‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 2)Chapitre 45 sur 186 · LE COMTE DE CARDIGAN ET LA CHARGE DE BALAKLAVA · texte numérisé non relu

LE COMTE DE CARDIGAN ET LA CHARGE DE BALAKLAVA

La popularité qu'il n'avait pas courtisée, — quelle âme noble la courtisa jamais? — commençait à venir au-devani de lui, et la puissance qu'elle offre n'est pas à dédaigner, pour qui l'emploie au service de la vérité et de la justice. Mais la popularité est une déesse jalouse , quelquefois injuste, toujours exigeante, et qui, lorsqu'elle se donne, veut du retour.

SOaTril.

l.e eomle de Cardlgmn et la charge de Balaklava.

Il y aurait, j'imagine, un livre bien amusant k faire sur ce qui peut justifier le pyrrhonisme en fait d'histoire. N'étaitce point Horace Walpole qui aimait tant à lire les livres d'histoire, parce que, disait-il, c si c'est de l'histoire, je suis sûr d'avance que ce n'est pas vrai? » Parlez-moi pour mettre en doute les faits historiques les plus accrédités, de l'bistorien laborieux et consciencieux, de celui qui a passé sa vie entière à composer un ouvrage dédié à la vérité. Âh ! c'est celui-là qui sait, un sujet historique étant donné, quelle montagne d'erreurs il est possible d'entasser, à propos de ce sujet, quel qu'il soit, pour l'instruction des générations présentes et futures !

Et tenez! parmi les questions qui, ces jours derniers, oui T. ni. n

le plus piqué au jeu ratteution, ou, plutôt, la curiosité pu- .bliçue, «en Angleterre, celle-ci figure :

Lors de la fameuse charge de Balaklava, dans la campagne Mie Crimée, que fit lord€ardigan. colonel du i 1« huDsnrds? Lord Cardigan^ comme it Taffinne, s'élança- t-il sur La batterie russe, au plus fort d'une épouvantable pluie ^ boulets, frappant de droite et de gauche, se laissant emporter par son ardeur martiale au delà même des canons ennemis, se 'trouvant seul au milieu d'une nuée de cosaques, leur faisant mordre la poussière, et regagnant les siens à la façoad'un homme qui reviendrait du royaume des ombres? Ou bien, la vérité est-elle, ainsi que l'affirme l'honorable Somerset-Talbol Calthori)e, lieutenant-colonel du 5« dragons, que le comte de Cardigan, quand ses soldats se faisaient tuer autour des canons russes, n'cïait pas /à, ayant permis à son cheval de le ramener précipitamment au point d'où il était parti?

Vous le voyez, »il ne s'agit pas ici d'un problème historique se rapportant à quelque guerre des Niniviens ou des Babyloniens; il ne s'agit pas de quelque chose comiuc la ville de Troie, dont Homère a chanté le siège, qui dura dix ans, bien qu'il paraisse aujourd'hui à peu près prouvé que la ville de Troie n'a jamais existé...; non, vraiment! Le f)oint en discussion se rattache au plus célèbre des graniis événements militaires contemporains: il s'agit de la guerre de Crimée, s'il vous plait, et, dans la guerre de Crimée, 'fle •cette charge de Balaklava, si héroïque, qu'wn général Tu»e déclara que « c était mhe>chargebéte », -tandis qu'un général français la condamnait en ces termes : ^ Ce^l beau, iiMifi^ -ce n'est poita là de la guerre » ?

L'accusation portée par le major (aujourd'hui lieutenaoticolonel) Calthoi|ie, contre le oomte de Cardigan, remonte «'i

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