‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 161 sur 186 · LE LANDLORD TENANCIER · texte numérisé non relu

LE LANDLORD TENANCIER

du contrat féodal, soit pour que, pendant leur absence, leurs terres ne demeurassent point sans culture, les grands feudataires farent conduits k subdiviser leurs domaines, sauf à recevoir des nouveaux occupants une rente {redditus) qui leur penntt de subvenir aux frais de leurs excursions guerrières, Akisi se forma la relation du fordau vassai, relation de fidélité et d'obéissance, de la part du second; de protection et de justice, de la part du premier. La base sut ïaqueMe s'éleva cet échafaudage , quelle était-elle ? La force.

To«t d'abord, la possession des fiefs fut subordonnée à la volonté du lord. Ceux qui les tenaient de lui ne pouvaient en disposer à Iner guise, ne pouvaient les transmettre par succession ou autrement. Mais, insensiblement, les héritiers du tenancier défunt obtinrent de se partager entre eux son héritage, moyennant un cadeau k faire au lord (a fine)^ cadeau qui consistait dans l'offre d'une armure, ou de quelques chevaux, ou d'une somme d^argent. Bientôt on s'aperçut que cette division des héritages tendait à rendre les sous-feudataires incapables d'acquitter les services divers auxquels ils étaient astreints à l'égard du lord , et l'usage s'introduisit parmi les tenanciers de laisser, à leur mort, la totalité des terres qui leur étaient confiées à un seul de leurs enfants, ici à l'alné, Ik au plus jeune. Enfin, k mesure que les lumières et la richesse firent des progrès, les fiefs acquirent de plus en plus entre les mains des tenanciers le caractère de propriété absolue, et les vassaux se transformèrent en freehùlders, c'est-h-dire en libres propriétaires <hi sol.

Mais il est h remarquer, -^ et ceci est un point capital, — que cette transformation des sous-feudataires en freeholders n'alla point jitsqu'k entamer le principe en vertu duquel le

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souverain était tenu pour le seul propriétaire absolu du royaume : « Tout fuit en luy et vient de luy al commente^ ment ». Blackstone dit en propres termes: cNul sujet en Angleterre n*a la propriété allodiale (en franc alleu). C'est qn principe admis en législation et impossible à nier, que toutes les terres du royaume sont tenues du roi, directement ou indirectement. » Et encore : a Un sujet à l'usufruit, non la propriété absolue du sol, ou, selon l'expression de sir Edouard Coke, il a le dominium utile, non le dominium directum. »

D*oii il résulte que, strictement parlant et en droit, le premier landlord d'Angleterre n'est qu'un tenancier. 11 n'y a de propriétaire reconnu par la loi que le souverain, ou ce qu'il représente : l'État.

Il est bien vrai que la suzeraineté de la couronne n'a au* jourd'hui, en fait, d'autre valeur que celle d'une fiction légale ; il est bien vrai que chacun ici a le droit de jouir et de disposer de ses biens comme il l'entend; que dis-je? la liberté testamentaire, si rigoureusement circonscrite en France, ne connaît point de limites en Angleterre. Mais, à côté de la question de fait, la question de droit reste. Dans la fiction légale, il y a un principe dont il dépend de la nation, quand elle le voudra, de tirer les conséquences. Si le sol appartient à l'État, en vertu de la 2ot, c'est le comble de l'absurdité que d'appeler MM. Cobden et Bright des factieux parce qu'ils désirent, à tort ou à raison, que la constitution féodale de la propriété dans ce pays subisse des modifications législatives de nature à augmenter graduellement le nombre des propriétaires-cultivateurs, soit par l'abolition pure et simple de la loi qui, lorsqu'un homme meurt intestat, livre la succession de ses biens réels à son fils aine, à l'exclusion des autres enfants ; soit par des restrictions apportées,

SUR QUELLE BASE l' ARISTOCRATIE REPOSE 273

comme en France, à la liberté de tester; soit enfin par le renversement pacifique et légal des obstacles que l'esprit aristocratique a su mettre au transfert des propriétés territoriales.

Reste à savoir jusqu'à quel point Fadoption de pareilles mesures serait désirable; jusqu'à quel .point le progrès de l'agriculture est lié au morcellement du sol ; jusqu'à quel point il importe d'encourager cet élan passionné du paysan vers la terre, qui a fait dire à M. Hichelet, parlant de la France : « Promenons-noiis le dimanche dans la campagne, suivons le paysan. Le voilà qui s'en va là-bas devant nous. Il est deux heures; sa femme est à vêpres; il est endimanché; je réponds qu'il va voir sa maîtresse. Quelle maîtresse ? Sa terre. »

7 janvier 1864.

Sur quelle base l'mristoeralle repose en Angleterre.

Dans son roman de Coningsby, M. Disraeli dit qu'en 1471 , après cette fameuse bataille de Tewkesbury, où Edouard IV bailit et fit prisonnière Marguerite d'Anjou, un baron normand était presque aussi rare en Angleterre que Test aujourd'hui un loup, tant la guerre des Deux Roses moissonna de nobles ! Le même auteur rappelle que, lorsque Henri VII

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