M. COBDEN KT M. BRIGHT
quelques-uns et si elle n'ajoutait pas à leurs moyens de domination. En somme, c'est le cœur qui, chez M. Briglit, mène Tintelligence, tandis que, chez M. Cobden, c'est l'intelligence qui mène le cœur.
Aussi, rien de plus calme, déplus positif, de plus maWerof^fact, comme s'expriment les Anglais, que l'éloquence de M. Cobden. Celle de M. Bright, c'est le souffle môme de l'ouragan.
Ai-je besoin d'ajouter que, unis comme ils le sont, ces deux hommes se complètent d'une façon merveilleuse et tirent de leur alliance un prodigieux surcroît de force? Les questions que l'un éclaire, l'autre les embraserait; et, d'un autre côté, les âmes que l'un laisserait froides, l'autre les échauffe et les élève.
Vous vous étonnerez sans doute que, M. Bright, dans son alliance avec M. Cobden, représentant le côté de la passion, ce soit M. Cobden qui ait défié le Times^ M. Bright choisissant pour lui le rôle du dédain silencieux et du calme. Il y a \k effectivement un phénomène singulier. Mais le résultat montre que, en matière de division du travail (style de M. Cobden), chacun doit se renfermer avec soin dans la tache qui lui convient le mieux. La colère sied si peu h M. Cobden, que, lorsqu'il s'est avisé de se fâcher, il n'a pas su le faire et s'y est pris tout de traders. Où M. Bright eût été terrible, M. Cobden n'a été que maladroit.
S^4d LETTIW» son l'aNCLET^HE (1863)
SÔ décembre.
ê Le Journallsnie Anonyme
Un îmir, M. loha Studrt Mill me demanda ce qpie )e peuais do système qw a prévaki dans la presse anglaise, celui de ranonyone. Je lai répondis que c émit, ti^s'-déciéément, le sysième contraire qui avait ma préférence, du nioiiKdffiiis un pays libre; et je fus ravi de me trouver en cela du même avi» qu'un bottme dont Topinion fait autorité, en font ce qui relève de rintelligenoe et du cœop.
D' ou vient que, dans iiti pays tel que l'Angleterre, le jiMirnalismeesi anonyme? Et d'où vient que, générbiement, on y considère Tanonymie comme une indispensable condition du journalisBie? C^est, jj^TaVoue, ce que j'ai peine k comprendre.
Qui l'ignore? les Anglais sont fiers de leur nature; ils ont à ce point le sentiment de la dignité personnelle, que souvent il d^éoère chez euK en roideur : dans tous leur» arrangements soeiaSK, dans toutes leurs idées, ce qui doflline, c'est une sollicitude ardente pour les droits de Ihoimne individuel; et certes, s'il est un pays au monde où la loyauté (fairplay) soit en honneur, ce pays est l'Angleterre. D'où vient donc, je le répète, b faveur qu'y a obtenue un système qui semble en désaccord avec les traits les plus saillants du •caractère anglais ?
Car il n'est sûrement pas d'une âme fière de s'abriter
SOUS l'anonyme. Fuir la respoo^abitité tinorale de «es paroles est une pratique à laqueUe le sentiment ide la dignUé .personnelle ne saurait trouver «on compte : rindividu ^est mal protégé là où sa réputation est exposée à des flèches lancées par une main inconnue, et il n'est guère confowie aux lois jdu /air ploy qu'ivn homme soit autorisé à se eaeber derrière un impénétrable buisson pour tirer de là, «ans pérU, sm* son adversaire qui .passe.
Dans ma dernière lettre, je vous ^primais mou étonnemept de ce que Tinsertion de la réponse daus le joiirnal où s'est produite l'attaque ne soit pas ici obligatoire. Il ïmi ^re juste : sur ce" point comme sur beaucoup d'autres, tes mœurs suppléent à l'absence de lajoi;; et je suis heureux d'avoir à dire que les journalistes anglais sont en général trop jalouxf de l'honneur de leur profession, trop loyaux, trop genUemen, pour refuser à celui qu'ils attaquent sur un fait donné le moyen de s'adresser à leur public dans leurs propres colonnes. Mais pourquoi subordonner à une inspiration de bienveillance, à upcaprice.de générosité, a unsorupide de délicatesse l'application d'un principe sociaH Pour- -quoi réduire un bomme traduit au tribunal de Topinion à 4enir d'une ifaveur de son adversaire la reconnaissance de soD droit?
Il en résulte que, si Tbospitalité accordée à la réclamation du plaignant est la règle, cette règle n'est pas, en tout cas, sans admettre d'assez fréquentes exceptions. Là est le mal. Je pourrais eitar maint exemple. Celui que met sous nos yeux la querelle de M. €obden et du Tùnes ne suIThhI pas? Selon moi, ^excessive violence de la lettre de M. Cobden •cxplif|ue, mais ne justifie :pas entièrement le refus du Tiinfis. C'était au public, luon au journal, à juger, tant pour la forme que pour le fond, 4iu mérite de la réponse. On ^t
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trop sujet à se tromper quand on est juge et partie. Que si le Times n'avait aucun doute sur Tinconvenance du langage eniployé à son égard par M. Cobden , raison de plus pour qu1l se fiât à la sûreté du sentiment public du soin d*eu faire bonne justice... Mais non : il dépendait de lui que la lettre fût ou ne fût pas publiée dans ses colonnes, et elle ne Ta pas été. Devant les lecteurs du Times, qui constituaient ici le tribunal, Tune des deux parties n'a pas eu la parole. La cause, je le demande, a-t-elle été entendue?
Et maintenant, à ce pouvoir d'un journal de repousser, quand bon lui semble, toute réponse provoquée par ses attaques, joignez le pouvoir que lui confère l'anonyme. N'y a-t-il rien là dont on ait à se plaindre ou h s'alarmer? L'indépendance des journaux est un bien comme sauvegarde de la vérité, non comme obstacle h son triomphe, il est d'une importance souveraine que la liberté de la presse soit garantie contre les injustices possibles du gouvernement; mais il importe aussi que l'honneur du citoyen isolé soit garanti contre les injustices possibles de la* presse.
Que, sous l'empire de certaines circonstances particulières, exceptionnelles, la signature ne soit pas absolument requise, je serais mal venu à le nier; mais, même dans ce cas, l'auteur, dès qu'un intérêt par lui froissé élève la voix, doit être prêt h s'écrier : Me, me, adsum qui ftcil Et je n'ai pas besoin d'ajouter que la chose n'a jamais été comprise autrement par celui qui trace ces lignes.
Nul doute que l'anonymie ne présente des avantages. Tel n'hésitera pas à dévoiler un abus dans le gouvernement, que la crainte de compromettre sa position aurait arrêté s'il avait dû signer sa dénonciation. Tel ne craindra pas de révéler une iniquité, à qui des considérations de famille ou de société auraient imposé le silence, s'il lui avait fallu se faire