DÉBAT SUR L*AGTE B* UNIFORMITÉ S
arrière-pensée à chacune des choses contenues et prescrites dans le livre des communes prières (the Book of cammon Prayer).
Ajoutez à cela le serment d'obéissance canonique, plus le serment contre la simonie, plus Tobligation de répondre à une foule de questions inquisitoriales, et vous n'aurez encore qu'une partie des mailles du filet jeté par TÉglise d'Angleterre sur la conscience de ses ministres.
Mais des divers engagements exigés, le plus oppressif est celui qui requiert un assentiment absolu à tout ce que contient le Book of commun Prayer.
On se rappelle dans quel esprit et sous Tempire de quelles circonstances fut décrété ce fameux « acte d'uniformité », qui!, sous prétexte d'introduire dans l'Église d'Angleterre l'unité et la paix, mit aux mains de l'intolérance un glaive si acéré. Après l'exécution de l'archevêque Laud, en 1644, et celle de Charles P^, cinq ans après, la cause de l'épiscopat sembla perdue. Le Parlement ayant aboli, non-seulement Tépiscopat, mais tout ce qui ne cadrait pas avec le modèle fourni par l'Église genevoise, le presbytérianisme devint la religion dominante, et constitua, sous le protectorat de Cromwell, « l'Église établie ». Mais à son ombre fleurirent beaucoup d'autres sectes : celle des quakers, celle des baptistes, surtout celle des indépendants ou brownistes, qui ne voulaient pas de l'union de l'Église et de l'État. Cette dernière avait les sympathies de Cromwell, et ce fut celle qui prévalut dans l'armée. En réalité, il n'y eut de proscrit, à cette époque, que l'épiscopat, mais il le fut avec violence. De persécutés qu'ils avaient été , les non-conformistes se firent persécuteurs.
La restauration de 1660, en ramenant Chartes II sur le trdne de ses ancêtres, devait doue naturellement apporter la
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veDgeanee dans ses tutgages, et Tf^ise ëpiscopale, ii peine rétablie, mk à frapper ses adversaires la même fureur que ses adversaires, dans leurs jours de triomphe, avaieat dé* ployée contre elle. Déjà, lors de lavéneaient d'ÉlisabeilL, on avait fulminé contre les iioiKonfoniiisles uo < acte d*uniformile Ji, qw défeftdail, sous les peines les pl«is sévères, la célébration de tout culte aulre que celui prescrit dans le € Book of common Prayer ». Sous Charles 11, en 1662, on rouvrit ce vieil iu*senal des persécutions ecclésiastiques, et « Tacie d'uniformité > fui remis ee lumière.
Toutefois, le biil, tel que le vota la Chambre des Corn- Bumes, n'imposait pas l'obligation de souscrire à tout ce fue contient le « Book of commoi Prayer ». Ce furent Sheldon et ses amis qui, dans la Chambre des Lords, firent arlificieusèment insérer cette clause, dont le but était d'enlever aux dissidents toute échappatoire; et c'est de cette clause que, dans la séance de mardi dernier, lord £bury demandait la radiaticm.
C'est qu'en effet le « Book of common Prayer » contiait des choses qui, prises à la lettre, sont de nature à révolter tout esprit honnête, toute conscience droite. Ouelle âme vraiment pieuse peut s'adresser à Dieu en ces termes : « 0 Seigneur Dieu, toi à qui appartient la vengeance? » Quelle intelligence élevée peut s'associer à des anathèmes tels que ceux-ci : c 0 fille de fiabylone, béui soit celui qui saisira tes enfants et les écrasera cx>tttre la pierre? »
Aussi lord Ebury n'a- t-il pas eu de peine à prouver qu/Q beauc4)up, arrivés au seuil de T Église, reculaient d' effroi, en entendant le cri de leur conscience, et que la diminution, bien constatée, du nombre de ceux qui se consacraient anjourd'hui à l'Église, était principaiemaat due à ceite cause.
il n'y a pas à s'anréter aux arguments que l'archevêque
1>É»AT ÔUR l'acte d'dWFFORIWTÉ 21^
de Cantorbéry et l'évêque d'Oxford onl opposés à la proposition de lord Ebury. Ces arguments tombent d*eux-roêraes : ils consistent à dire que la clause en queslion n'est pas généralement entendue aujourd'hui dans son sens strict et littéral, dans son sens primitif. 0 casuistes! quoi! il faut maintenir une déclaration, fille de l'esprit ^e tyrannie, parce qu'elle fait dire aux gens une chose lorsqu'ils en pensent une autre! Je le répète, un tel raisonnement ne vaut pas qu on s'y arrête. Ce qui est à signaler, conmie indice frappant du progrès des idées, c'est la faveur inattendue que la motion de lord Ebnry a renoootrée dans une Ommbre dont la fibre religieuse a toujours été sensible à l'excès, ^oo qi»e la motion ait été adoptée : ceài été plus qu'il n'est permis d^'altendre de la Chambre des Lords; mais la seconde lecture du bill a été votée par 5* voix cemire M, «t c>st là un gra«d résultat. EneiMre faiiV-il remarquer qu'au premier ra^ng des auxiliaires de kurd Ebury a figuré T^éque de Londres , lequel â flétri la dause discutée oomme « un reste du tîI esprit et (>ersécntion ».
Lord LyltdtOTi, en Téporidanl à l'évêqw de Londres, a prononcé ces paroles, qu'il importe de »«ter, parce qu'elles «lonnent la def du vote de la majorité et téi»oignent de Tenfantement du libre examen par le pretestantisme : « Ce li'esl pas dans us moment où tant de membres du «lergé prétendent adhérer à l'Église, tout en professant des opinions qm diffèrent de^n enseignement; n^n, ce n'est pas dans un moment pareil, qu'il est sage d'adopter la moéîHeation proposée. »
En s'exprîmant ainsi, lowi Lyttdtan pensait piK)babtement il Tévéque^Golenso.
22a LLTTRES SUR L ANGLETERRE (l863)
28 mai.
L'éTéqne Coleaao.
L'évéque Colenso ! J'ai véritablement à demander pardon à vos lecteurs de ne les avoir pas encore entretenus d'un homme qui est un événement. Il y a plusieurs mois déjà qu'un livre de lui parut ; et ce livre, lu partout, partout dévoré, attaqué avec rage par les uns, défendu par les autres avec passion, point de mire de plusieurs milliers de lettres et de pamphlets, objet de commentaires sans fin, aliment d'une polémique intarissable, terreur des dévots, désespoir des hauts dignitaires de l'Église établie, et joie des libres penseurs, ce livre ébranle encore l'Angleterre religieuse, comme au jour de son apparition. Pas plus tard qu'hier, je lisais sur un énorme placard, affiché presque à ma porte : « Docteur Colenso a tort ; Moïse a raison. »
Singulière histoire quelquefois que celle d'un livre! M. Colenso, nommé évéque de Natal, en Afrique, avait, en cette qualité, h convertir les naturels du pays; et c'est en expliquant la Bible à un d'eux, c'est en essayant de répondre, de manière à rester en paix avec sa conscience, aux objections naïves qui lui étaient faites, qu'il a été conduit à mettre en doute d'abord, et ensuite à nier résolument la valeur historique du Pentateuque.
