LA QUESTION D AMERIQUE ET LES OUVRIERS ANGLAIS
violés, oui OU non, c'est sur quoi il était fort inutile que le « soliciter gênerai ]> fit porter le débat : un fait certain, qui ne pouvait être nié, qui ne Ta pas été , c'est que cette construction était, en tout cas, une violation flagrante de la loi anglaise, connue sous le nom de « Foreign enlistment act ». A cet égard, pas de dispute possible. Or, qu'est-il arrivé?
Le 23 juin 1862, le ministre américain, M. Adams, informe le comte Russell, sans néanmoins fournir de preuve décisive, qu'il a de fortes raisons pour croire que YAlabama est destiné à figurer dans la lutte du Sud contre le Nord; qu il y a lieu d'y regarder; que le vaisseau est sur le point d'être en état de tenir la mer; qu'il sera prêt dans neuf ou dix jours; qu'il n'y a pas un moment à perdre. Le point méritait d'être éclairci; l'ordre de détenir le vaisseau provisoirement pouvait être donné.
Quoi qu il en soit, le 22 juillet, les preuves requises sont fournies au comte Russell par M. Adams. Dès ce moment, la saisie devait être ordonnée. Mais non : sans qu'on ait daigné nous expliquer pourquoi, on laisse s'écouler toute une semaine ; c'est le 29 seulement que défense de laisser partir le vaisseau est notifiée par le télégraphe h l'autorité compétente. Le vaisseau venait de partir.
Dans le débat, le « solicitor gênerai, » par une manœuvre oratoire indigne de rassemblée à laquelle il «s'adressait et indigue de lui , a cherché à obscurcir la question au moyen d*une confusion de dates. M. Adams ayant envoyé le 26 un supplément de preuves, quoique cela ne fût en aucune sorte nécessaire ei que, de l'aveu du gouvernement, les preuves fournies dès le 22 ne permissent pas le moindre doute, le < solicitor gênerai » a passé artificieusement sous silence la . date du 22, et, ne tenant compte que de celle du 26, il a demandé si un misérable délai de trois jours autorisait les
IH LETTRES SUft l'aNGLETERRE (1863)
Amériiains du :Nord ii aciiiser, en cette occasion, le gourernemeai anglais de négligence. Et lord PalmersloD d'appnver le < solicitor gênerai ». Et sir Konndell Palmer de faire chorus. Et la Chambre d'applaudir.
II ne nanquait plus, pour couronner le scandale, que de voir les violateurs de la loi recueillir lenr part de ces tristes applaudissemepts. C'est ce qui a eu lieu. Les sympathies de la Chambre, exprimées sans scrupule*, sont comme allées au-devant de M. Laird, père de Fentrepreneur anglais, lorsqu'il est venu justifier la construction de Y Alabama^ sur ce que son fils avait reçu des fédéraux certaines propositions analogues i celles des confédérés» comme si la question était là !
La question? Elle était de savoir si la loi n*avait pas été violée ; si le gouvernement n'avait pas négligé ce qui aurait prévenu cette violation; si cette violation n'avait pas été cruellement préjudiciable à Tune des deux parties belligérantes, et si, de ce concours de circonstances ne résultait pas une grave atteinte au principe de neutralité. Qu*on fasse le compte des actes de brigandage commis par le corsaire confédéré VAlabama ; qu'on fasse le compte, des navires qu'il a pillés, des navires qu'il a incendiés; et l'on saura ce qu'a valu aux Ëtats-Unjs cette manière d'être neutre que trouvent si parfaitement irréprochable lord Palmerslon , le « solicitor gênerai », sir Roundell Palmer et la majorité de la Chambre des Communes !
A leur tour, il faut être juste, les Anglais ne sont pas sans avoir de légitimes sujets de plainte. Si ce qu'on raconte de la saisie du vaisseau anglais le Peierhoff, ï sa sortie du port danois de Saint- Thomas , est exact, cette saisie est injustifiable et constitue une injure gratuite. Le P^terfcojf voyageait d'un port neutre i un port neutre; il se rendait à Ma-