ATTITUDE DE L ANGLETERRE
est naturel que cette prétention paraisse acceptable k la France, il est naturel aussi qu'elle ne soit pas du goût de l'Angleterre .
De là le langage ironique du Times, qui, à ce sujet, rappelle l'idée un jour émise par l'empereur Paul d'un tournois dans lequel auraient figuré les divers monarques de l'Europe, suivis de leurs premiers ministres transformés en écuyers.
Il n'est pas douteux que le Congrès proposé ne fût tout à l'avantage de l'empereur des Français. Si, par impossible, il en sortait quelques solutions désirables, seul celui-là en aurait l'honneur, de qui l'idée serait venue. Si, au contraire, ainsi qu'il est probable, le choc des intérêts contraires, Timpossibilité de concilier des rivalités intraitables, l'aigreur née de débats sans issue, et Ténormité même des questions à résoudre pour remanier la carte, conduisaient à l'impuissance ou au chaos, il serait toujours facile de rejeter la responsabilité du résultat sur le mauvais vouloir et l'aveuglement de ceux qui n'auraient pas consenti à être dépouillés; et l'empereur des Français sortirait de là dans l'attitude d'un sage égaré un instant parmi des fous.
Car il est à remarquer que, puisque le but assigné par Napoléon lui-même au Congrès est la consécration et le complément des atteintes portées aux traités de Vienne, la France, dans ce Congrès, aurait beaucoup à demander et rien à défendre. Personne, à coup sûr, ne proposerait qu'on la démembrât, qu'on rognât ses frontières, ou même qu'on mit en doute la légitimité de son droit sur la Savoie et Nice. Déjà, pour qu'on sût bien que l'annexion de Nice et de la Savoie ne courrait aucun risque d'être contestée avec succès, Napoléon a eu soin d'apprendre au monde qu'à cet égard l'empereur de Russie et lui étaient en parfait accord ! Tout
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au plus pourrait-oD exprimer k désir que Rome fât enfin évacuée. Mais l'occupation de Rome est uo embarras poitr l'empire, qu'elle place entre renclume des Italiens et le marteau des prêtres.
La vérité est que, de toutes les puissances à convoquer, il n*y en a que deux auxquelles le Congrès offre un bénéfice dès à présent appréciable : la France et Hlalie. Aux autres il s'annonce comme une menace. Il menace TÂngleteire, cpii a des comptes à rendre pour Malte et Gibraltar; il menace rAutrichê» qui possède indâment la Galicie et Venise ; U menace la Prusse, qui n'a aucun droit foBdé en justice sur le duché de Posen, et dout les possessions sur la rive gaodie du Rhin rappellent des souvenirs irritants pour la France ; il menace le Sultan, dont les domaines risquent d'être considérés comme fournissant la matière des coiupeusations qu'on jugerait indispensables; et il menacerait l'empire russe, si le sacrifice de l'infortunée Pologne n*était dé)à , comme il est permis de le craindre, le prix auquel le gouvernement français s*est assuré le cou4:ours de ce puissant monarque pour dominer les délibérations du congrès.
C'est assez dire que» s'il a jamais lieu, ce ne sera point sans avoir rencontré une forte opposition. Ce qui est sAr, c'est qu'en Angleterre on désire ardemment que F Autriche refuse, et donne ainsi au gouvernement anglais ua prétexte honnête de refuser à son tour.
Dans le cabinet, toutefois, si je suis bien informé, un homme serait pour le Congrès; et cet homme serait lord Palmerston, h même qui fut Je premier et, pendant un instant, le seul habitant de cette terre libre dont le coup d'État de décembre obtint l'approbation. Mais en beaucoup de choses lord Palmerston a dans lord Rossell un collègue d'un libéralisme incommode. On m'assure que ce dernier s'est
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tifement déclaré contre racceptatkm. Ceci expliquerait la décision presque annoncée aujoard- bui par le Times et le Maming Poêt, décision qui ressemble fort au résultat d*UD compromis entre deux opinions contraires. L'Angleterre n'aurait bâte ni d'accepter ni de refnser. Elle aurait déclaré ne pouvoir se prononcer qu'en connaissance de cause, c'està-dire après atoir reçu comnHmicatiott précise des points a discuter, et avoir été mise à même de juger s'il est raisonnable d'attendre de eecte discussion des résultats avantageux.
Le gouvernement anglais, vous le voye2, n'entend pas courir les aventures.