Un jour qu'il s'appliquait h traduire la Bible pour l'usage
L'ÉVÈfifUE COLENSO 221
de ses ouailles, un originaire du pays, homme h Tintelligence vive et au cœur simple, qui l'aidait dans ce travail, Tarréta court quand ils en furent à ce passage : « Si un homme bat son domestique avec un bâton, et que son domestique meure sous sa main, il sera certainement puni ; cependant, s'il continue un jour ou deux, il ne sera point puni: car son domestique est son argent! — c Comment ! » s'écria le pauvre africain d'une voix troublée, « ce Dieu que vous voulez que j'adore, ce Dieu que vous dites infiniment bon, ce père miséricordieux du genre humain, considère comme un vil métal un des êtres créés à son image, et il ne déclare punissable le maître transformé en meurtrier que si la victime meurt sous les coups ! b Troublé à son tour, l'évéque balbutia une réponse telle quelle. A mesure que la traduction avançait, les objections du disciple allaient se multipliant, et l'angoisse du pasteur augmentait. Il se mit alors k étudier ce qu'il n'avait jamais lu jusqu'alors avec les yeux de son intelligence : Il examina; il compara; il ue laissa rien sans l'avoir pesé et approfondi ; linguiste, il éplucha les textes ; géologue, il trouva dans le récit biblique nombre de faits qui démentaient la géologie ou étaient démentis par elle ; mathématicien, il se heurta à des dimensions chimériques, à des proportions contradictoires, à des chiffres impossibles. Enfin, il fut conduit à cette conclusion : que Moïse n'était pas l'auteur du Pentateuque; et, de retour en Angleterre, il osa publier, lui, évéque de l'Église établie, un livre où il présentait la Genèse, l'Exode, le Lévitique, les Nombres et le Deutéronome comme un tissu d'erreurs grossières.
Colenso n'était pas certes le premier bûcheron qui entrait, la cognée à la main, dans la forêt des croyances. Voltaire, les convives du baron d'Holbach, les critiques allemands.
;tnKKs Sm L* ANGLETERRE (l863)
^a.K ai >^i u* i b Bible de bien autres coups. Mais la Bible, ..anuc'. ou Attglelcrre par un évêque protestant ! cela rap- V .vuî \utdace Je Luther excommuDiaot le pape. Le scan- ...uo tut iiuuieiise. Les UnitairieiiSy qui touchent de si i»iN \ik raiioualisme, et qui s'en, vantent, s' étoonèrent d'une uiûicvu^ dont ils n auraent pas été capables. Les auteurs ,UvN Hasais ei Reçue» étaient dépassés. Ce qu'ils n'avaient UU que hasarder tin^idement^ avec toihes sortes de faaxtuNiiuts et de réticences, l'évéque de Natal le proclamait J^uuie voix forte et assurée, sans hésitation, sans auàbages. iauKÙs homme d^Église n'aNUiit, de nos jours, déployé un courage aussi viril ; et le fait était surtout digne de remarque dans un pays comme l'Angleterre, où nul, en matière de religion, ne se soucie de paraître ce qu'il est, et où il ue manque pas de savants qoi, ayant, la main pleine de vérités» tremblent de l'ouvrir.
Il n'y avait rien, au surplus, dans la conduite de l'évéque CoLens^v, qui ressemblât a un défi. Il ne s'avançait pas sur la scène en incrédule et le sourire de l'ironie sur les lèvres. Loin de là. Le ton de son livre est celui d'une piété profonde et sincère. Il n'a cessé de sentir dans la Bible le souffle de l'esprit de Dieu; il le dit, et c'est à cause* de cela même qu'il veut qu'on la dégage de ce que la faillibililé humaine a pu y mêler d'erreurs ; il demande à rÉgUse de ne pas eitposer la morale des Écritures aux attaques des sceptiques, en s' obstinant «^ défendre ce qui n'est pas défendable, et en mettant contre elle la science. En un mot, il croit et cBtend servir les intérêts de l'Église en servant les intérêts de la vérité. A ceux qui l'accusent d'hérésie, il rép<»fiJ : « C'est moi qui suis orthodoxe. » A ceux qui le somment de se séparer de l'Église, dont les opinions, sur les points qu'il examine dans son livre, sont si contraires aux siennes, il
L*ÉyÈ(KIE €0LB5S0 223
répond : € J'ai été nommé évéque pour prêcher la vérité, non Terreur. Je suis évêcpie. Je resterai évêque. »
Qui le dépossédera? Le cas d'un évéque hérétique n*avail pas été prévu, paratt-il. L'Église, dont il est un des hauts dignitaires, est \h devant lui, frémissante et désarmée.
Tout ce que le synode de mercredi dernier a cru pouvoir faire a été de déclarer d'une manière générale « que le livre intitulé : The Penlateueh and the BaokofJoshuacritieaHy exmnined, était d'une nature très-dangereuse, et subven^îf de cette croyance, que la Bible est la parole de Dieu. » Encore cette décision si vague n'a-t-eHe été appuyée, ni par Tévéque de Londres,* qni, mardi, l'avait coinbattue, ni par l'évéqne de Saint-Davis, qiri, .mercredi, a voté contre une sentence que, selon lui, on était tenn ée nmliver.
Ainsi, l'édifice menace de s'affaisser, miné qu'il est par ceux-là mêmes qui l'habitent.
11 est dans le caractère des Anémiais de s'arrêter, en chaque chose, à mi-chemin. En nul autre pays de la terre on ne met autant de temps à aller des prémisses à la conclusion. C'est ce qui explique l'extrême lenteur avec laquelle la logique de la Réformation s'est développée en ce pays. Mais les principes ont une force d'expansion irrésistible. La Réformation eut beau affirmer l'infaillibilité des Écritures ; elle les rendit, sans le savoir et sans le vouloir, justiciables du libre examen, le jour où, refusant h Rome le privilège d'interpréter la parole divine, elle plaça devant le peuple à genoux une Bible traduite et l'Évangile ouvert.
Lorsque, renchérissant sur les inconséquences de Luther, Calvin se faisait Tlgnace de Loyola de la Réformation; lorsqu'il s'érigeait, par une prétention monstrueuse, en législateur despotique du libre examen; lorsque, pour concilier un tel despotisme avec le droit reconnu à chacun de ne
suivre d'autre guide que la grâce reçue d'en haut, il supposait les élus capables d'entendre tous, de la même manière, la parole sainte, et appelait leur réunion la « véritable Église » , par opposition à Rome, cherchant de la sorte à ressaisir dans la liberté des consciences Tunité perdue ; lorsque, après avoir éorit, dans son institution chrétienne : c Politicœ tisus non mtnor inier homines quam panis, aquœ, solis et aeris, » il levait vers le ciel, d'un air triomphant, ses mains rouges du sang de Servet, et prétendait faire aboutir la révolte de Luther à l'établissement d'une sorte de papauté protestante, — que tentait Calvin, sinon l'impossible? Le vrai cri de la Réformation, lesVaudois l'avaient poussé avant Luther. C'était celui-ci : Toun les chrétiens sont prêtres^ — formule théologique de ce principe d'où sortit la Révolution française : Tous les hommes sont égaiAx.
SI mai.
Fautes el Ineonséqnences de la politique ani^lalse à l'égard de la Russie.
