LES « SETTLEMENTS
quelque avantageuse que la faculté de la vendre pût être et au public et au propriétaire lui-même. Inutile d*insister sur la nature et la portée d*un semblable arrangement'. Il a pour but manifeste et pour effet certain d^çmpécher la division des grands domaines, de les retenir dans les mêmes familles, et, par conséquent, de perpétuer l'aristocratie,
Vainement alljéguerait-on en faveur de ce système la nécessité d'ôter à une certaine classe de personnes le pouvoir de se ruiner. La société n'a que faire de protéger contre le résultat naturel de leurs vices ou de leurs folies les libertins, les prodigues, les héritiers dégénérés de quelque nom ancien, ou les trop dignes héritiers d'une fortune acquise par quelque récente intrigue.
20 mars 1864.
Les « Settlements >•
Depuis que j'ai abordé le sujet de la teoure aristocratique du sol, chaque jour est venu témoigner de l'importance permanente et de l'à-propos sans cesse renaissant de cette grande question.
Aujourd'hui, par exemple, de quoi se préoccupe ici l'opinion publique? Je jette les yeux sur le Times ^ et j'y lis que les paysans irlandais émigrent en masse. Ne pouvant expor*
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ter leurs c laiullords » , ils s'exj^orleut euK^mêines. L'élondiie de rOcéao ^'a rien qui les £asse bésîler. Les tempêtes que sou sein recèle u^'O&t rien qui les épouvante. L'Améiiqiey voilà désormais leur lerre promise. Arrivés là, il leor faudra, peut-être; qui sait? se faire chadr À oan&» dans les nm^ de Tarmée fédérale. £t ^'importe? Unei)aUelue vilie, tandis que la faim tue lentement. Vous demandez uù ces kdouces puisent la force de fuir la patrie? Ce qu'ils fuieai, c'est la faim; c'est l'insupportable et dégradante misère qui oai pour eux de la constitution aristocratique de la propriélé; car, bien que l'Irlande soit livrée au régime de la petite ont* ture, là n'est point la principale cause de ses maux. Comae l'Angleterre, et plus cruellement encore que l'Anglelene, l'Irlande est affligée de la maladie du « landlordisme. » En France, du moins, le paysan est maître de son champ. En Irlande, non-seulement le paysan n'est pas propriétaire, mais il ne jouit même pas de ce genre de possession dont un bon bail garantit la paisible durée. Il est simple « ienani at totVÎ », c'est-à-dire qu'on le renvoie quand on ne veut plus de lui; et, dans la plupart des cas, l'éviction est un arrêt de mort. Et quelle rente écrasante il faut que le paysan irlandais subisse pour chaque lambeau de terfe ! La population agricole, dans ce pays infortuné, est tellement hors de proportion avec le capital destiné à la faire vivre; le nombre des affamés qui se disputent, ainsi qu'une proie, le droit de gratter la terre, est si considérable, et la concurrence désespérée* qu'ils se font rend le propriétaire si compléteneat maître des conditions, qu'il n'y a pas de limites à l'élévatk» de la rente. Le paysan irlandais doit la payer telle qu'on l'exige de lui, dût-il la suer par tous les pores. Sîmd, qu'il fasse place nette et aille mourir ailleurs. Mais il est dai^ reux de compter sur la docilité du désespoir. Cdni qui est