L EXPIATION D ONE FAUTE
pnr le Moniteur de l'Empire. Moins il a réussi dans spn rôle de confident, plus il va jeter d'éclat en revenant à sa vocation véritable. Préparez-vous à des explications tragiques. Lundi prochain sera un grand jour. »
Oui, voilà ce que disaient ceux qui ne voulaient à aucun prix cesser de croire à M. Rœbuck.
Et, de fait, la séance de vendredi dernier semblait leur donner raison.
Dans cette séance, lord Palnierston avait fait des efforts inouïs pour signaler à M. Rœbuck le danger de contredire les puissants de la terre; pour lui montrer les avantages et le côté héroïque dq Tabstention : pour le convaincre de la nécessité de laisser tomber celte affaire (to drop the maiter). Il lui avait adressé les adjurations les plus vives, en termes qui auraient touché un cœur de pierre. Il lui avait passé la main sur le dos d'une manière si caressante qu'elle paraissait irrésistible. Il n'avait cessé de l'appeler « mon ami », « mon honorable ami », « mon honorable et savant ami » . Soins inutiles ! M. Rœbuck avait proclamé sa véracité à l'épreuve ; il avait appelé à cet égard la terre en témoignage: il devait à la terre de ne pas souffrir que le moindre nuage restât dans l'esprit des hommes, sur l'exactitude de ses affirmations; et la journée d'hier était celle où la vérité devait apparaître, à la lueur des éclairs.
Aussi, il fallait voir l'empressement du public, hier, » 1-3 juillet 1 863 ! Il y avait foule à la Chambre des Communes. On se promettait un si charmant scandale !
Que vous dirai -je? De mémoire d'homme il n'y eut désappointement pareil. Que la terre entière en pense ce qu'elle voudra; mais depuis que M. Rœbuck fréquente les cours, il a appris le devoir des rélicences. C'est bien assez que son inexpérience d'amateur diplomate lui ait fait corn-
34a LETTRES SUR l'ANGUSTERRE (1868)
iiettre^ à son retour de Paris, une énorme iodiacrétioB : il n-'efilend pas 1* aggraver par une revendication de son honneur^ qu'on tcouverait ioeonvenante dans le monde des chancelleries. Ayant commis la faute de parler quand il fallait se taire,, il la réparera en se taisant quand il faudrait parler.
Hier donc,, si M. Roebuck a parlé, c'a été simplement pour nous prévenir qu il ne parlerait point. Pas u mot n'est tombé de sa bouahe qui eût trait à son entrevue avec Tempereur des Français, cette entrevue dont il s'était si fiort hâté de dévoiler les mystères; pas un mot n*est tombé de sa bouche dont ou pût s'offenser aux Tuileries ou dans les bureaux du Moniteur. Aux démentis dont on s*est armé ici contre lui avec tant ée cruauté, il n'a opposé que cette majestueuse réserve dans laquelle ont coutume de s'envelopper les maîtres de nos destinées* Qu'on dise encore qu'il n'a pas gagné ses éperons de diplomate ! Évidemment, il veut pouvoir revenir à la cour, et il sent ce qu'on doit respecter quand on tient à se présenter au palais, sans risquer de s'entendre dire,. — selon le mot dé ML Lindsay : — « L'empereur n'est pas chez lui» j>
Il est vrai qu'un grand inconvénient est attaché à cet avantage. Quel poids aura désormais la parole de M. R<bbuck, s'il en fait lui-même si bon marché? Mais, je le répètOr l'important est qu'il ne perde pas ses entrées à la cour; et quand je me hasarde à exprimer cette opinion, savez-vous sur quoi je me fonde? Sur un très-intéressant récit que M. Lindsay, son compagnon de voyage et son introducteur, a bien voulu nous faire dans la séance d'hier.
Yoiai , d'après M. Lindsay, comment les choses se seraient passées, à l'origine.