Il y a quelques jou^s, le ministère Palmerston-Russell a été interpellé au sujet de la Circassie et d'un récent délit international commis par les Russes dans ces lointains parages.
Lord Palmerston, pour toute réponse, a prononcé d'un air distrait deux ou trois phrases, dont le sens était que c'était là de l'histoire ancienne, qu'il n'y avait point à s'y arrêter ; et l'on a passé outre.
N'est-ce pas à confondre l'esprit?
Voilà bientôt quarante ans que les forces de la Russie ont été lancées sur le Caucase ; voilà bientôt quarante ans que les Circassiens, race héroïque, soutiennent contre les Russes une lutte qui rappelle la résistance immortelle opposée aux Perses par les Grecs, dans l'antiquité. Pour subjuguer un peuple sur qui le grand Mithridate lui-même ne put, il y a deux mille ans, établir qu'une autorité éphémère, et qui, depuis, n'a jamajs salué aucun conquérant^ jamais plié devant un maître, la Russie s'épuise en efforts prodigieux. Elle qui, en 1828, n'envahit la Turquie qu'avec 68,000 hommes; T. m. 15
use LETTftES SUR JL*A1!ttLETeftB£ (iMâ)
«lie qui, lors de la guerre de Crimée, n'employa que 80,000 hommes contre la coalition armée de la France, de l'Angleterre, de la Turquie et du Piémont; elle qui, dans c^ moment même, ne semble pas avoir plus de 70 ou 80,000 hommes à donner au comte de Berg pour écraser la Polog;ne, *lle a dû pousser contre le Caucase des armées de 100,00*0, 140,000, 200,000 hommes. C'est une guerre terrible que celle qui se poursuit, depuis près d'un demisiècle, entre la mer Noire et la mer Caspienne. Sa portée, en outre, est immense. L'acharnement de la Russie à poser le pied sur sa proie le dit assez. Ce que serait pour elle la possession de Constantinople en ce qui touche l'Europe, la possession du Caucase le serait en ce qui touche l'Asie. Que la Russie règne à la fois sur la ville âes syktans ei sur le Caucase; q«e, parla ctMiquéte du détroit des Dardanelles, eHe s'empare des clefs de la Méditerranée, et que, par la conquête du Caucase, elle jette les bases de sa dominalkm sur la Perse, s'ouvre l'océan lodiea, et se mette en état de disputer avec succès Tlade aux Anglais, c'en est fait, le monde lui appariieit ; le rêve de Pierre le Grand est réalise.
Et cependant un silence profond couvre cette marche de la Rassie vers l'empire universel. L'orageuse question qui se débat sur les contins de l'Europe et de F Asie est un aliment que dédaigne le bavardage des gazettes. Il n'y a pas ' longteinfis, le grand-dac Michel faillit tomber aux mains des montagnards du Caucase et n'échappa que par mirade; eh bien, je sais tel journal d'une importance européenne dans les colonnes duquel le danger couni par le frère du Czar n'a pas même figuré an chapitre des NoutêUfs diverseM. H y a environ huit mois, denx chefs envoyés par les Circassiens, Hadji-Hayden-Hassan et Kusta-Ogli-Ismaél, vinrent en
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FAUTES ET INCOVSÏatBNCIS VE LA POLITIttUS ANGLAISE ifTi
Anf^leterre, pour demander à ee pjH de ne posabandOTitter son droit de commercer avec un pei^e iDdépendaot ; eli bien, celle rôite ne fui pas jugée dïgBe d*av^r place, dans les labletles du J«k€i, entre k bulletin de ta santé de lord un tel et l'histoire d'un mari aeeiné d'atoir^bcitcii sa femme^ Que signifie ceci? Par qfuelle ioauence mysfériense FAngle^ terre est-elle amenée à s'occnper si pen de ce qni TnitéresBe si fort ? En vertu de qnel pacte avec la reDommée^ la RtBme parvient*elle à dérober au peuple anglais la connaissance d'événements auxquels il ne sainrait rester indifférent sans folie et qu'il ne saurait ignorer sans périt?
Les prétentions de la Russie sur la Circassîe et le Caucase . se rattachent à un vaste système d'empiétements dont le développement graduel accuse, à un point presque incroyable, l'apathie ou l'insuffisanee diplomatique des homn»es d'État àe TAnglelerre.
Le 28 février 1848, on cita dans la Chambre des Com«> «unes le passage suivant d'nne lettre de lord Fonfsonby r
« l'avais été condoit à croire que vous aviez chaiigé d'opinion relativement à la Circassîe* Mais non, je ne l'ai pas eru, je l'ai entendii dire : voilà tout. Je suis charmé de la •manière dont vous avez traité ce sujet. C'est admirabfe. J'espère que vous avez approuvé le contenu de mes dépêches en ce qui concerne la question. La possession du Cau^ case m'a paru dès l'abord d'une importance qui ne le cède qu'à' celle de la possession de Constantinople; mais c'est sen* lement depuis peu que j'ai appris les faits qui établissent l'iodépendance absolue de ce pays et par conséquent rillé-^ gaiité flagrante du titre que Nicolas prétend arvoir à le pos* séder. S'il existait en Angleterre un homme qui valAt m^ brin de paille seulement, celte affaire serait bien vite réglée ; mais non hommes d'État, grands et petits^ ne sont
228 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
que des marchands ambulants, qui n'ont pas même le genre de sagacité dont l'Israélite fait preuve en vendant sa marchandise à des femmes de chambre et à des marmitons. »
Voilà, sans nul doute, une appréciation singulièrement exagérée et qu'il serait absurde de prendre au pied de la lettre. Et toutefois, quand on parcourt, anneau par anneau, la chaîne des fautes que, depuis 1821, l'Angleterre a commises dans ses rapports diplomatiques avec la Russie, quand on voit le gouvernement anglais :
Ouvrant lui-même la porte à Tintervention des Russes en Turquie par le protocole du 4 avril 1826 ;
Puis, donnant à ce protocole l'autorité d'un traité;
Puis, aidant la Russie h anéantir la flotte turque à Navarin;
Puis, se laissant tromper, au commencement de 1828, par la déclaration qu'en envahissant les provinces turques, les Russes n'avaient aucune intention de conquête ;
Puis, souscrivant en 1829 aux acquisitions stipulées par la paix d'Andrinople, sans se rappeler ou vouloir rappeler à la Russie qu'aucune acquisition de territoire ne lui était permise aux termes du protocole du 4 avril 1826, devenu le traité du 6 juillet 1827;
Puis, la laissant se rendre maîtresse de la navigation du Danube, au mépris de l'article 109 du traité de Vienne, qui déclare libre la navigation des rivières depuis le point où chacune d'elles devient navigable jusqu'à son embouchure ;
Puis enfin, lui reconnaissant ou, du moins, s'abstenant de lui contester le droit de violer les articles XI, XII et XIII du traité de Paris 1856, par l'accaparement de la mer Noire, par la saisie et la confiscation de tout vaisseau qui essaye de commercer avec la Circassie.. .
Quand on voit tout cela, dis-je, on comprend l'amertume
des épanchements de lord Ponsonby dans un temps où il était si bien placé pour mesurer la portée d'une tolérance née de Taveuglemeut de l'ignorance ou de l'aveuglement de la peur.
