‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 29 sur 186 · CRISE C0T0NN1ÈR£ ET PRINCIPE DU LAISSEZ-FAIRE · texte numérisé non relu

CRISE C0T0NN1ÈR£ ET PRINCIPE DU LAISSEZ-FAIRE

mense masse d'hommes intelligents, porter coup à la démocratie et briser ce qui eu forme, pour ainsi dire, Tépine dorsale? Serait-il vrai, d'autre part, que raristocratie de richesse, dont Manchester a été le principal berceau et demeure le centre, empêche Tautre aristocratie de dormir, et que la concurrence politique des lords du colon gène les autres lords?...

Je vous ai parlé de l'émeute de Staleybridge. L'ordre est rétabli au moment où j'écris ces lignes , en ce sens du moins que les clameurs d'une foule furieuse ont cessé de retentir et que les sabres sont rentrés au fourreau. Mais le mal dont rémeute n'était qu'un symptôme, le mal n'a point dispam avec elle. Comment le guérir?

Et d'abord, que les choses puissent rester longtemps encore dans l'état où nous les voyons, c'est ce que personne ne croit possible. Le budget de la charité publique va s'épuisant avec une rapidité terrible. Compter sur le résultat d'appels sans cesse renouvelés serait folie. D'ailleurs, c'est une situation horriblement malsaine que celle qui nous montre tant de travailleurs réduits à manger le pain de l'aumône. La paresse forcée où ils vivent n'aurait-elle, en se prolongeant, d'autre effet que d'éteindre en eux, à la longue, tout sentiment de dignité personnelle, il y aurait lieu de s'alarmer des conséquences : que serait-ce donc si , unie à des souffrances dont nul n'entrevoit le terme, elle leur soufflait de farouches colères?

« Attendons, attendons encore, disent les optimistes-, prenons le temps pour auxiliaire; laissons les choses revenir insensiblement à leur niveau; peut-être la guerre d'Amerique est-elle plus près de son terme qu'on ne le croit. »

Peut-être! ah! c'est précisément dans ce formidable feut-éire que gît la difficulté. A la patience il faut une limite

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comme. Le voyageur qui chemine sur une route dont il ignore la longueur ne saurait d'avance faire pacte avec la fatigue. L'émeute de Staleybridge est un avertissement sinistre; et bien imprudents seraient ceux qui se croiraieui autorisés à dormir tranquilles parce que, une première f(Ms, sans laisser de morts sur la place, la multitude a fui devant réclair des épées nues! Coucher en joue la misère est un expédient d'une efficacité douteuse, quand les misérables se comptent par centaines de mille. Grâce à Taffluence des dons, la faim n'a pas encore eu occasion de donner aux ouvriers du Lancashirè ses ^uvages 'conseils; mais le jour ou cela arriverait, la peur d'un coup de sabre aurais disparu. Et alors?

D'un autre côté, comment faire bon visage à l'esprit de révolte? Après l'émeute de Staleybridge, le lord-maire se hâta d'envoyer au conûté local cinq cents livres sterling, insistant sur la nécessité de se rendre aux vœux du peuple, de substituer la distribution en argent à la distribution eu bons. Le sentiment qui dictait cette démarche était humsdn, il était équitable ; mais la démarche elle-même n'avait-elle rien de dangereux? Salarier l'émeute n'est guère le moyeu de la décourager.

S'il ne s'agissait que de quelques centaines d'ouvriers hors d'emploi et d'ouvriers capables de se plier à une occupation quelconque^ passe encore; mais il s'agit d'un demimillion de travailleurs que, depuis longtemps, le coton a entièrement , d'une manière exclusive, façonnés à sou service et qui sont peu propres à un autre genre de travail. Et ce demi-million d'hommes, il est aggloméré dans un espace comparativement très-étroit; il forme une armée, une frémissante armée, qu'il devient de moins en moins poss3)le de nourrir et qu'il est impossible de licencier.