■éaie ■■Jet*
Plus on réfléchit en Angleterre sur les motifs probables, la nature, les conséquences logiques du projet présenté k l'Europe par TEmperenr, moins on croit à sa réalisation.
Qu'un pareil projet n'eAt auenme chance d'être goûté par les liommes d'Etat des divers cabinets européens, c'était à INrévoir : il témoignait d*un optimisme trop f^mdide si on le supposait sincère, et d'un égoïsme trop profond si l'on y voyait un calcul ; il rompait trop violemment avec les habitudes invétérées et les vieilles traditions de la diplomatie ;
dl6 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (1863)
il remUiiit trop de choses à la fois, menaçait de créer trop de complications, et précipitait le inonde vers une situation trop nouvelle ; il avait enGu un tour trop romanesque pour exciter dans le cœur des Nestors des chancelleries d'autres sentiments que ceux de Tétonnement et de la défiance.
Mais ce qui semblait naturel, c*est que les peuples, au moins, éprouvassent une sorte de tressaillement. Car ils aiment tout, de la grandeur, jusqu'à ses apparences, et les apparences de la grandeur ne manquaient certainement pas à une telle idée, lancée par un tel homme, du haut du premier trône de la terre.
Appeler tous les gouvernements à méditer ensemble sur leurs intérêts bien compris et associés au bien de l'humanité; sommer la force de comparaître devant la raison, et s'en remettre h la raison seule du droit de réparer les maux du passé, de rassurer le présent, de régler l'avenir, de rendre, en un mot, la paix durable, en l'appuyant sur la justice, qui est immortelle..., quoi de plus propre à provoquer les acclamations populaires? Eh bien, non : les peuples ont fait silence, ou n'ont murmuré, eux aussi, que des paroles de défiance. C'est ep vain que, laissant là la routine diplomatique, Napoléon s'est tout d'abord adressé à eux pour mieux peser sur les gouvernements : ils sont restés froids.
Ce que je dis ici est en étrange désaccord, je le sais, avec ce que la presse officielle et semi-officielle de France s'esï efforcée de faire croire à son bénévole public. Convaincue que l'enthousiasme est contagieux, elle a tout d'abord étourdi la place publique de ses fanfares ; elle a raconté à ses lecteurs, qui dressaient l'oreille, comme quoi le langage si grandiose, si franc, si digne, si modeste, de l'empereur des Français, avait jeté le monde, y compris l'Angleterre, dans Téblouissement de l'admiration ; et le journal la France
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a déclaré sans délouc que celle admiralion avail élé unanime. Eh bien ! en ce qui louche TAnglelerre, donl je respire Tair ^t dont les impressions m'enveloppent, ce que je déclare sans détour, moi, c'est que la presse officielle et semi-of6cielle a trahi la vérité.
Et voici comment elle a procédé : elle a donné de quel* ques journaux anglais des citations tronquées, en ayant soin, bien entendu, de supprimer les passages désapprobateurs, et elle a fait semblant d'ignorer tous les commentaires qui auraient mis à nu Terreur qu'il s'agissait d'accréditer. C'est ainsi, par exemple, que le Daily News^ un des organes les plus sincères, les plus graves, les plus respectés de l'opinion publique en ce pays, a été traité comme une marchandise de contrebande. Remarquez la bonne foi qui préside au maniement de Tesprit public en France ! Les journaux officieux passent sous silence toute parole dç blâme, et ils triomphent de ce qu aucune parole de blâme ne s'est fait entendre ! U suppriment toutes les notes discordantes, et ils s'applaudissent de l'harmonie du concert! Puis, s'il arrive, comme cela est heureusement arrivé, que la vérité réussisse à percer, alors oa entend des feuilles telles que le journal la France accuser l'Angleterre de revenir sur une impression qui ne fut jamais la sienne ; on les entend s'écrier : « L'Angleterre se repent du cri unanime d'admiration que la proposition d'un congrès lui avait arrachée. »
Non, Monsieur, non, les Anglais n'ont pas battu des mains à l'idée d'un congrès, et, s'ils l'avaient fait, le gouvernement, soumis, comme il l'est, à l'impérieuse loi du sentiment public, n'aurait pas, pour toute réponse, demandé à Napoléon de s'expliquer — demande qui, eu égard à la situation actuelle de l'Europe, équivaut à une fin de nonrecevoir, ou même ressemble à un piège.