Le bcttit s'étant répandu que l'empereur des Français
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avait changé d'idées relativement à la reconnaissance du Sud, M. Rœbuck, avant de proposer à la Chambre des Communes de voter cette reconnaissance, voulut savoir au juste à quoi s'en tenir sur les dispositions de Temperjeur. Informé des relations personnelles qu'avait avec Napoléon III M. Lindsay, il écrivit à ce dernier pour lui demander s'il n'y aurait pas moyen de vérifier ce qu'il y avait de vrai ou dé faux dans les rumeurs qu'on faisait courir, ajoutant qu'il désirait vivement, lui Rœbuck, voir l'Empereur et s'assurer lui-même de la vérité. Pour qui se rappelle le langage que M. Rœbuck s*est permis quelquefois d'employer, en pleine Chambre des Communes, à l'égard du chef de l'État en France, l'audace d'un semblable désir est une chose absolument inconcevable. Mais passons. M. Lindsay, sur la requête de M. Rœbuck, s'enquit par lettre de ce qu'il s'agissait de vérifier, et reçut une réponse écrite portant que les idées de l'Empereur en ce qui touchait la reconnaissance dti Sud étaient toujours les mêmes, et que si M. Rœbuck venait à Paris, on le recevrait avec plaisir. M. Lindsay envoya cette réponse à M. Rœbuck, en le prévenant qu'il était autorisé à la dire à la Chambre des Communes dans le cas où il y serait fait allusion à la rumeu^ en question ; à quoi M. Rœbuck répliqua qu'une lettre ne suffirait peut-être pas; qu'il tenait à s'assurer Ini-méme du fait, et que la Chambre le croirait. Vainement M. Lindsay le pria-t-il d'observer qu'une audience n'était nullement nécessaire ; que la Chambre ajouterait foi au contenu de la lettre, si elle lui était lue -, M. Rœbuck insista. \ous connaissez les suites.
D'après cela, n'est-il pas manifeste que M. Rœbuck est tourmenté de la démangeaison d'entrer en rapports directs avec les souverains? Décidément, je ne crois plus aux « paysans du Danube >.
344 LETTRES SUR l'aNGLETERRB (1863)
Au reste, son noviciat coûtera cher à M. Rœbuck, et déjà il peut avoir un avant-goût de la confraternité qui règne entre diplomates. Lord Palinerston Tayant appelé, vendredi dernier, f mon honorable ami, mon honorable et savant ami », lui — tant il s est mis vite au courant des usages du grand monde ! — il a cru devoir rendre à lord Palmerston politesse pour politesse, et il a, en conséquence, déclaré qu'il retirait sa motion, « sous Tempire d'un sentiment de « profond respect pour le noble lord ».
C'était justement la que « le noble lord » Tattendait. La motion une fois retirée, les ménagements prescrits par les habitudes diplomatiques devenaient inutiles, et le < noble lord » a aussitôt donné à son « honorable et savant ami » la plus rude leçon que jamais écolier en faute ait reçue de son magister : « Apprenez, lui a-t-il dit, que votre conduite a été très-irrégulière (niosl irregular). Le seul souverain de qui le Parlement britannique ait à recevoir des messages, est le souverain du Royaume-Uni. Quand il y a lieu à des communications de la part d'un souverain étranger, elles doivent passer par Tintermédiaire des ministres responsables de la couronne. Si la reine d'Angleterre et l'empereur des Français ont quelque chose à seclire, la reine a un ambassadeur à Paris et l'empereur un ambassadeur à Londres... * Cela était déjà assez dur, comme vous voyez ; mais que vous semble de ce qui suit : « Sans même parler ici de la question constitutionnelle, que j'estime être très-grave, quand il arrive au ministre des aflFaires étrangères à Paris, ou à mon noble ami qui est à la tête du Foreign-Office, d'adresser une communication à un pays étranger, cette communication est faite par une personne responsable qui doit prendre soin que ce qu'il avance soit la reproduction fidèle de la communication dont il est chargé, de sorte qu'aucun doute