont la sagesse ressemble si fort à l'impotence, dont la modération ressemble si fort à Tégoïsme. Que lord Palmerston se fut exprimé de la sorte, à la bonne
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heure. Lord Palmerston a toujours pris les choses humaines par leur côté facile, et les principes sont un bagage dont il ne s'est jamais embarrassé outre mesure. Il est Anglais d'ailleurs dans le sens le plus anglais du mot, et il ne voit pas de raison pour avancer lorsque l'intérêt présent de l'Angleterre lui parait être de rester en place. Mais lord Russell? En vérité , ii est difficile à ceux qui aimaient à admirer sa courageuse droiture et qui ont l'œil sur son passé de lire sans une sorte d'émotion pénible un discours comme celui de Blairgowrie.
D'autant qu'ici c'était l'homme qui parlait, et non plus le ministre.
On avait pu supposer que , dans ses dépêches , il ne lui avait pas été donné d'être tout à fait lui ; mais à Blairgowrie, devant les tenanciers d'un domaine où il résidait temporairement, ce n'était pas la pensée collective du cabinet qu'il avait à exprimer, c'était la sienne propre; car il est d'usage en Angleterre que, pendant les vacances du Parlement, le ministre en tournée recouvre une partie de la liberté que les exigences de sa vie officielle lui enlèvent tant que le Parlement siège. Il cesse alors d'être responsable de ses paroles vis-à-vis de ses collègues, pour en devenir, d'une, manière plus complète et plus directe, responsable vis-à-vis de l'opinion. C'est ainsi que souvent la lumière est tombée sur les divergences qui existaient au sein du conseil; c'est ainsi que le public a su , par exemple, à n'en pouvoir douter, que les sympathies de M. Gladstone, dans la question américaine, étaient pour le Sud , tandis que celles de son collègue, M. Milner Gibson, étaient pour le Nord.
Si les avantages de cette pratique l'emportent sur ses inconvénients, cela peut faire question aux yeux de ces diplomates de la vieille école qui, tenant l'humanité en petite