LE LANDLORD TENANCIER
les plus emportés de MM. Cobden et BrigÉit sont très-loin de les croire aussi noirs qu'ils se plaisent à les représenter; et lorsque 1^ Times leur prêté des vues de spoliation, le Times sait fort bien jusqu'où va sur ce point leur innocence, et que le principe de propriété n'est nienacé ni par eux ni par personne. Mais ils veulent une réforme : n'est-ce pas là un crime assez grand? Car enfin, qui sait? Si une révolution est impossible, une réforme, peut-être, ne l'est pas. Or, l'aristocratie en Angleterre, c'est l'arche sainte. Malheur à qui ose y toucher !
Cependant quel est l'état réel des choses?
Que la condition du paysan en Angleterre soit fort triste, il n'y a point à le nier. 11 est mal nourri, il est mal logé, il est livré sans défense aux atteintes de la vieillesse, il n'a aucune chance de s'élever dans la vie. Son sort n'est pas, à la vérité, plus lamentable que celui du paysan belge, lombard ou français, comme le Spectalor en fait avec raison la remarque ; mais ce dont il convient de tenir compte et ce que le Spectator n'a garde d'oublier, c'est que tout se juge par comparaison. L'Angleterre étant le pays le plus riche du monde, la misère y est plus misérable que partout ailleurs.
Aussi la tendance du laboureur à prendre le chemin des villes commence-t-elle à y être vivement accusée. C'est peu : la population des campagnes semble de moins en moins retenue au sol par l'amour du pays natal. Dans le nord du pays de Galles, par exemple, il y a, dit-on, un mouvement d'émigration presque aussi considérable que celui qui règne en Irlande; et le journal que je citais tout à l'heure se demande avec anxiété ce qui arriverait, si ce mouvement d'émigration venait à se développer, et si, ce qui n'est nullement improbable, l'habitude de «faire grève».
2n0 LETTRES SUR L* ANGLETERRE (l864)
s'étendait de la classe des salariés de l'industrie à celle des salariés de Tagriculture.
MM. Cobden et Bright ont donc mis le doigt sttr un mai qui n'a rien d'imaginaire ; ils ont appelé l'attention de leurs concitoyens sur un danger qui n'a rien de clûmérique.
Mais quelle est la nature des remèdes qu'ils proposent! Quelle est leur valeur? Quelle est leur portée?
Pour en juger, il importe de se rendre d'abord bien compte du régime auquel il s'agirait de les appliquer.
Chacun sai>t que le système féodal fut introduit en Angleterre par Guillaume le Conquérant, peu de temps après la conquête normande. Son but eu cela fuf-il de partager entre ses compagnons les dépouilles du pays conquis? C'est ce qu'on a beaucoup dit et répété, mais c'est ce que dément * l'histoire vraie. L'Angleterre, à cette époque, était menacée d'une invasion danoise. L'établissement du régime féodal, admirablement adapté aux mœurs militaires de ces siècles de barbarie, fut demandé comme moyen de défense et de salut par la grande assemblée du royaume : voilà le fait. Hais il n'en est pas moins incontestable que le régime féodal, une fois établi, devint une formidable niacliioe à oppression. La nation n'échappa aux coups de ses ennemis du dehors qu'en se mettant à la merci de ses maîtres du dedans. Tout le sol du pays dut être et fut, dès ce moment, considéré comme la propriété absolue du souverain. On k divisa en fiefs, dont le roi s'empara ou qu'il donna à ses principaux compagnons, qui s'y installèrent sous le nom de barons, de vassaux, et de tenenies in capite^ à la charge par eux de lui jurer foi et hommage, et de le suivre à la guerre avec un certain nombre d'hommes armés. De leur côté, suit pour se mettre en état d'exécuter les conditions