Pour apprécier les chances qu'a la Pologne d'être secourue efficacement, énergiquement, par l'Angleterre, il importe d'étudier l'esprit et les ressources de la diplomatie , anglaise dans les rapports particuliers de l'Angleterre et de la Russie, depuis quarante ans.
L'insuffisance palpable de cette diplomatie, son infériorité flagrante, ses efforts timides aboutissant d'une manière invariable à des concessions désastreuses pour elle, forment , rapprochés de la série non interrompue des triomphes diplomatiques de la Russie, un des spectacles les plus curieux et les plas instructifs de l'histoire contemporaine.
En ce moment, et malgré les déclarations solennelles du comte Russell, le cabinet actuel est accusé véhémentement par les tories d'avoir des pensées de guerre. A entendre le Morning Herald^ lord Palmerston rêverait, sur la fin de ses jours, la gloire orageuse des combats; le comte Russell pousserait son pays en avant, l'aiguillon dans les reins; les ministres whigs seraient disposés à ajouter à la longue liste de leurs crimes celui de vouloir recourir, contre la Russie et en faveur de la Pologne opprimée, à l'arbitrage du glaive; des Anglais enfin tiendraient la tprche qui doit allumer un incendie où l'Angleterre risque de périr consumée.
Ne prenez pas ceci trop au sérieux, je vous prie. Ce qui manque aux tories, à l'heure qu'il est, c'est un champ de
tM LETTECft SUR t'ASfCLITBIlRE (I868)
batailla et un cri« Ib vappôWMïi m «iiiistèra <}es wtentimis beUiqueuses dont ils ioiit les freiiierB k ne pas s'alarmer; et cela faiiite^'avioir un tàème : voilà tout.
Prétendre que Tinsurrection de Pologne, si elle se prolonge, n'amènera pas des complications dont l'Angleterre, qu'elle le voulût ou non, serait forcée de subir la loi, je ne l'oserais. Hais ce qui est sûr, c*esl que le gouvernement, loin d'avoir des démangeaisons guerrières, craint la guerre» et qu'il la eraint, dût^il compter pour la faire «ur Tappui de la France impériale, dont il nedmte Talliance active presque MfjMft que rinifliitié.
Quaat à ses seatiineats k Tégarddeh Russie, Ils sont dominés à un point incroyable par la peur de Toffeiiser.
Et eette pcHir n'est pas d*hier.
J'ai eu oocaslon naguère de vws signaler le discours étrangement pacifique prononcé par le comte Russell tonehaiit les ifykte» de la Pologne. Eh bien, — k part le grand épisode de la guerre de Critnée, où la France était de la partie, — voilà qiiarante ans an moins que l'attitude de l'Angleteri^ officielle k l'égard de la Russie est celle que ce discours atteste. Sans compter qu'elle n'a jamais para avoir une idée bien claire de ses périls et a montré une indécision sinfiiliàre dans ses mouvements.
De Ik, CD partie, les progrès fabuleux de ce qu*mi a Bomœé avec tant de raison le colosse du Nord. Le nombre ëos sujets de Tempire, qui, depuis l'avènement de Pierre I^ •D 1689 jusqu'k la «aort d'Alexandre W en 1625, s'éuit élevé de 15,000,060 k 58,000,000, dépasse aujourd'hui, seloa les évaluations les plus modérées, le chiffre de70,000,000.
Et quelle est, de toutes les puissances de l'Europe, celle que menacent le plus les énormes accroissements de la Russie? C'est TAngleterre.
FAUTES ET INGONSEQUERCES DE LA POLmQUE ANGLAISE 281
Lord Cbathtin Assit, au si^ des vues de Catherine sur la Turquie : c ÀTec un homme qui ne comprend pas de quelle tfnporUDce est pour la Grande-Br^agne le -moindre village turc, je ne descends pas à discaler. » Or, qu'on suive, étape par étape, la marche conquérante de la Russie à travers rbistoire depuis Pierre P'.
En 1699, elle se fait céder Acof, pM* la paix de Carlowitz, et prend ainsi pied sur la mer Noire.
En 1770, sa flotte paraît pour la première fois dsms la Méditerranée et détruit à Tchesmé la flotte turque.
En 1 773, elle franchit pour la première fois le Danube.
En 1774, le traité de Kainardji hii donne le pays compris entre le Dnieper et le Bog, lui ouvre décidément la mer Noife, et consacre, à son profit, l'indépendance des T^rtares de la Crimée et du Koukan.
En 1783, elle incorpore à son empire la Tartanrie de Crimée.
En 1792, elle rec<Mt le Dniester pour frontière entre «ne et la Turquie.
En 1812, la paix de Bucharest étend sa domination jus* qu'au Pruth.
En 1827, TAnglcterre, — chose remarqwAle, — l'aide à anéantir la fknte russe à Navarin.
En 1829, elle écrase les Turcs à Skimla, passe le Bal* kan, prend Andrinople, piwsse sa cavalerie légère jusqvt dans les environs de Stamboul, et arrache aux Turcs oe fameux traité d'Andrinople qui lui livre riraportante forteresse d'Anapa, près de l'embouchure du Kouhan, l'établil sur le Danube, soumet la Moldavie et la Valachie k son influence, et, par la reconnaissance d'une Grèce indépendante, démembre l'empire ottoman.
' Enfin, en 1833, pour prix du secours intéressé par elle
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prêté au sultan contre le pacha d'Egypte, elle fait insérer dans une clause secrète du traité d'Unkiar-Skelessi, que le détroit des Dardanelles, ouvert à la seule Russie, sera fermé aux autres puissances européennes.
Hais la guerre de Crimée?
La guerre de Crimée aurait certainement porté un coup terrible à l'influence de la Russie en Orient, si l'Angleterre n'avait pas permis que la puissance des Russes y survécut à leurs revers. Et c'est ce qu'elle a permis. Uu'a rapporté aux Anglais, qu'a valu aux Turcs cette guerre où les uns et les autres ont prodigué tant d'or et de sang? En ce qui concerne la liberté de la mer Noire, le traité de Paris du mois de mars 1856 est un chiiFon de papier, rien de plus. C'est bien en vain que l'article XI de ce traité a déclaré « les eaux et ports de la mer Noire ouverts à la marine marchande de toutes les nations; » c'est bien en vain que l'article XIII interdit l'établissement ou le maintien sur les côtes de la mer Noire de tout arsenal militaire maritime : sept ans se sont» écoulés depuis la conclusion du traité de Paris, et que se passe-t-il aujourd'hui dans ces parages? Toutes les côtes de la Circassie sont sous la surveillance d'un vaisseau de guerre russe; sur chacun des points du rivage que ne commande pas un vaisseau de guerre, la Russie a élevé un fort; pas de commerce possible avec les ports de Circassie; et malheur à ceux des habitants du pays qui osent courir cette grande aventure, s'embarquer! On verra dans la suite de ce travail à quel sort ils s'exposent.
Oui, la Russie, après la guerre de Crimée, est bien près de redevenir en Orient ce qu'elle y était avant la guerre. Elle a été un instant arrêtée dans sa marche triomphale; mais fc-t-elle reculé? Non.
