‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 133 sur 186 · LES « MÉDECINS TANT MIEUX DU PARTI LIBERAL · texte numérisé non relu

LES « MÉDECINS TANT MIEUX DU PARTI LIBERAL

14 Dovenkbre.

Les « médeelns Tant mieux » dn parti libéral.

Le parti libéral en Angleterre a, comme le parti conservateur, ses optimistes.

Ce qui le prouve, c'est l'extrême bénignité des commentaires auxquels donne lieu, dç la part de certains organes accrédités de la presse libérale, le discours que le roi de Prusse a naguère adressé au nouveau parlement prussien. C'est merveille de voir comme les choses se peignent en beau dans l'imagination des optimistes dont je parle.

A les entendre, si le prince royal a été rappelé d^Angleterre à la hâte, c'est parce que le roi voulait l'avoir à sa droite Wsqu'il haranguerait ses fidèles communes, et montrer par là son désir de rapprocher sa politique des vues, plus acceptables, de son fils.

Du reste, disent-ils, est-ce que le discours même du roi n'annonce pas une tendance à la conciliation? Déclarer qu'on souhaite ardemment le terme de discussions désagréables n'a rien en soi qui équivaille , strictement parlant, à tendre la branche d'olivier. Le souhait est assez banal pour qu'on s'abstienne de le trouver significatif ou pour qu'on le soupçonne de n'être pas sincère. Et toutefois, si l'on considère que ces paroles ont été soufflées par un ministre arrogant à l'excès; quelles sont tombées des lèvres d'un monarque entidié de son droit divin, et que la théorie de l'obéissance

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passive est naturellement la seule qui soit du goût d'un souverain dont la famille compte cent soixante-trois ans de grandeur princière, on devra convenir qu'il y a là une espérance au moins lointaine de compromis. De quelle manière, d'ailleurs, s'exprime le discours sur les points en litige? Que M. de Bismark et ses collègues n'aillent pas jusqu'à reconnaître à la Chambre le droit de refuser les subsides, c'est tout simple : en réalité, ce droit n'est pas écrit clairement dans la Constitution ; les taxes en Prusse ont un caractère de permanence; elles ne sont pas votées pour Tannée; le parlement peut refuser sa sanction à des impôts additionnels, mais non abolir ceux qui ont été déjà votés; et, de quelque façon qu'on juge le mérite de cette pratique, toujours est-il qu'elle s'appuie sur une interprétation assez admissible du pacte octroyé à la Prusse. Cela étant, n'est-ce donc rien, de la part de M. de Bismark et de son maître, que d'admettre le droit des représentants de la nation à exercer sur le mouvement des fonds de l'État un contrôle, sinon absolu, du moins partiel et déterminé? Et l'ordonnance sur la presse, n'est-ce rien que d'en être venu à la présenter comme une mesure temporaire, une mesure à modifier? Reste la question de l'armée, sur laquelle le roi paraît bien résolu à ne pas céder. Hais, franchement, est-ce le moment pour la Prusse de diminuer ses moyens de défense? Sur ce point, le parti libéral pouvait avoir raison pendant les deux sessions précédentes; mais est-il sûr qu'il eût raison aujourd'hui, quand la Prusse a derrière elle le congrès de Francfort et devant elle le congrès de Paris?

Ainsi pensent nos médecins Tant mieux. Singulières illusions que les leurs!

Et tout d'abord, qui leur répond que, si le prince royal a été rappelé à Berlin, ce n'est pas pour qu'il paraisse com-

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