LES REVENUS OU BRINCE DE GALLES
SI féTrier.
Les reveans du prlnee de Gmlles.
Courage ! Que la Pologne ait bon courage ! Sa cause , qui est celle de la justice et de Thuaianité, ne restera pas, cette fois, sans défeuseurs. Dieu est-il trop haut? La France est-elle trop loin? Nqus verrons. En attendant, voici que TADgleterre se prononce. Elles retentiront jusqu'aux extrénoités du monde, les paroles par où a éclaté, hier, dans la Chambre des Lords, Tindignation de Lord Ellenborough. Et lord Russell, donc! Avec quel fier dédain des ambages diplomatiques il a décrit les violences qui ont poussé l'infortunée Pologne au désespoir! Avec quelle douleur, — laisser deviner, c'est plus que dire en propres termes, — il a dénoncé la conduite du roi de Prusse, faisant pour le compte du czar la chasse aux hommes! L'Angleterre battra des mains à cette politique de Thonnéteté et à ce langage. Lord Halmesbury, au nom du parti conservatisle, a déjà témoigné de» sentiments de consternation dont son âme est remplie. Le Times^ qui ne s'émeut pas aisément, le Times^ en parlant de Saint-Pétersbourg, en parlant de Berlin .surtout, menace et gronde. Mais je n'en dirai pas davantage k ce sujet, pensant que vous reproduirez dans vos colonnes le très-important discours du comte Russell , qui , grâce au eiel, en dit assez. Quel commentaire est possible, es présence d'un pareil texte?
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Ce qui, peut-être, a moins de chance de fixer votre attention, c*est ce qui s*est passé avant-hier à la Chambre des Communes. C'est pourquoi je m'y arrêterai de préférence, d'autant que là aussi, quoique à un moindre degré, il y a matière à réflexions pour qui va au fond des choses.
Il s'agissait du prochain mariage du prince de Galles. .
Chose remarquable ! en venant demander pour ce prince un don annuel de 40,000 livres sterling, pins un don annuel de 1 0,000 livres sterling pour celle qui va devenir sa femme, lord Palmerston a étonné la Chambre des Communes et la nation. Quoi? si peu ! tel est le cri qui est monté à toutes les lèvres. M. Disraeli a fort bien exprimé le sentiment général, lorsqu'il a dit : « Personne ne trouvera que c'est trop; espérons que ce sera suffisant. »
Que signifie ceci? Serait-ce que le prince de Galles, si la nation ne venait à son secours, serait réduit à la portion coor grue? Non pas. A la différence de ses frères et sœurs, le prince de Galles a une fortune à lui, .et considérable. Il jouît d'une rente de 16,000 livres sterling sur les fonds publics; il to<Jche les revenus d'un domaine d'acquisition récente, et ceux du duché de Cornouailles, lesquels n'étaient guère que de 12,000 livres sterling au commencement de ce règne, mais qui, aujourd'hui, grâce à l'admirable administration du feu prince Albert, ne sont pas évalués à moins de 40,000 li* vres sterling.
La question était donc de savoir si, l'héritier présomptif de la couronne jouissant déjà d'un revenu annuel d'à peu près 60,000 livres sterling, il était bon de porter ce revenu • à 100,000 livres, c'est-à-dire à 2 millions 500,000 francs.
£h bien, la chose n'a pas fait l'ombre d'un doute. Seulement, un membre de la .Chambre, M. Augustus Smith, sans crier toutefois à l'exagération, a fait observer que le jeune
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prineefigiiraU pami les gros reitms; qn^on lui a^^ait payé son Yoyage eo Amériqwe^ et qo'après tout H pouvait se passer de là mwificence du Pariemeot. A part cela, et quelques regrets tîfludemeitt exprknés sur ce que le ministère n*avait pas cra devoir présenter à la Chambre le badgel du duelié de Cor* QouaiUes avec pièces îustifieatives, la proposition de lord Pal- BoerstoD n'a eu i vaincre ancitoe résistance. Le vote a été manime au dedans, et unanimement applaudi au dehors. Jamais lettre de diange, tirée par les ministres d'un souverain, n^aura été, avec plus de plaisir^ acceptée par un peuple.
Comment ex|^quer ce phénomène? Est-ce que TAngleterre, qui plie sous le fardeau des taxes, n*a pas les taxes en horreur? Est-ce que la popularité d*un ministre n'y dépend pas bien souvent de sa disposition à rogner les appdutanents des fondionnaires publies, à éeourler le chapitre des dépenses? Est-ce que la « politique du retranchement , » comme on dit ici, u est pas celle qui parle au cœur de la uatioB? D'où vient donc qu'il n'y a rien d'hyperbolique dans cette assertion du Times : € Si le peuple anglais était rassemblé, consulté, et qu*on expliquât à chacun la part qu'il aura à fournir dans les 40,000 livres sterling de rentes offertes au prince de Galles, il n'y aurait qu'une voix, nous em sommes sûrs, parmi les Anglais, pour qu'on donnât à leur prince deux fois plus que la somme unanimement votée la nuit dernière? »
Inutile de eherdber longtemps la solution d'un pareil pro* blême. Tout le mystère, c'est que l'Angleterre n'appartient p9sh$u princes; au contraire, ses princes loi appartiennent. Ils le savent, et elle le sait. Ce qu'elle «leur donne, elle s'ignore point qu'elle se le donne à eUe-méme; elle s'enorgueillit de leur splâDideur, parce que cette splendeur ne peut
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jamais être considérée que comme un reflet de la sienne propre. Si elle veut que son roi futur, même avant de monter sur le trône, ne soit éclipsé par personne; qu'il soit en état d'être généreux à son aise; qu'il ait le moyen de protéger, comme on dit, largement les arts; qu'il vive aussi conrortablement que le plus riche des « country gentlemen; » qu'il occupe enfin son rang parmi des nobles dont le revenu se compte par millions, c'est qu'elle est armée du pouvoir d'empêcher que sa munificence ne tourne contre elle.
Dernièrement, le prince de Galles était à la chasse. Ses plaisirs furent troublés par les occupatious d'un fermier qui ne jugea pas à propos de se déranger. Le jeune homme en marqua quelque humeur. Qu'arriva-t-il? que le lendemain le Morning^Star lui adressa uoe verte mercuriale : puisqu'il était destiné à régner sur les Anglais, il convenait qu'où l'avertit d'avance que charbonnier est maître chez lui! Quel prix n'a pas l'éloge dans un pays oili le blâme porte si haut? Comment soupçonner d'adulation basse l'empressement d'un peuple à enrichir des princes qu'il lui est libre de gourmander, le cas échéant, de c^tte rude façon?
— Mais l'exercice d'une semblable liberté ne risque-t-elle pas de conduire au dénigrement? Et que gagnerait une nation h désapprendre le respect?
Voici la réponse. La ville de Londres s'attendait h voir célébrer dans Londres le mariage du prince de Galles. Marchands, modistes, spéculateurs de carrefour, débitants de tout degré, vendeurs de toute espèce, avaient bâti sur cette espérance mille châteaux en Espagne. La capitale de l'Angleterre allait regorger de visiteurs opulents, pensait-on; l'or allait être jeté a pleines mains... Jugez le désappointement, quand on a su que, par ordre de la reine, le mariage serait célébré au château de Windsor !^ Que cette décision ait