Et pourquoi s'en étonner? La politique de l'Angleterre k
regard de la Russie a toujours été, je le répète, une politique iDcertaine, vacillante, contradictoire, et qui, par conséquent, ne pouvait tenir contre cet esprit de suite si profondément marqué dans tous les actes de la diplomatie russe.
Jusqu'au temps de Tinsurrection grecque, par exemple, sMl était une idée qui eût dominé les traditions du Foreign- Office^ c'était la nécessité de maintenir l'empire ottoman, dont les hommes d'État d'Angleterre regardaient l'existence comme intimement liée à l'affermissement de la domination des Anglais dans les Indes.
En 1821, la diplomatie anglaise sembla tout à coup changer d'aspect. Elle se laissa pénétrer par l'espèce de sympathie romantique et littéraire qu'excitèrent, dans leur lutte contre le croissant, les descendants de Thémistocle, de Miltiade, de Léonidas. Canning, dans le protocole du 4 avril 1826,. se fit, contre les Turcs, l'instrument de la«Russie; la bataille de Navarin eut lieu; Tinvasinn de la Turquie par les Russes en 1828 fut publiquement appuyée par lord Palmerston, qui ne faisait point alors partie du ministère ; lord Aberdeen, ministre des affaires étrangères en 1829, ne fit pas mystère de ses tendances russes, qui parurent néanmoins trop tièdes à beaucoup, tant le courant était rapide; et cela dura jusqu'en 1833.
A cette époque, il y eut retour à Fancien système. Il fallait soutenir à tout prix Fempire ottoman; il fallait à tout prix barrer aux Russes le chemin des Indes, le chemin de la domination universelle. La guerre de Crimée a été, en ce qui regarde l'Angleterre, le résultat de ce mouvement.
Aujourd'hui, nous sommes h la veille de voir encore une fois les idées prendre un autre cours. Avant-hier, un débat a eu lieu dans la Chambre des Communes sur la question d'Orient, et l'on y a entendu MM. Grégory, Cockrane, Ma-
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guir«, CoMen, dédaper bien haut que la poSlique anglaise de i%6i fie devait pas être celle de 1 854 ; que le gouvernement turc était un gouTerneinent tyrannique, indigne des sympathies d'un peuple libre; qu'il tenait sons le joug mainte population chrétienne dont l'Angleterre devait désirer la délivrance; que la régénération de Tempire turc était chimère pure; que les prétendues réformes opérées par le sultan étaient illusoires; que la chute d'un empire qui depuis si longtemps menace ruine, était inévitable; qu*il fallait en prendre son parti et laisser périr ce qui avait perdu le pouvoir de vivre. MM. Layard et Gladstone ont répondu, au non du mimstère, mais faiblement, et voilà qu'à rinstaiit même où je trace ces lignes, on m'apporte un article du Timts qui adopte sans réserve les dénonciations de M. Grégory contre les Turcs, et ses amères conclusions.
Que nous voilà loin de la guerre de Crimée et de la popularité qu'elle avait donnée aux Turcs en Angleterre !
Lorsqu'en 1853 Omer-Pacha disputait Victorieusement le Danube aux armées russes, et qu'en 1854, Paskiewitch s'éloignait des murs de Silistrie, hiunilié, frémis^nt, qui aurait jamais dit que l'Angleterre, si prompte alors à exalter les prouesses de la Turquie et à y voir um gage de sa régénération, arriverait si vite à nourrir contre elle les sentiments qui se sont fait jour dans le débat du 39 mai? Qu'est devenu le temps où lord Shaftersbury, organe en ceci de l'enthousiasme populaire, déclarait, en pleine Chambre des Lords, que, de tous les amis de la chrétienté, le meilleur c'était le sultan?
FAUTES ET INCtTN SEQUENCES ÛB LA POLITIQUE ANGLAISE 295
Chose ëtmu^, inexplicable presque 1 Cest m moment où rAnf leterre ipremi en main contre la Russie la cause de la Folofne soulevée, qu'elle déclare moralemeut la guerre ii la Turquie, où le» Rnsses ont leurs adversaires les plus prononcés et les Polonais leurs plus fidèles amis !
D'où rient cette réaction, dont la soudaineté a quelque chose de sî mystérieux?
Je dis réaction, et le mot n'est pas trop fort. Quoi de plus menaçant, en effet, pourTempire ottoman que ce mémorable débat du 29 mai, où la Chambre des Gommuues d'Angleterre, abandonnant tout à coup la politique d*hier, sonne d'arance les funérailles du c malade » de Gonstantrnople et déclare sa succession ouverte ?
Une circonstance frappante, c'est que M. Grégory, qui a mis le feu à la mine, n'avait rien à demander et n'a rien demandé de précis. Sa motion, qu'il a d'ailleurs retirée, n'en est pas une. Elle n'avait pas pour but de provoquer un vote ou d'y conduire. Elle consistait à prier le gouvernement de publier, relativement à la Turquie, des documents que le motionnaire n'a môme pas pris la peine de spécifier. Évidemment ce n'était qu'un prétexte pour amener la Chambre des Communes h déclarer ses sentiments, à faire solennellement connaître le programme de sa nouvelle politique à la Turquie, à la Russie, à l'Europe. . >
Or, comme manifestation , le oébat a été aussi clair, aussi complet, aussi décisif que possible.
A l'exception des orateurs officiels, c'est-à-dire de M. Layard, qu'on a semblé écouter avec quelque impatience, et de M. Gladstone, qui a mis une réserve extrême à défendre la Turquie, tous ceux qui ont pris la parole ont parlé de manière à jeter Saint-Pétersbourg dans des transports de joie et Gonstantinople dans la consternation.
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Et pour que rien ne manquât à Timportance de cette manifestation, toutes les nuances de l'opinion se sont donné la main dans cette grande croisade contre la Porte. On eût iii vraiment que les divers partis qui divisent l'Angleterre étaient convenus en cette occasion de frapper tous le même coup. M. Grégory est un conservatiste avec des tendances libérales. H. Baillie Cochrane est un conservatiste pur, un de ces c conservatistes cosmopolites » qui vont jusqu'à vouloir les Bourbons à Naples. M. Maguire, Irlandais, représente l'alliance du radicalisme et du papisme. M. GrantrDuff peut être considéré comme l'organe des hommes qui sont poussés au radicalisme par la philanthropie. M. Seymour est libéral. Quant à M. Cobden , chacun sait que la classé mercantile a en lui son représentant le plus accrédité. Eh bien, M. Grégory,^ M. Baillie Co6hrane, M. Maguire, M. Grant-Duff, H. Seymour, M. Cobden, sont venus d'une commune voix attaquer la Porte, dénoncer l'impéritie de son gouvernement et la corruption de ses fonctionnaires , flétrir ce qu'ils nomment sa tyrannie,' insulter à ce qu'ils croient son agonie et promettre aux populations chrétiennes ses dépouilles.
Parmi les ministres, celui qui passe, à tort ou à* raison, pour le plus favorable aux Turcs, c'est le chef du cabinet, et celui-là était absent, comme si lord Palmerston avait craint d'avoir à défendre, ne fût-ce que par pudeur, une cause absolument perdue!
Que dire encore? Cette attaque s'est produite inopinément, gratuitement, sans motif connu, sans nécessité appréciable, sans quMl soit possible de savoir au juste pourquoi ou à quel propos.
