OBJECTIONS AU PROJET D^UN CONGRÈS EUROPÉEN
une pente naturelle au concert qui devait la clore. Le congrès de 181 5 ne fut que la coalition passant du champ de bataille dans la chambre du conseil. Arranger ce qui avait été violemment dérangé,' voilà ce que l'Europe se proposa en 181S; aujourd'hui, ce qu'on lui propose est de déranger, au contraire, ce qui se trouve arrangé tant bien que mal.
MOI. — Cela vous plaît à dire. Quoi 1 l'union contre nature de Ta Pologne à la Russie et de Venise à TÂutriche sont des arrangements que nous devions craindre de troubler?
LUI. — Remarquez qu'à cet égard, il ne s'agit ni de votre appréciation ni de la mienne, dont le congrès n'aura pas à se préoccuper. Il nous est assurément fort permis de ne pas trouver de notre goût ce que vous appelez une union contre nature. Mais il est douteux que la Russie, que TÂutriche, soient ici de notre avis. Et c'est là la difficuUé, there is the ruby comme disait Shakspeare. Je conçois qu'on accueille avec transport à Turin l'idée d'un congrès, mais ^i on l'accueillait à Vienne sans froncer le sourcil, cela m'étonnerait fort.
MOI. — Serait-ce, par hasard, sur un refus de l'Autriche que l'Angleterre compte?
LUI. — A quoi bon cette question?
MOI. — C'est que je suis frappé du langage équivoque de quelques-^uns de vos journaux importants, le Times^ par exemple, et le Morning-Post. Il est clair qu'au fond, la proposition d'un congrès leur déplaît souverainement; et néanmoins, ils affectent à cet endroit une sorte de résignation philosophique vraiment exemplaire. Après avoir nettement donné à entendre qu'une semblable tentative n'a guère chance de réussir, ils déclarent n'avoir pas d'objection à ce que, le congrès une fois formé, l'Angleterre y prenne place. Si, comme je le soupçonne, c'est là une tactique, elle est
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habile. L'Angleterre, tout en se donnant le mérite de k bonne volonté, se promettrait d'abriter son refus derrière k refus prévu de rAutriche. Ai-je deviné juste?
LUI. — C'est possible. Et quand même cela serait?
MOI. — Dans ce cas, l'Angleterre n'aurait pas le droit de se plaindre s'il arrivait que, faute de pouvoir défaire le nonid gordien, on le tranchât d'un coup d'épée.
LUI. — Si le coup doit être frappé, mon impression est qu'un congrès ne le détournerait pas. Aussi bien, dans un congrès comme ailleurs, hélas ! ce qui fait loi, ce n'est pas la raison, c'est la force. Le poids de chaque vote y est proportionné au nombre des canons dont dispose chaque votant. An congrès de Vienne, quand M. de Talleyrand voulut dissuader l'empereur Alexandre de garder sa proie, la Pologne, Alexandre répondit qu'il avait 200,000 hommes dans le duché de Varsovie. L'argument parut irréfutable.
MOI. — Ainsi, selon Vous, le congrès c'est la guerre?
LUI. — Je ne dis pas cela.
MOI. — Et que dites-vous donc?
LUI. — Que ce n'est point nécessairement la paix.