LA GRANDE CULTDBE; SES VICES
carrés, est presque entièrement la propriété de deux « noblemen », le duc de Richmond et lord Leconfield. La ville de Londres, cette ville étonnante par son immensité, appartient à nn petit nombre d'hommes ; il est tel grand seigneur qui y possède un quartier aussi étendu que la capitale de certains royaumes. L'opulence de la maison Grovesnor brille d'un éclat qui fait pâlir celui du trône, et encore n'est-elle rien en comparaifiofi de ee qu'elle sera à l'expiraiien des loyers de Belgravia. Les domaines de Dudley, Buccleuch, Brownlow prennent des proportions monstrueuses. L'autre jour, on lisait dans les feuilles publiques que les curateurs ((vicardians) du marquis de Bste, jeune homme de seize ans, avaient dépensé deux millions de livres sterling à améliorer la propriété de la maison de Crichton Honntstuart à Cardiff. On juge quelle doit étne la valeur d'une propriété, qua^^, pour l'améliorer, rien que pour l'améliorer, on dépeafse <i«|«aate roUlions de franes !
Pline, pihilosoplie quoique patricien, a dit : Vtruniqw emfilemtibus^ latifundia perdidere ludiam. Si ces mots, que <îiM)OQ cite avec approbation, exprinoient un fait bien observé; s'il est vrai que ce fut l'existence de douzaines trop étendus qui entraîna la perte de l'Italie, l'aristocratie anglaise ferait bien de se demander si TAngleterre ne serait pas â'a\'eirture atteinte de la maladie sociale dent les GracqfMs voulaient guérir Tempire romain et qui finit par tuer œ jgrand msdade.
808 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l864)
22 mars 1864.
Le droit de primegénltare en Angleterre.
Vous rappeIez*vous la réponse du neveu de Rameau à Diderot, lorsque celui-ci, le rencontrant, lui dit : « Il y a une éternité que je ne vousTii vu... Qtf avez-vous fait? * — € Ce que vous, » répond le neveu de Rameau, « moi et tous les autres faisons, du bien, du mal et rien. Et puis j*ai eu faiffli et j'ai mangé quand l'occasion s'en est présentée. »
Eh bien, non-seulement le nombre des gens qui mangerU quand T occasion s'en présente est ici considérable, mais il semble augmenter chaque jour. Ainsi qu'un journal anglais en fait amèrement la remarque, la société d'en haut ne peut plus, depuis quelque temps, s'asseoir à un banquet somptueux, sans qu'on vienne aussitôt l'avertir que Lazare est couché devant la porte, — un Lazare qui n'a pas même un chien pour lécher ses plaies. Oui, plus que jamais, on voit, à Londres, cette capitale du monde opulent, la misère frapper à coups redoublés sur ses victimes. « J'ai faim, » tels sont les mots qu'on aperçoit quelquefois tracés avec de la craie sur le pavé, devant un spectre assis contre un mur. « Bah ! * disent certains passants repus, « cet homme joue la comédie de la misère; il a façonné son visage h la pâleur. Est-ce que noire loi des pauvres ne tient pas table ouverte? Est-ce qu'il est possible de n'avoir pas de quoi manger, quand le work-