Prétendra-t-on, pour expliquer ce mouvement singulier de Topinion, qu'il a sa source dans un haut sentiment d'équité;
Que les Turcs n'ont jamais été que campés en Europe;
Que leur domination, fille de la conquête, en a retenu les caractères;
Que leur joug, imposé à des populations d'une race et d'une religion différentes, atteste uniquement la supériorité de la force, et mérite, comme tel, d'être brisé au nom de la justice;
Que les Turcs ne constituent pas la Turquie ;
Que l'indépendance du pays occupé par eux est, à la vérité, d'un intérêt majeur pour FEùrope en général et pour l'Angleterre en particulier, mais que cette indépendance ne doit pas être confondue avec le maintien d'une caste aristocratique qui, après avoir importé en Europe la barbarie, cherclie à s'y perpétuer par l'oppression ;
Que ce n'est pas à des nations chrétiennes qu'il convient de sanctionner l'assujettissement d'une majorité composée d'adorateurs du Christ à une minorité composée de sectateurs de Mahomet;
Que ce qui est à protéger contre les Russes, sur le Bosphore, c'est l'indépendance de la croix, non celle du croissant;
En un mot, que la ville à sauver, c'est Byzance, non Stamboul?
Ce seraient là certainem^ent des motifs plausibles, honora* bies même , si , d'une part, il était dans les habitudes de la politique anglaise de se laisser diriger par des considérations sentimentales, et si, d'autre part, la justice était née d'hier.
Quoi! c'est le 29 mai 1863 seulement qu'on s'est aperçu en Angleterre de l'état d'asservissement où vivent les populations chrétiennes en Turquie! A quoi pensaient donc, et sir Henry Bulwer, lorsqu'il arrêtait le bras , déjà levé, des Bulgares, et le comte Russell , lorsqu'il reprochait au prince
aaS LETTR£& &IIR l'aKALËTERRE (i8«»)
Michel d'aroir resseoli avec (rop de vivacHé riujore dubombardement de Belgrade, et lord Palnerslott, lorsqu'il envoyait une flotte au Pirée, dans la crainte que les Hellènes de Tbe»salie ne se ressouvinssenl de leur origine? Je ne parle pas de la guerre de Crimée, où TAnglelerre dépensa tani d'or et tant de sang pour préserver d'un ckoc oiorfel cette existence du Turc, si violemment assaillie, à l'heure qu'il est, du haut de la Chambre des Conux^uiieS) aux applaudisseiaents du Times et du Daily iV«to#, surpris de se trouver d'accord.
Une chose k remarquer, c'est que la plufKkrt des actes de malversation « de corruption et de tyrannie dont M. Grégory a gonflé son réquisitoire, se rapportent précisément à l'époque où les Anglais étaient tout de flamrtte pour l'empire ottoman. Si une séance semblable k celle du 39 mai de cette année avait eu lieu en 1860, le lendemain des massacres de Hasbeya, de Zahlé, de I>eir-el--Kamar, de D.'Uttas, ou bien encore imuiédiatement afrès le iS jui» 1862, lors de ce bombardement de Belgrade contre lequel les consuls des diverses nations protestèrent avec tant de raison et tant de force, le fait serait moins difticile à comprendre. Mais cooh ment concevoir que le moment choisi pour mettre le pied sur le gouvernement tare soit celui où il fait pour se rajeunir, se régénérer et attirer à lui les populations soumises à son autO' rilé, des efforts évidents et couro«wés de succès ?
11 y a quelques mois à peine, il n'y avait qu'une voix ea Angleterre pour reconnaître que la situation de la Turipie s'était merveilleusement améliorée deptiis Taecession du frère d'Abdui-Medjid au trône d'Othmao. L'administration reconstituée, les déprédations des pachas réprimées, uœ impulsion nouvelle donnée à la marifte, Tarmée ottooidtte mise en état de rivaliser, comme équipement et coiMie tenue, avec le» naeilkures troupes européennes;, l'industrie ranimée, la
FAUTES ET INCCMiSliQUBNCeS DB LA t«LmQIIC ANGLAISE fff
ailtnre éi eeton encouragée, Tordre peu à peu rétsMi dam les fiiances , le erédit finaneier du fouverneineiit twc retéré au dehors : ?oilà les progrès qu'on se plaisait à signater. AbdHi'Âziz élak^ disait-an, ud prittee qui prendrait sa plare parmi tes réformalears, et l'on accordait votootiers à Fuad-- Paeha le titre ée- grand ministre. Hier encore, lord Hobart adresssait au eabtael britanfique un rapport officiel dans lequel il est constaté que le gouvernement ottoman, qni, au comraenoeiaent de 186^, avait une dette flottante de vingt millions sterling à liquider, se trouve aujourd'hm, grâce h des opérations inancières aussi bien covdnites que bien eooçues^ avoir retiré de la eircniation, snît en eainoés, soit en bons dn Trésor, la somme de quatorze raiHions six cent soixdnie* quatre mille quatre cent trente-trois livres sterling, résultat prodigieux si Ton songe h ce qu'était la Turquie lors de h mort d'Abdiil-Medjid. Et c'est dans ce moment que l'Angleterre se montre tout h coup disposée a changer les bases de sa politique orientale!
Mais pourquoi s'en étonner? Cette politique, comme je le disais dans ma dernière lettre, n*a été, depuis bien des années, en ce qui re^rde la question d'Orient et b Russie, qu'une suite d'oscillations et de contradictions. CTest ce qtre prouvera un rapide coup d'oeil jeté sur rhistoire di[^lomalique dû Foreign-^ffiee dans ses rapports avec les fcommes d'État de Saint-Pétersbourg»
L'Angleterre. veSlant pédant de loogues années sur le maintien de l'empire ottom» avec une sollicitude trop facile à endormir quelquefois, mais prompte à se réveiller,
240 LETTRES SUR L ANGLETERRE {l863)
— rachetant sa grande inconséquence de Navarin par la guerre de Crimée, — portant et recevant des coups terribles pour assurer Viruégrité du pouvoir campé sur le Bosphore, — aidant les Turcs à écraser les Monténégrins, — arrêtant les Serbes dans leur marche vers Tindépendance absolue, — gourmandant par la voix du comte Russell leur prince rebelle, — protégeant contre les Bulgares Tautorité du Sultan, — disputant à l'ascendant des Russes, pour le compte de cette même autorité, les provinces danubiennes,
— puis, uu beau matin, se rappelant avec douleur qu'il y a en Turquie des populations qui ne sont par turques ; que le génie du Coran plane entre la Mé(literranée et la mer Noire, et que ce n'est pas la croix qui brille sur le dôme de Sainte-Sophie... c'est là un phénomène si curieux, qu'on éprouve naturellement un vif désir d'en connaître les causes.
Ces causes, je vous disais hier qu'il ne faUait pas les chercher dans un entraînement sentimental, d'abord parce que la politique anglaise n'a pas coutume d'obéir à des mobiles de ce genre, et ensuite parce que. la justice n'attend pas si longtemps pour parler au cœur de ceux qui comprennent son langage.
