‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 154 sur 186 · UNE QUERELLE ENTRE M. COBDEN ET LE TIMES · texte numérisé non relu

UNE QUERELLE ENTRE M. COBDEN ET LE TIMES

noncer la sentence au tribunal duquel les journaux relèvent aussi bien que le pouvoir, c*est-à-<lire à tout le monde

Pour ce qui me concerne, je n'hésite pas à dire que le Daily Netos (je mets à part le Morning Star^ journal de MM. Cobden et Bright) est, de tous les organes de la presse anglaise, le seul qui ait compris où s'arrêtent les droits du journalisme et jusqu'où s'étendent ses devoirs. Disposer de la publicité, et la confisquer à son propre profit, c'est convertir en un instrument de tyrannie ce qui ne vaiit que comme instrument de liberté. Monopoliser la presse? Mais quel genre de monopole imaginer, je le demande, qui soit plus dangerei/x, plus inique, plus étouffant ? Un journaliste est un fonctionnaire public. La publicité n'est pas sa chose ; il en doit compte à tous, plus particulièrement à ceux contre qui il lui arrive de s'en servir. Il ne saurait en user et en abuser sans manquer de respect au peuple et se manquer de respect à soi-même. S'il y eut jamais loi juste, loi morale, loi vraiment protectrice de la Ubérté, c'est cella qui, en France, impose à tout journal qui attaque un individu l'ofr/tgaiion de publier sa réponse. L'absence d'une loi semblable est, en Angleterre, un mal dont ceux-là seuls peuvent souder la profondeur qui ont senti sur leur tête le lourd ])oids de la calomnie sans qu'il leur fût possible de le secouer.

Mesurez donc, si vous en avez la force, retendue tyrannique d'un pouvoir en vertu duquel un écrivain innommé, irresponsable, votre ennemi personnel peut-être, pourra persuader ceci à la terre entière, du haut d'une tribune élevée et sonore : un tel est digne de haine et de mépris! On frémit quand on songe à l'abus possible d'une pareille puissance. Ne parlez pas, après cela, de liberté individuelle. Un homme que la loi ne protège pas contre cet abus en lui

U% LCTTRES SUR l'a^UBTERRE (l8«t)

«livrant les colonnes du journal même où il est «itaqné^eet homme, dès qu'un journal de rknporlanoe du Timeê veut k tuer moralement, est moralemem moTL Bien en vain obtiendrait-il ailleurs la publicité qui là lui est refusée. M^t que chaque organe de Topiniini n*a pas son publie qui D*est pas celui des autres feuilles? C'est dans Tesprit de Pierre qu'on me dénigre, et c'est Paul qui m'entendra ! Ne Toili-t4l pas uoe belle ressource et une belle consolation ! La o lomnie qui m accable aura été tirée à soiiiante mille eitmplaires, et la vérité, que j'invoque, le sera àcinq ou six cents! lie voilà bien avancé !

Permettez-moi, Monsieur, de reprendre demain ce tbèioe qui, en Angleterre, se lie à plusieurs autres questiMs, dont chacune a, selon moi, une importance sapréme.

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