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Il ; a Ih ufi grand péril h détoimer, m gnnd pfDUèaieà résoudre, et le temps presse. Or., jusqu'à ce joar, FatteirtioB publ^ue Be s'est partagée qu'entre dem systèmes : roi consistant à regarder k détresse comme permanente et à c« chercher le remède dans Fémigratîoii des affiamiés do Lan* cashire ; l'autre, consÂstant à regarder la détresse coou&e temporaire et à s'appuyer sur le principe de rintervenlion de l'Etat pour gagner la fin de la crise.

Le premier de ces deux systèmes, qui est vivement recommandé par le Titrées et qui paraît avoir pour lui l'opiiikm publique, offre sans contredit plusieurs avantages. L'émigration, facilitée au moyen d'une somme déterminée, soulagerait la charité publique d'un fardeau doni l'accroissement, dans l'état actuel des choses, se présente comme indéfini; eUe couperait court, eu ce qui concerne la population inocciq^ée, aux infioences corruptrices de la paresse alimentée par l'aumtne; elle tendrai!, par la dimîiiutîoii du nombre des travailleurs, à élever, dans un tea|»s donné, le niveau des salaires. Ce fut par Vapplication d'un semblable remède que , dans des circonstances analogues^ l'Irlande fnt sauvée. Et puis, n'est-ce point là qu'il faudra en venir bon gré mal gré, si l'o» n'jqperçoit pas d'issue à ce que les Anglais déôgnent sous le nom énergique de c eotton famine! i»

Voilà œ qu'ott peut dire et ce qv'ou dit en faveur du système de l'ènigratÎMi. Mais que d'objecttoas, et quelles «AjectioB&I.

Sans parler de l'énorme sacrifice en argent que néœss»t^ait urne pareille mesure^ si on l'appliquait sur une échelle tant soit peu proportionnée aux ex^enees de la situatkm, qael serait son effet inévitable, sinon de ruiaer pour jamaù en Angtéterre l'industrie qui figura à longtemps parmi ks pimcipales sources da sa prospérité et de s» puissauce? Le

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chemin de Féinigration une fois frayé, on doit s'attendre à y voir entrer tout d'abord ceux des ouvriers qui ont le plus de . confiance en eux-mêmes, c'est-à-dire les plus exercés , les plus habiles. Qui les remplacera? Et combien de temps ne faudrait-il pas pour les remplacer? La manufacture du coton exige , si l'on peut s'exprimer ainsi, une éducation des doigts qui ne s'acquiert que par un long exercice. Avant que de nouveaux travailleurs fussent en état de remplir fructueusement le vide laissé par le départ des anciens , l'industrie se trouverait avoir émigré à la suite des émigrants. L'émigration est donc un de ces remèdes qui, pour 'tuer la maladie, tuent le malade.

Et c'est bien,. du reste, sous cet aspect que le Times semble envisager la question, lorsque, avec une sérénité qui étonne, il dit : cr L'Angleterre ne cesserait pas de vivre, par cela seul que le coton cesserait d'exister. » Non sans doute ; mais elle risquerait de vivre moins forte, moins florissante. A la rigueur, un homme peut vivre avec un bras : s'ensuit-il qu'il ne doive attacher aucune importance à en avoir deux? La remarque est du Speciator, et je la trouve d'une justesse frappante. Lorsqu'une grande industrie s'éteint dans un pays, les chances qui menacent sa prospéritése multiplient en raison même du rétrécissement de la base sur laquelle cette prospérité repose. C'est une corde qu'il a de moins à son arc , et il n'est pas vrai que ce qu'on perd par la disparition d'une industrie, on le gagne par l'accroissement des autres.

Une considération qu'il importe de ne pas perdre de vue, c*est qu'un immense capital se trouve engagé dans la manufacture du coton. La partie fixe, immobilisée, de ce capital serait irrémédiablement détruite. Ce n'est pas tout. Le coton fait vivre, indirectement, au moyen de la circulation des

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