J'ai lu attentivement le discours de M. Grégory, et tout ce que j'ai pu y trouver comme explication se réduit à ceci :
« Les intrigues de la Russie en Grèce, en Cîrcassîe, et dans les provinces danubiennes, prouvent qu'elle n'a pas abandonné la politique du passé ; mais la guerre de Crimée a détruit tous les éléments matériels de la puissance russe. j>
D'un autre côté, la Remie du Samedi (Saturday Revieu?)^ une des feuilles les plus importantes de ce pays, dit en propres termes que le changement de politique révélé par le
FAUTES ET INCONSEaUENGES DE LA POLITIQUE ANGLAISE 241
débat du 29 mai vient du succès de la guerre de Crimée» la question orientale n*ayant eu un intérêt vital que lorsque la Russie menaçait TEurope de la main droite et l'Asie de la main gauche.
Donc, si r Angleterre s'aperçoit enfin quà l'égard des {K)pulations chrétiennes soumises au Turc, elle a des de- TOirs de justice à remplir, c'est parce qu'elle ne croit plus avoir intérêt à négliger l'accomplissement de ces devoirs. Tant que la Russie a paru capable de toucher Constantiflople en étendant le bras, être juste eût coûté trop cher; mais, grâce à la guerre de Crimée, on peut se passer aujourd'hui le luxe de la justice, puisqu'elle est à bon marché.
Je n'examinerai pas ici jusqu'à quel point ce raisonnement est fondé en morale : est-il fondé, du moins, en politique? Et l'Angleterre ne se fait-elle pas, sur les conséquences de la guerre de Crimée, de bien étranges illusions?
Dans cette guerre, la Russie fut vaincue, il est vrai; mais rOrient la vit résister, seule, à quatre puissances liguées contre elle, dont deux figurent au premier rang parmi les puissances de la terre. La Russie fut vaincue, mais après avoir amené les Anglais à ne jouer à côté de la France, sur le champ de bataille, qu'un rôle secondaire, plus propre à diminuer qu'à augmenter le prestige militaire de la Grande-* Bretagne.
On a fait beaucoup de bruit de la chute de Sébastopol, forteresse construite, disait-on, pour commander la navi-. gation de la mer Noire. La vérité est, comme cela est prouvé dans une remarquable brochure publiée ici dernièrement, que la ville de Sébastopol ne fut jamais destinée à servir de base à des opérations navales. Pendant les deux grandes guerres que la Russie eut à soutenir depuis la cons-
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ut LETTRES SUR l'aNCLBTSRRB (1868)
tructioD de Sébastopol, savoir, la guerre de 1828-29 co&lre la Turquie et celle de i836T27 contre la Perse, pas uq sac de biscuits ne fut envoyé de Sébastopol. Durant la première de ces guerres, les approvisionnements vinrent d'Odessa sur des vaisseaux anglais affrétés dans ce but ; durant la seconde, les villes d'entrepôt furent Taganrog et Astrakan. Les dangers que présente la navigation de la mer Noire, et qui lui valurent anciennement le nom d'Axenas {inhospitaliire)^ sont chose bien connue. Du côté de Test, les côtes sont en partie inaccessibles.^ En réalité, l'utilité que la Russie tire de la mer Noire, au point de vue naval et militaire, consiste dans ravitaillement des places fortes qu'elle possède sur les côtes de la Circassie et qu'elle a arrachées aux habitants du pays. Or, en ce qui concerne la Circassie, le pouvoir de la Russie est, après la guerre de Crimée, ce qu*il était avant. Pour la frapper au cœur, en Orient, il aurait fallu donner la main aux Circassiens en armes ; il aurait fallu aider les Lesgliis à précipiter sur Tiflis cinquante mille guerriers qui n'attendaient qu'un signal; il aurait fallu attaquer la Russie là où elle était véritablement vulnérable dans cette partie du monde, c'est-à-dire au sud du Caucase, en appelant à Tindépendance la Géorgie, la Gourie et Tlméréthie. C'est ce que les Circasniens espéraient, et la guerre de Crimée, en trompant leur espoir, en les laissant abandonnés à euxmêmes, ne pouvait que changer, à leurs yeux, la défaite de la Russie en triomphe. Qu'onl-ils gagné à cette guerre, de laquelle ils attendaient leur délivrance? « Hélas! écrivaient douloureusement les députés circassiens qui vinrent à Londres l'année dernière, voilà sept ans qu'on dit la Russie vaincue, et depuis lors nous avons eu à défendre incessamment contre elle notre pays, notre liberté, notre exislence. »
FAUTES ET INGONSÉQUENCSS- DR LA POUTIftUE ANGLAISE 24»
Relativement aux Tartares de Crimée, le résultat d'une aventure trop vantée a été de les ramener sous la domination de la Russie.
Relativement à la Turquie, an peut juger de l'absolue nullité du résultat par ce fait, que Tennemi qu'elle avait eontritmé à vaincre n'a pa» même été condamné à payer les frais de la guerre.
Yoilii les suites en ce qui concerne le pouvoir de la Russie en Orient ; voyons les suites en ce qui concerne son pouvoir en Europe.
Jusqitt'à l'époque de la guerre de Crimée^ le grand levier de la puissance anglaise avait été le « Droit de visite, > entendu dans le sens de la confiscation sur mer de toute propriété appartenant à l'ennemi. Ce droit, l'Angleterren'avait cessé de le regarder comme la mettant, bien réellemeut en possession du trident. Ce droit, elle l'avait dé** feodu contre la terre entière, au prix des plus cruels sacrifices, et sans reculer devant aucun genre de violence. Le maintien de ce droit avait été l'objet d'une préoccupation constante *de la part de ses bommes d'État, et Pitt avait proclamé néfaste i jama» le jour où elle serait forcée d'y renoncer. Par le « Droit de visile » ,. compris et appliqué comme elle le comprenait et l'appliquait, l'Angle» terre gouvernait la mer; au moyen de la mer, qui jointe au lieu de les diviser, les contrées qu'en apparence elle sépare, l'Angleterre gouvernait le comn^erce; au moyen du commerce, qui fait dépendre la vie des peuples querelleurs de l'industrie des peuples travailleurs, l'Angleterre gouvernail le monde.
El c'était surtout h Tégard dé la Russie que le c Droit de TÎsite », laissé intact, constituait une force incomparable.
Qu'est-ce que la Russie en effet? C'est, ainsi cjue M. Ur^
t44 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l863)
quhart l'a très-bien décrite, un vaste continent qui s'étend entre l'Asie et l'Europe, et dont les eaux, coulant au sud et à Touest, entrent, ici et là, dans la mer, pour s y trouver ensuite emprisonnées par un détroit. De là, pour les produits de ce pays, la nécessité de passer par une étroite route facile à garder. Que l'ennemi se poste à l'entrée, bien résolu à barrer le passage : c en est fait, le commerce va s'arrêter, les sources du revenu public vont être taries, la Russie va se trouver dans la position d'un homme gui a sur la gorge le pouce de son adversaire.
