‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 155 sur 186 · CCXXVIII · texte numérisé non relu

CCXXVIII

■• Cobdeii et H. Brlght

Je lis dans le Morning Star d'aujourd'hui une lel^^ dans laquelle H. Cobden somme M. John Delane de dierl^^ passages prouvant que lui Cobden et M. Bright sont par^ sans du partage des terres, et une rqK)nse de M. Jobo D^ lane, dans laquelle celui-ci dit en substance : < Je ue vous accuse pas de vouloir recourir à la violence pour bite pas-

M. CORDEN ET M. BBIC^T 2S»

ser les terres des mains des rkhes ai» mains des pauvres; mais la violence n'est pas le seul procédé qni oondutse à ce résultat. M 'avez- voua pas déploré l'éiat de dioses eu vertu duquel la propriété territoriale, en Angleterre, est possédée par au petit i»oinbre d'bommesf N*avez-vous pas comparé, avec un sentiment de regret, la tenure du sol telle que nous h comprenons ï la tenure du sol telle que la comprennent les pays où le paysan possède la terre? Et en indiquant comme remède h ce mal Textension des droits politiques, n'avez-vous pas clairement dévoilé votre désir de voir modifier par voie législative la constitution de la propriété? »

J'ignore quelle sera la réplique de M. Cobden ; mais je m'assure qu'il est homme à accepter l'accusation, dès qu'on l'explique ainsi.

M. Cobden et M. Bri^ht ne aont assurément pas des tribuns à la manière de Gains Gracchus; le système de la loi agraire n'est en aucune façon de leur goût, et il n'est peut* être pas deux hommes dans ce pays auxquels les procédés violents répugnent davantage. Mais que la tenure aristocratique du sol soit eon^aire ï toutes leurs idées et à toutes leurs tendances; qu'ils aspirem du fond de l'âme h l'établissement graduel, pacifique, légal, d'un régime où le propriétaire se confondrait avec le cultivateur; quMls tiennent pour abusifs et monstrueux les droits de primogémture et de substitution, et qu'ils bénissent la Révohition française de les avoir aboBs en France, voilà ce qui ne me paratt pas douteux, et si c'est là seulement ce que le Times a entendu leur reprocher, ou je me trompe fort, uu, loin de s'en ^aindre, ils s'en feront gloire.

L'un et Taulre, en effet, ils poussent, d'une égale ardeur, à la destruction de tonte situation aristocratique et privilé^

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giée, quoique sous l'empire de sentiments dont la diversité s explique par celle de leurs natures.

De fait, ce qui domine en M. Cobden, c*est Féconomiste; en M. Bright, c'est le tribun. M. Cobden ne songe qu*au comfort du peuple; M. Bright, qu'à sa liberté. M. Cobden repousse dans le régime aristocratique un obstacle à la diffusion du bien-être matériel parmi les masses; M; Bright déteste dans ce régime une usurpation des droils abstraits du peuple.

Pour M. Cobden» tout est question de pouvoir productif, d'utilité, de libre échange. S'il est contre l'esclavage, c'est moins par horreur de son principe qu'en haine de ses désavantages économiques. Il ne serait pas éloigné — je l'en soupçonne — d'accepter le despotisme, pourvu que ce fût, s'il était possible, un despotisme intelligent, tutélaire, capable d'assurer h chacun une dose convenable de bonheur — de ce bonheur que donnent l'absence des privations et l'usage des richesses. Je n'irai pas jusqu'à dire que la dignité humaine est peu de chose aux yeux de M. CobdeD, mais je ne pense pas qu'elle entre en première ligne dans ses calculs. Son dédain des études classiques est un trait qui le caractérise. Parlez-moi , en fait de livres, de connaître la tenue des livres ! QueQe nécessité de savoir au juste si la ville de Troie a existé? Parlez-moi de posséder à fond la statistique commerciale de chaque contrée ! Un jour, il lui échappa de dire — et le Times le lui a rappelé — qu'il préférait une page du Times à tous les ouvrages de Thucydide.

M. Bright est un tout autre homme. C'est par leur côté moral, surtout, que les choses le frappent. Il maudirait l'esclavage, alors même que la supériorité économique de ce système lui serait bien démontrée. Il apprécierait fort la culture de l'esprit, si elle ne constituait pas le privilège de

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