‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 5 sur 186 · LES REVENUS DU PRINCE DE GALLES · texte numérisé non relu

LES REVENUS DU PRINCE DE GALLES

mécontenté beaucoup de gens; qu'elle ait donné lieu à quelques chuchotements sur le devoir imposé aux souverains de faire taire leurs sentiments personnels quand il sagit du bien public, je ne prétends pas le nier; mais ce qui est digne de remarque, c'est que pas une plainte qui pût être entendue à Windsor ne s* est élevée; c*est que pas un journal n'a laissé échapper un mot amer ou même une allusion chagrine. La reine est en deuil, et l'on aime la reine : il n'en a pas fallu davantage pour que chacun s'abstint de parler haut. On le pouvait cependant, sans qu'on eût à craindre police, procureurs ou gendarmes!

Pour en revenir à la dotation du prince de Galles, elle lui servirait de peu en ce pays, s'il ignorait que Targent seul est impuissant à gagner les cœurs; qu'il y faut la grâce des manières, la bonté de Tâme, la pratique des vertus douces; en un mot, tout ce qu'il ne dépend pas aux peuples de donner à ceux qui les gouvernent.

11 aura aussi k se rappeler qu'en Angleterre on attend des princes qu'ils dépensent en proportion de ce qu'ils retoivent, pour récompenser des serviteurs utiles^ pour secourir le malheur et venger le mérite des injustices de la fortune.

Ce n'est pas, il faut bien l'avouer, ce qu'ont toujours fait les devanciers du jeune prince dont il s'agit, et l'histoire de sa maison lui fournira des exemples a éviter. Qui ne se rappelle, par exemple, la scandaleuse vie de George IV, lorsqu'il était prince de Galles? Pour être juste, on doit reconnaître que les fêtes de Carlton-House ne durent pas seulement leur célébrité à l'étalage d'une vaine et ruineuse magnificence. Quel attrait ne devait pas naturellement Uur donner l'esprit de Selwyn et de Sheridan , l'inépuisable gaieté de Hare, les saillies de Curran, la nerveuse éloquence d'Erskine, le génie de Fox, l'admirable beauté de niistress Crewe, cette

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déesse du parti whig d'alors, et la grâce ineffable de cette clarmante duchesse de Devonshire, la première des grandes dames d'Angleterre qni ait aliaîlé ses enfants! Ce fut le cMé brillant de la médaille; mais le revers ! Il est impossible de prononcer aujourd'hui les mots prince de Galles^ sans se représenter aussitôt l'amant de mistress Mary Robinson, le mari douteux de mistress Fitzherbert, tendant la main à la nation sans fin ni cesse; faisant demander à la Chambre des Communes le payement de ses detles, tantôt par Fox, tantôt par Talderman Newnham ; réduit h fermer Cariton-House, après en avoir, pour ainsi dire, ouvert les portes h la terre entière; puis, un beau jour, condamné h l'humiliation d'abandonner le turf, sur un arrêt du Jockey-€lub, qui le plaçait dans l'alternative ou de prendre ce parti, ou de renvoyer un de ses domestiques, plus que soupçonné de manoeuvres déloyales. Qu'il y a loin des mœurs d'aujoord'hui, en Angleterre, aux mœurs de ce temps-lk! Lorsqu'en avril 1795, le fils aîné de George III épousa pour la forme Caroline de- Brunswick, la liste de ses dettes, telle qu'elle fut présentée au Parlement, atteignait le chiffre énorme de 650,000 liv. st. II serait curieux de savoir ce que dirait la nation anglaise à le prince de Galles d'aujourd'hui avait à faire un aveu semblable, 2i l'occasion de son mariage avec la princesse Alexandra. En 1795, on murmura, mais on paya. Le revenu annuel du premier gentleman du siècle fut fixé i lis 000 liv. st., à condition qu'on en déduirait 45,600 liv. st. pour le payement graduel de ses dettes. Les Anglais ont bien raison de tronver fort modeste le chiffre de 40,000 liv. st. demandé ^ar lord Palmerston, quand celui de 1 1 5,000 liv. st. leur revient en mémoire.

Le fait est que, grâce à la liberté» les idées tmt pris un tour qui rendrait difficile, sinon impossible, de nos jours, on

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prince de Galles à la façon de George-Auguste-Frédéric. Le Moming Post l'a constaté avec raison : une dette royale est chose dont on n'entend plus parler en Angleterre depuis m quart de siècle.

Toutefois, le naariage de la reine avec le prince Albert, celui de la fille atnée de la reine avec le prince royal de Prusse, et celui de la princesse Alice avec Louis de Hesse, n'ont pas été sans coûter quelque chose au peuple anglais; car, après tout, la monarchie constitutionnelle n'offre pas ses avantages gratis. Ainsi, la nation a eu à payer, comme annuités : dans le premier cas, 30,000 liv. st.: dans le second, 8,000 liv. st.; dans le troisième, 6,000 liv. st.

Mais, d'un autre cdté, à quelle somme s'élève, en Angleterre, la Hste civile? A 385,000 Ev. st., pas davantage, c'est-à-dire neuf millions six cent vingt-cinq mille francs seulement, pour la reine d'un*des plus puissants pays et du pins ridie pays de la terre !

C'est qu'en effet si les Anglais n'entendent pas marchander h leurs princes les moyens de soutenir leur rang d'une manière convenable, ils n'entendent pas non plus les mettre en état de se livrer à des prodigalités folles, et; comme j'ai eu occasion de tous le dire déjà, ils n^oublient jamais de rapprocher ce qu'une chose leur rapporte de ce qu^elle leor coAte.

22 féfrier.

SyBftjpathieB de l'AB^leterre pow la Pologae.

c Quelle que soit notre hostilité à Tégard de Tjours, il ne € saurait y avoir de doute sur la nature de nos sentiments € à l'égard du chacal. »

Qui s'exprime ainsi ? Par qui la Russie est-elle désignée sous ce nom : Tours, et la Prusse, sous ce nom, plus méprisant encore : le chacal?

Le journal anglais qui parle cet âpre langage est un journal qui, d'ordinaire, ne prpnonce pas un mot sans Tavoir bien pesé d'avance, sachant qu il est des paroles qui, lancées dans de certaines circonstances et par de certaines personnes, portent plus loin qu'un boulet et quelquefois contiennent plus de morts qu'un canon chargé à mitraille; c'est un journal qui, dans les grandes oc«:asions, est la voix même de l'Angleterre, et qui a la conscience de sa responsabilité parce qu'il connaît son pouvoir; c'est un journal auquel, dans les complications européennes, la réserve est commandée plus impérieusement qu'elle ne le fut jamais à aucun diplomate : c'est le Times.

L'indignation ost profonde, en effet, dans le puissant pays que représente cette fouille puissante. Pour la Pologne, et contre la cour de Saint-Pétersbourg, contre celle de Berlin surtout, il n'est qu'un cri en Angleterre. Ce cri, le monde l'entendra.

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