POLITIQUE ANGLAISE DANS LA QUESTION DE POLOGNE
C'a été vraiment bien de la bonté h elle de leur épargner cet embarras!
Ainsi, de quelque façon que la chose tournât, la question avait été posée de telle sorte par la diplomatie, qu'un résultat satisfaisant était impossible. Et ce qu*il y a de tristement curieux, c'est que, — en Angleterre du moins, — tout le inonde le disait d'avance : la presse, la Chambre des Lords, la Chambre des Communes, les ministres enfin, à commencer par le comte Russell. Non, je ne sache pas d'autre exemple, dans l'histoire, d'un grand pays faisant, de propos délibéré, ce qu'il sait être absurde ; insistant sur ce qu'il déclare être inutile ; proclamant bien haut le droit d'un peuple à l'indépendance, et invoquant en sa faveur les traités mêmes qui la lui ravirent ; reconnaissant d'après l'expérience du passé, que ces traités sont inobservables, et demandant qu'on les observe à l'avenir; dictant des conditions, et prévenant ceux auxquels il les dicte qu'il ne tient qu'à eux de les rejeter; ordonnant presque, et répétant à satiété qu'il ne peut ni ne veut se faire obéir.
Telles sont les difficultés qu'on se crée, lorsque, n'ayant pas le front de pactiser avec l'injustice ou de la tolérer, on n'a pas non plus le courage d'être tout à fait juste, d'être juste sans regarder de trop près à la dépense !
Nul doute qu'en présence des atrocités commises en Pologne par la Russie, une abstention complète de la part de l'Angleterre n'eût été une honte : c'est ce que, l'autre jour, le comte Russell a prouvé péremptoirement contre lord Grey. Mais, d'un autre côté, nul doute qu'en faisant des remontrances qu'elle se disait résolue à ne pas appuyer par la force, l'Angleterre ne provoquât un refus et ne jouât sa dignité à croix ou pile : c'est ce< que, très-péremptoirement aussi, lord Grey a prouvé contre le comte Russell. Que con-
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dure de là, sinon qu'il fallait oser bien faire, puisqu'on ne pouvait impunément ni s'abstenir de faire, ni faire mal! « L«s remontrances des grands pouvoirs », disaU ëerojèrement la Saiurdoji JierieiD, « sont comme les flèohes, lesquelles oe tirent leur foroe que de la vigueur du iHras qui a haokàé Tare. »
Le dtsconrs de M. fionsman, dans la séance d*avanl^lner, n'a été que le développement «énergique, paasionoé, de celte vérité incontestable. Que la restauration de It iVilogne ne soit pas un «problème facile à résoudre; que la solution de ce iprcdilèroe renferme des «éventualités ^redoutiMes; qu'il existe un lien étroit, impossible à ne pas voir, «Bire le royaume de Pologne et la Gallicie, Je duché "de Posen, 'Olc. ; qu'à la question de la Pologne ressuscilée se rattadieot, }iar conséquent, des considérations territoriales d'une impoPtance extrême, et que des compHcations semUables soient trop graves pour être envisagées légèrement : voilà ce que M. Gladstone s'est étudié k bien mettre en lunière. Mais personne ne conteste la portée de la question ; ce qu*il s'agît de savoir, c'est si Ion a pris^ pour arriver k un dénotaient devenu nécessaire, le diemiii le .phis court et le pins sûr. Quand l'heure d'une grande décision a sonné, et fque, loia de diminuer le péril, l'hésitation à J'affrooter l'augmente, il ne suffit pas, pour ppévemr les complications qu'on redoute, d'en constater la gravité, c Mous .avons exaspéré la Russie ; nous avons encouragé la Pologne; et, dans l'un et Fautre cas, nous avons trop fait, ou nous n'avons pas fait asaee. • A ce reproche 4le M. Horsman, qu'afvait à répondre M. Gladstone? Rien. Et il n'a rien répondu. Craindre la guerre, qui est effectivement le plus horrible de tous les fléaux, c'est à merveille; mais depuis quand l'évite-t-on, en la craignant à Texcès et en le lussant voir? Le cabinet de lord Pabnerslon
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a marché, en cette circonstance", sur les traces du cabinet de lord Aberdeen. Qu^on se rappelle combien fut faible, d'abord, la protestation que le vieux lord Aberdeen toussa, BÎ je puis ro'exprinier ainsi, contre les empiétements de la Russie sur la route de Constnntinople. La timidité de c^tte protestation prévint-elle la guerre? Non ; elle contribua, au contraire, à l'enfanter. Ah ! c'est que les guerres naissent de la fatalité des situations plus encore que de la volonté des gouvernements, et ceux-là ne voient pas bien loin devant eux, qui Be comprennent pas ce qu'il y a de fatal, — dans le sees que les anciens attachaient à ce mot, — au fond de celte insurrection polonaise, indomptée parce qu'elle est indomptable. tMu6 on ajourne la crise européenne qui doit en sortir, plts m doit s'attendre à la subir terrible. Si H. Gladstene ne croit pas cela, il aurait dû nous dire ses raisons, •car c'était là certainement le point à éclaircir.