.tl6 LETTRES SUR l'A!IGLETERRE (1868)
Supposons, en effet, que l'enpereur des Fnsçsis refiise de Caîre d'avasce connaiti^ son programme, TAnglelerre s'abs* tient sans qu'on soit en droit de raecuser de mauvais vouloir; car comment lui reprocher de ne pas se lanc^, les jmx bandés, dans une entreprise aussi hasardeuse que ieremaoîement de la carte de FEurope ? Et si, an contraire, Napoléon se résigne à indiquer d'uoe iBanière précise les questions à poser tl à résoudre, adieu les avantages substantiels <pi'il a pu se promettre de la réalisation de son pis» ! Le voilà forcé de jouer cartes sur table; le voilà forcé d*appreDdre aux peuples attentifs si son désintéressement de philosophe couronné va jusqu'à mettre ou laisser mettre au nombre des points controversables la restitution de Nice et de la Savoie, I abandon imottédiat de Rome, ub désaveu formel, absolu, irrévocable,, de toute prétention à donner le Rhin pour frontière à la France. Si oui, sa populaiitéen France parmi la gentguer- «oyaiite et ultraruationale est entamée ; si non, sa réputation d'utopiste humanitaire risque de perdre ce que gagne» jrait sa réputation de politique délié.
ON GOmAT DE BOXEURS fil9
il décembre.
Vm eonlmt de bozeam
Nous voki dii lendeonaÎB de « la bataille des géajits » .
Ce n*est pas que le grand choc entre rarmée àê Meade et celle de Lee ait eu lieu; uon : les forces engagées, cette fois, sont les forces de TADgleterre luttant contre rÂmérique. La bataille a été formidahle, une vraie « bataille de géants », comme on la nomme, et TÂngleterre, à Theure qu*ll est, peut se livrer, si bon lui sanble^ à des transports de joie, car cest elle qu'a favorisée le puissant dieu des combats.
Cette nouvelle vous étonnera peut-être, tant il est vrai que, même sous le règne de T^ctricité et de la vapeur, les plus AOtabies événements éclatent sans que les hommes qui vivent au loin en soient avertis d'avance.
Ce n'est pas, du reste, la faute des habitués de taverne si le monde u'a pas été tenu dans l'attente. Depuis longtemps, la Renommée faisait le tour des < public-houses » de Londres, embouchant toutes ses trompettes, entre une bon-* teille d*ale et une bouteille de gin. Depuis longtemps, le BdVs Life donnait la fièvre à ses lecteurs, en leur annonçant la prochaine et titauienne rencontre de l'Angleterre, personnifiée par le boxeur Tom King, devenu célèbre sous le nom de c Sailor lad », et l'Amérique, personnifiée parHeenan, le « Benicia boy ».
220 LETTRES SCR l' ANGLETERRE (l863)
J*ai toujours fort admiré, comme moyen de terminer à bon marché les querelles épiques, le système en vertu duquel Albe et Rome confièrent leurs destinées aux trois Curiace et aux trois Horace, système dont, plus récemment, Charles Quint proclama l'excellence en défiant François I®''. Sous ce rapport, le « Sailor lad » et le « Benicia boy » ont droit à tous mes respects philosophiques. Pourquoi, je vous le demande, faire tuer cinq ou six cent mille pauvres diables pour rhonneur de deux nations, lorsque, grâce à une convention préalable, on pourrait décider la chose moyennant une côte brisée ou un œil mis hors de service?
C'est cette sage méthode qui a prévalu dans l'occasion dont il s'agit.
Heenan est le même homme qui, le 17 avril 1860, se mesurait avec Tom Sayers. La victoire, qui ne s'en souvient? demeura douteuse. L'Angleterre eut le bras droit cassé, ou peu s'en faut; mais, en revanche, l'Amérique reçut de tels coups de poing dans les yeux, qu'elle n'y voyait plus du tout vers la fin de la lutte. Toutefois, elle eut cette bonne fortune de parvenir à prendre l'Angleterre par le cou, et l'aurait étranglée net, si police et assistants ne se fussent précipités dans le ring (rarène), selon les règles; disent les uns, et contre les règles, disent les autres.
A qui l'honneur? L'Angleterre et l'Amérique eurent, sur ce point, une polémique qui a duré depuis lors. Heeoan, ayant regagné son pays, y reçut un triomphe tel qu'on n'en fit jamais à Washington. Quant à Tom Sayers, le BetTs Life, ce Moniteur du « Ring », rappelle aujourd'hui, avec un juste orgueil, que, lors de l'entrée triomphale de son héros dans Londres, l'enthousiasme de la foule était aussi grand qu'aurait pu le provoquer t la proclamation éTun nouveau roi » .
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