M. RGEBUCK JUGÉ PAR M. PUNCH
Les lecteurs se rappellent de quoi il s'agit. Dans la séance du 30 juin, M. Rœbuck, rendant compte d'une entrevue qu'il avait eue avec TEmpereur des Français, en cooapagnie de M. Lindsay, avait formellement déclaré tenir de Napoléon le fait d'une dépêche envoyée récemment au cabinet de Saint-Jamès et ayant pour but de pressentir ses intentions sur la reconnaissance du Sud. Selon M. Rœbuck, Napoléon aurait ajouté que c'était tout ce qu'il pouvait faire; que, quant à une proposition directe, péremptoire, il devait s'en abstenir, attendu qu'une proposition de ce genre, faite par lui antérieurement,' avait été communiquée, à son insu et contre son gré, à M. Seward, procédé blessant auquel il ne voulait pas s'exposer une seconde fois.
Oui, voilà ce que, dans la séance du 30 juin dernier, M. Rœbuck avait affirmé avoir entendu dire à l'Empereur des Français, foi de H. Rœbuck. Et voilà ce que, dans la séance du â juillet, M. Layard est venu démentir, au nom du ministère. Ce qu'il a déclaré, lui, c'est que le gouvernement anglais n'a jamais reçu, au sujet de la reconnaissance du Sud, d'autre dépêche que celle qui fut lue au mois de novembre de l'année dernière ; c'est que, de cette dépêche, aucune copie ne lui fut laissée; c'est. que, loin d'avoir été communiquée à M. Seward par l'ambassadeur anglais, lord Lyons, elle avait été communiquée à lord Lyons par M. Seward; c'est que, si elle avait été connue, la faute en était au Moniteur qui, le premier, l'avait publiée ; c'est que, depuis lors, aucune communication pour le même objet n'a été faite au cabinet de Saint-James.
En d'autres termes, H. Rœbuck s'est trouvé dans cette position, ou d'avoir mis dans la bouche de l'Empereur des Français des choses qu'il n'a pas dites, ou d'avoir répété defs choses qu'il aurait dites effectivement, mais qui seraient.
fausses. Lh-dessus, vous le savez, le ManileiLr a parlé, et il a parlé de ùçon à laisser supposer que le récit de M. Rœ* buck D*est pas exact.
Mais ce s'est pas toiit. L'impatient désir d'informer la terre que lui, M. Rœbuck, avait vu s'ouvrir devant ses pas les portes de TOlympe, Ta conduit k proposer la reconnaissance du Sud dans le moment le plus inopportiin qui se pût imaginer.
A supposer, en effet, que le gouvernement anglais fût résolu à reconnaître le Sud, il ne pourrait le faire sans folie dans les circonstances présentes, puisque tout semble indiquer que, d*une façon ou d'une autre, la question est à la veille d*étre tranchée en Amérique sans que TEurope ait à s'en mêler. Quel sera le résultat de l'invasion de la Pensylvanie par Lee, le général en chef des confédérés ? La balance des combats va-t-elle pencher du côté du Sud ou do côté du Nord? C'est ce dont nous ne tarderons pas à être instruits; mais ce qui est certain, c'est que nous paraissons toucher à un événement décisif, et que l'heure de la grande crise parait arrivée. En un pareil moment, la reconnaissance du Sud serait tout simplement une sottise ; car dans quelle situation se trouverait l'Angleterre, si, pendant qu'elle se préparerait à envoyer un ambassadeur à Richmond, Lee était écrasé? Et si, au contfaire, Lee doit être conduit sous peu de jours à Washington par la victoire, sur quoi fonder l'urgence d'une intervention qui aurait, dans cette hypothèse, le double inconvénient d'être hâtive et tardive?
Aussi n'est-il pas douteux que, si la proposition de M. Rœbuck est soumise au vote de la Chambre des Communes lundi prochain, jour fixé pour la discussion, elle aura contre elle la majorité. D'où ilxésuUe, chose curieuse, que
M. RfiEBUCK JUGÉ PAR M. PUNCH 939
les partisans dn Sod voudraient voir la propositi(m nutirëe pour n*avoir pas h voter contre, tandis /qu'an contraire les partisans du Murd voudraient la voir maintenue, «ârs * qu'elle sera rejetée.
C'est là ce que la séance d'avant-hier a rendu manifeste. M. Fergusson, bien connu pour ses sympathies en faveur du Sud, a vivement adjuré M. Rœbuck de se désister, dans l'intérêt même de la cause qu'il brûle de servir. Et, d*un autre côté, M. Forster, un des partisans les plus déterminés du Nord, a insisté très-fortement sur la nécessité de trancher <ce nœud de la reconnaissance par un oui ou par un non, et cela sans plus tarder.
M;iis M. Rœbuck n'a plus seulement la cause du Sud à plaider; il .faut qu'il plaide la sienne propre, et il n'entend pas en laisser échapper l'occision. Sa véracité a été mise à une épreuve dont il tient naturellement h sortir victorieux, -d'autant qu'il a pourlui le témoignage de son coflapagnoB de Tuyage, M. Lindsay. « Ce qae M. Rœbuck a rapporté est parfaitement vrai, et n'est que trop vrai, n Ainsi s'est eKprimé H. Lindsay dans la séance d'avant-hier. Ai-)e besoin de mettre en rehd le «ens et la force de ce n'esiquefrep vrai?
Lord Palmerston, dans sa tendre soSKcitnde pMt l'honneur des têtes couronnées, redoute fort l'éclat d'an démemi donné au Moniteur. Les efforts qu'il a faits vendredi dernier pour engager M. Rœbuck k laisser tomber l'affaire, étaieirt d'un pathétique grotesque. Il tenait tant k toucher M. Rœbuck, qu'il l'a appelé jusqu^k satiété € mon honorable ami 9, faisant sonner bien haut Tinconvénient d'amentr r£m|)ereur'des Français à se repentir de l'accnefl courtois qu'il acoiitame de faire aux étrangers, €ft insistanft In^ sur ce qu'il peut laisser échapper dans Fe^anicn de la
340 LETTRKS SUR l/ ANGLETERRE (l863)
conversation. Mais M. Roebuck, contre qui la presse anglaise épuise depuis quelques jours toutes ses flèches, n'est pas homme h s'offrir en victime expiatoire. S'il parle, ce seni fort amusant.
14 JuiUet.
L'expiaCloB d'vne flinCe.
C'en est fait : M. Rœbuck est devenu Thomme aux concessions. Tearem^ le redoutable Tear'em^ s'est apprivoisé au point de n'être plus reconnaissable. Est-ce que par hasard M. Punch avait raison, lorsque, l'autre jour, il le représentait sous les traits d'un doux petit caniche, posé gentiment sur ses pattes de derrière, et avalant avecune gourmandise naïve certains bonbons de digestion difficile?
Avant la séance d'hier, il y avait encore quelques personnes, de celles qui ne croient pas aux métamorphoses soudaines, que rien au monde n'aurait amenées à douter du caractère intraitable des vertus de M. Rœbuck. « Il a fai])H un instant », disaient- elles, « c'est vrai. Homère s'endort, et le soleil a des éclipses; mais attendez, attendez! Vous verrez si c'est impunément qu'on nie la véracité de M. Rœbuck, et s'il est d'humeur à se laisser donner un démenli en face