Aussi, qu'arHva-t-il lors de la fameuse déclaration de cette neutralité armée dans laquelle la Russie prit place au premier rang? Le 14 janvier 1801, le gouvernement anglais met un embargo sur tous les navires appartenant à chacune des puissances confédérées ; des vaisseaux armés en course sont lancés sur la Baltique; en peu de temps, la moitié presque des navires marchands appartenant aux pouvoirs du Nord et confiés à la mer sont conduits dans les ports de l'Angleterre; le commerce russe est subitement paralysé; les riches propriétaires fonciers, qui fle trouvent plus à écouler leurs denrées et qui voient devant eux un abime béant, s'épouvantent; on s'inquiète partout; partout on gronde ; une conspiration s'ourdit; Paul est étranglé. Adieu la confédération du Nord; adieu les espérances gigantesques de Napoléon ! Pour amener ces résultats immenses, il avait suffi du « Droit de visite », énergiquement appliqué, pendant deux mois, par les vaisseaux anglais armés en course.
Eh bien, quel est, en ce qui touche les forces comparatives de la Russie et de l'Angleterre, le produit net de la guerre de Crimée? il est dans les deux articles suivants de la c Déclaration de Paris » du 16 avril 1856 : 1*" La course
est et demeure abolie; 2* le pavillon couvre la marchandise» à Texception de la contrebande de guerre.
Ainsi, pendant deux siècles, TÂngleterre a repoussé, comme s'il s'était agi pour elle d'une question de vie ou de mort, le principe que « le pavillon couvre ia marchandise » ; elle l'a repoussé, quoiqu'il ait été proclamé, dans cet intervalle, par 119 engagements internationaux sur 130. Et ce que 119 engagements internationaux sur 130, conclus entre les principales puissances du monde, n'avaient pu arracher à TAngleterre, ses victoires de Crimée le lui ont ont ravi! Oh ! que lord Derby avait raison de s'écrier, le 22 uiai 1856 : «Quelques pertes que la Russie ait pu subir dans cette guerre, quels que soient les embarras que cette guerre a pu lui causer, je n'hésite pas à déclarer que ces pertes et ces embarras sont plus que compensés par Tadoption d'un seul article, gratuitement inséré par les plénitotentiaires français et anglais dans le traité de Paris, article où» suivant le mot de Pitt, vous avez- sacrifié la grandeur maritime de l'Angleterre sur l'autel de la Russie. »
Lord Clarendon, Je signataire du traité, sentait si bien cela lui-même, qu'il ne songea pas un moment à subordonner son consentement à celui du Pariement britannique, tant il était sâr qu'il n'y aurait qu'un cri, soit dans la Chambre des Communes, soit dans la Chambre des Lords, contre une aussi énorme concession ! Et ceci n'est pas une simple hypothèse. Appelé, le 22 mai 1886, à expliquer sa conduite devant la Chambre haute, il le fit, — chose extraordinaire, — dans les termes suivants : « Pensez-vous donc que si les articles du traité de Paris, ou seulement les bases sur lesquelles il repose, eussent été soumis à l'approbation du Parlement, le traité eût été jamais signé? »
A-Dieu ne plaise qu'on le regrette; et, quant kmoi, s'il
1bi9 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l8es)
«st vn fait historique dont je sois peu disposé à me plaindre» cest celui-là. Libre âux diplomates de la trempe de M. Urquhart de prendre le deuil, parce que TADgleterre a perdu le pouvoir tyrannique qu'elle s'était arrogé comme /puissance belligérante sur le commerce des neutres. L*Océan est le grand chemin des nations, et tout peuple qui attente à la liberté des mers commet un crime de ièse-bnmanité. Mais la question n'est pas là. Que la civîKsition générale ait à :gagner immensément aux modi6cations qu'a subies la théorie du t Droit de visite », cela est certain; l'Europe n'a qu'à s'en réjouir. Seulement, il y a là pour TAngleterrc, particulièrement dans ses rapports avec la Russie, une «ause d'affaiblissement aussi manifeste que considérable; et quand on réfléchit que, de toutes les conséquences de la guerre de Grimée, celle-là est la pins importante, il est impossible de n'être pas frappé de l'aveuglement de ceux des Anglais qui, à Pexemple de M. Grégory, diraient volontiers: c Nous avons asdez veillé; maintenant que la guerre de Grimée a fait justice du pouvoir de la Russie, endmmons-
MlIS. »
l'eXP^DITIMI FRAHÇAIME au VBXIQinB ET LE TIMES «41
CLxn
6jniB.
L'BxpédtttioB trmm^mime aa Mexlqse et le Times.
Le grand érénemeot du jour est h prise de Puebla.
Cette nouvelle a été ici le sujet d'un étonnement presque général.
Tout d'abord, on s'était imaginé, même en Angleterre, que la conquête du Mexique ne serait qu*un jeu pour les vainqueurs de Solférioio. Non que les Anglais aient donné un seul instant dans Terrenr oà des promesses artificieuses en* traînèrent le gouyernement français : nul, de ce côté du détroit, ne s'attendait à voir les Mexicains saluer comme des libérateurs les envahisseurs de leur pay^, tendre les bras à qui leur présentait la pointe d'une épée et joncher de fleurs l'espace qui sépare la Yera-Cruz de Mexico. Ces illusions, pleines de sang, l'Angleterre les laissait aux partisans du général Almonte et de ses pareils. Hais ce qu'elle avait cru, à l'origine, c'est que les zouaves iraient à Mexico en courant, sans avoir autre chose à faire qu'à passer sur le ventre aux Mexicains, s'ils osaient se montrer. L'armée française est la pranière armée du monde : les Anglais le savent; ils ne sont pas loin d*en convenir ; ils ne pouvaient donc croire qna ces valeureuses troupes seraient arrêtées, ne fât-ce qu'un moment, par des bandes qu'on supposait incapables de tonte
dfscipline, dépourvues de tout courage,, étraogères à touf sentiment de patriotisme.
On sait maintenant à quoi s'en tenir en Angleterre sur le mérite de cette opinion préconçue. C'est par des journaux anglais que le siège de Puebla a été comparé au siège de Saragosse. Tout récemment, le Daily News^ à propos de la résistance héroïque des Mexicains, rappelait celle que les Français, sous la Convention, opposèrent à une invasion de même nature. « Les Mexicains, dit le Mormng Star du 12 juin, se sont battus en patriotes, en héros ; » et il ajoute : t L'histoire de ce siècle n'offre rien de plus surprenant que Terreur où le gouvernement français est tombé touchant l'expédition du Mexique. »
Aussi avait-on fini par s'accoutumer à l'idée que le siège de Puebla, qui avait duré si longtemps , pourrait durer longtemps encore. Il avait même couru, dans ces derniers jours, sur la position de l'armée française, mille rumeurs sinistres. On parlait d'échecs subis, d'assauts repoussés, de moyens d'attaque insuffisants; on disait les troupes du général Forey découragées ; on en était venu à croire que le succès serait une « affaire de temps » . Aujourd'hui encore, chose singulière, une nouvelle, confirmée par le canon des Invalides et l'illumination de Fontainebleau, n'est pas sans rencontrer ici quelques incrédules, tant il est vrai que , suivant le mot du Moming Star, la chute de Puebla « prend le monde par surprise » (takes the world by surprise). Qui jamais aurait prévu un pareil résultat?
Quoi qu'il en soit, la prise de Puebla est un événement aussi heureux pour nous, Français, que grave pour TAnglegleterre. La France avait une épine dans sa chair : il ne tient maintenant qu'au gouvernement impérial de retirer cette épine. Conclure la paix, il le peut, non-seulement sans