L EXPIATION D UNE FAUTE
ne puisseVélever sur rauthenticité d'une déclaration semblable. Mais il n'en va pas de la sorte avec des personnes privées, et j'insiste sur l'irrégularité du procédé dont il s*agit, pour qu'il ne forme pas précédent. »
Voilà ce qu'un amateur-diplomate a chance de gagner, quand il s'avise d'aller sur les brisées des diplomates de profession. * *
Ainsi, après avoir été vertement attaqué par presque tous les journaux, et turlupiné par M. Punch, M. Rœbuck a reçu le coup de grâce de son « ami j» lord Palmerston, qui, pour comble, a prononcé la susdite réprimande au milieu des applaudissements.
Tout ceci, — et je suis de ceux que h caractère et le talent de M. Rœbuck avaient tout d'abord attirés, — ne m'a chagriné que médiocrement. 11 est d'un salutaire enseignement que les mauvaises causes portent malheur à ceux qui les embrassent et que la justice se venge de ceux qui désertent son culte.
346 LETTRB& SOJi l'aNGLRTBBRE. (1868)
22 juillet.
la qMesll«n de P«l«siie.
n J'ai le pressentiment que celte petite ile étonnera le monde i>, écrivait Jean-Jacques en parlant de la Corse, k une époque où la Corse n'occupait guèfe plu» de place dans l'histoire que sur la mappe. Et c'est ce même Jean^-Jacques qui prédisait aux puissances coupables d'avoir awié la Po* logne, quelles ne la digéreraitnt pas. La première de ces prophéties s'est accomplie, et nous assistons à l'accomplisse* meut de la seconde.
Comment finira le drame de cet impossible assassinat : l'assassinat de la Pologne ? L'Europe est à cet égard dans une incertitude dont le caractère tourmentant et tragique n'est que l'expiaiion méritée d'un crime presque aussi noir de la part des gouvernements qui eurent la lâcheté de le souffrir, que de la part de ceux qui eurent l'impudence de le commettre.
Nous Tâvons enfin, cette réponse, si impatiemment atten* due, de la Russie; et elle ne fait qu'épaissir autour de nous les ténèbres, en attendant la lueur des éclairs. Ne demandez pas quel effet elle a produit en Angleterre. Eh! que) autre sentiment que celui d'une humiliation profonde pouvait-elle donc y éveiller?
Le comte Russell insistait, comme mesure préliminaire,
POLITIQUE ANiaAISB MHS LA Q6K5riOIV m POLOGNE 347
sur h déclar»li0ii< d'un arnîfilice': Ps^iTannistice, répond le prince fiorfeschabrff.
Le eomie Riusell proposait une coDférenee àe» huit puissances sîgnatsftres du traité de YîeBm : l'idée de cette conférence, le pnoce eortscbakoiF Ta repoussée avec hau*teur ; et ce qu'il propose à la plaee^ c'est Télablissemeut d'une entente cordiale entre la Russie, la Frusse et l'Antriebe, n'admettant ainsi à décider du sort définrtif de b proie en qiieâtioii, que les yauloars qui se la partagent et n'ont pu réus^r eneore k- k dévorer tont entière.
Quant aux six points, nulle difficulté. Le diploniate rasse les déclare, en style d'une politesse ironique, parfaitement conformes aux intentions, déjà manifesitées, de son auguste maître, donnant de la sorte à entendre que c'est à cause de cela seulement qu'on les juge acceptables à Saint-Pétersbourg.
Eu apparence, toutefois, sànon en réalité, il est bien certain que le prince Gortscbakoff concède phis de choses qu'il n'en refuse; et, de plus, il refuse des ehoses- qui, s'il les eût accordées, n'auraient peut-être servi qu'à compliquer la question.
Personne ici n'a cru la proposition d'un armistice sérieuse. Le comte Russell a presque avoué qu'un armistice était impraticable, et vous savez que tel a été l'avis de l'Autriche. L'opinion générale était même, sur ce point, qu'un armistice eût été fatal aux Polonais, eu le supposant possible, le sommeil pour toute iDsmrrectiou étant ta mort. Aussi la Russie n'a*t*eUe probablement écarté ceti» clause que sous Fkifluence d'^uu sentimenf. d'orgueil blessé : le czar ne veut pas dans des r$belies recouftaitre des belfigérants, et les inconvénients théoriques d'une semblable mesure en dissimulent à ses yeux les a:van£age» pratiques.
:U.< LKTTBaiS SUR L*ANGLETERRE (l863)
O'esl uussiuB seotiment de cette nature qui semble Tavoir |K)i lé ii rejeter k proposition d'une conférence des hait poîss^iKes si j^nataires du traité de Vienne ; car, pratiquement, qu'^vaîl à craindre la Russie des résultats d*une conférence JoiH \» but, proclamé d'avance, était simplement de spécifier I«^ conditions auxquelles les prétendus droits de l'autocrate (t^ Nord sur la Pologne recevraient de l'Europe une nouvelle ^ solennelle consécration? Et puis, dans un congrès pareil, iiù la Prusse n'aurait fait qu'un avec la Russie, conuneot eAtil été possible de discuter la domination de celle-ci sur la Pologne, sans mettre plus ou moins en question la dominalion de l'Autriche sur la Hongrie et sur Venise? Se figuret-on la position de l'Autriche, courtoisement invitée à prévenir le désordre dans sa maison, avant de chercher à rétablir l'ordre dans la maison d'autnii ?
La vérité est donc que, dans le cas où la Russie aurait concédé tout ce qu'on lui demande, absolument tout, la situation n'eût pas été meilleure. Loin de là : elle eût été pire, en ce sens qu'on aurait fourni à la Russie l'occasion de dire-:
« Vous le voyez, j'ai fait tout ce que vous ave^ voulu. Si maintenant les Polonais s'obstinent à réclamer leur indépendance; s'ils ne mettent pas les armes bas immédiatement; s'ils ne plient pas le genou de bonne grâce devant ma souveraineté; s'ils ne jurent pas foi et hommage à leur gracieux roi constitutionnel, h eux la faute; et vous voilà engages d'honjieur à vous unir à moi pour les mettre à la raison. >
Je voudrais savoir ce que les puissances intervenantes auraient pu répondre à un semblable langage, et comment elles auraient échappé à la nécessité logique de fournir des gendarmes à la Russie, si tant est que la Russie n'eût pas été capable de se suffire, dans son oeuvre d'égorgement !