LA QUESTION D AMERIQUE ET LES OUVRIERS ANGLAIS
Uffloras i il n'avait à bord aucune marcbaudise suspecte ; arrêté une preuuère fois dans les envirous de Saint-Thomas, il avait montré ses papiers , qui étaient en règle et qui avaient été trouvés tels. Il ne semble donc pas qu'il j eût le moindre motif pour le saisir et l'envoyer à Key-West devant la cour des prises. Ce qui ajoute h la gravité du fait, c'est que le Peierhoff a été snisi par ordre de ce même Wilkes, qui déjà, dans l'affaire du ^rent^ avait mis le feu aux relations des deux pays.
On peut dire, et les journaux de New- York diront sans doute, que la saisie du Peierhoff est une application de ce droit de visite si cher aux Anglais; que, dans l'exercice de ce droit, il peut arriver qu'on se trompe ; que ccja arrive souvent; que les cours dess prises ont été justement établies en vue des erreurs possibles; que, si la saisie n'est pas reconnue valable^ elle sera annulée, mais que c'est a la juridiction compétente à en décider. Soit; il n'en est pas moins vrai que, dans le cas oii le Peierhoff mr-M été saisi sans aucun motif plausible, sur l'ordre d'un homme qui, après avoir, dans une occasion précédente, offensé l'Angleterre, a été élevé du grade de capitaine de vaisseau à celui d'amiral, les Anglais ont assurément droit d*y trouver à redire.
L'irritation est donc très-grande, mais parmi ceux-là seulement qui sont ravis d'avoir une occasion d'être irrites. Ainsi que j*ai eu souvent occasion de vous le faire remarquer, le Nord compte ici des partisans fort passionnés, et ces partisans, c'est la classe ouvrière qui les lui fournit. Dans l'esclavage, l'ouvrier anglais voit une dégradation de l'idée de travail^ et conséquemment il abhorre l'institution de l'esclavage. D'autre part, il sympathise avec le Nord, parce qu à ses yeux le Nord représente la cause de la démocratie, comme l'aristocratie sympathise avec le Sud, parce que,
116 LETTRES SUR l'aNGLETERRE (l863)
entre autres motifs, le Sud représente le principe aristocratique de la domination de l'homme sur Thomme.
Ce sentiment de Touvrier anglais a éclaté avec une véhémence bien caractéristique dans le meeting des c Trade unionists ^, tenu dernièrement à Londres, sous la présidence de M. Bright. Jamais, dans cette grande cité, on n'avait entendu en faveur de la cause du Nord, associée à celle des droits du travail, une protestation plus énergique, plus ardente, venant plus du fond des entrailles, si je puis m'exprimer ainsi. M. Bright, dans ce meeting, a parlé avec sa vigueur et son éloquence ordinaires; mais là n'a pas été l'intérêt de cette démonstration. Ce qui en a fait uu grand spectacle, un spectacle original, une chose tout à fait à part, c'est que les orateurs qui ont succédé h M. Bright étaient de simples ouvriers : M. Odgers, un cordonnier; M. Howell, un maçon; M. Cremer, un menuisier; M. Conolly, un maçon irlandais. Et certes, le talent déployé par chacun d'eux révèle assez ce qu'il y a de trésors enfouis dans lesprofondeurs de la démocratie. Impossible, par exemple, de s'exprimer avec plus d'abondance, de richesse, d'esprit et de verve que ne Ta fait l'Irlandais Conolly, lequel a ôté sa veste avant de commencer, en ouvrier qui se met à la besogne. Ce mouvement oratoire a été fort applaudi, comme vous pensez bien, et le succès de notre. Démosthène improvisé a égalé, sinon surpassé, celui de M. Bright lui-même.