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23 juillet Càéé européen et anglais de In quenilen de
La réponse de la Russie ai» 'notes des trois puissances interraïaiites a nalurellemeiit méconlenté et humilié FAngleterre«
Alors- JBéaie>fiie la corn* de Saim^Péterabourg aurait ae*
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cordé de bonne grâce, sans réserve, tout ce qu'on lui demandait, le résultat n'aurait eu certes rien de satisfaisant, tant la question avait été mal posée par la diplomatie !
Un armistice eût-il été praticable, en quoi aurait-il servi la cause polonaise? Est-ce qu'une révolution qui s arrête n'est pas perdue? Pendant une suspension d'armes, la Russie aurait pu à loisir concentrer ses forces, mettre en jeu les puissants moyens d'organisation dont elle dispose, se préparer à porter un coup décisif; mais la Pologne? Comment, d'ailleurs, supposer que les Polonais, par l'acceptation des six points, eussent renoncé à l'espoir de leur indépendance, abaissé leur drapeau devant une consécration nouvelle des traités qui consommèrent le grand crime de leur asservissement, et compromis, pour jamais peut-être, le fruit de tant d'efforts, de tant de sacrifices, de tant de sang héroïque héroïquement versé?
Quant à une conférence entre les divers pouvoirs signataires des traités de Vienne, dans le but de résoudre définitivement la question en prenant les six points pour base,, on ne voit ni de quel avantage elle eût été aux Polonais, qu'elle aurait de nouveau livrés au czar moyennant certaines conditions déjà violées et toujours faciles à violer, ni ce qu'elle aurait eu de bien désavantageux h la Russie, qui, forte de l'appui du roi de Prusse, et pouvant parler de la Hongrie, de Venise, toutes les fois que l'Autriche parlerait de la Pologne, aurait, au pis aller, retiré de ce second congrès de Vienne l'immense bénéfice d'une seconde et solennelle investiture.
Oui, on avait fait à la Russie la partie assez belle pour qu'elle pût tout concéder sans inconvénient ; et si elle ne Ta pas fait, si elle n'a pas voulu d'une conférence, si elle n*a accepté les six points que comme répétition des vues déjà exprimées par l'Empereur lui-même, il semble que ce soit
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uniquemeDt par orgueil. Élever les Polonais rebelles à la ^dignité de belligérants, par une déclaration d'armistice? Jamais! Admettre des gouvernements étrangers à s'immiscer dans l'administration d'une province russe? Allons donc! C'est à ce degré d'arrogance que la Russie est arrivée, grâce à cette déclaration du comte Russell, répétée sur tous les tons, reproduite sous toutes les formes : « Quelle que soit la réponse de la Russie, et quoi qu'il arrive, l'Angleterre n*ira pas jusqu'à la guerre. » Jamais encouragement h Tinscience ne fut donné avec une légèreté plus folle et suivi d'effets plus faciles à prévoir.
L'Angleterre devait donc s'attendre à être humiliée, et elle s'y attendait. Elle n'a plus maintenant qu'à se résigner.
Et notez qu'une modification dans les tendances pacifiques du cabinet de Saint-James est chose fort peu probable. La séance de lundi dernier dans la Chambre des Communes le dit assez. Au discours énergique, véhément, passionné, dans lequel M. Horsman a comme embouché la trompette, qu a répondu M. Gladstone, parlant au nom et pour le compte du gouvernement? Il a répondu qu'il s'agissait d'un problème dont la solution était difficile, très-difficile; que la restauration de la Pologne entraînait la cession de la GaUicie par l'Autriche, celle du duché de Posen par la Prusse, et l'émancipation de toutes les provinces russes qui, en 1815, ne faisaient point partie du duché de Varsovie; qu'un pareil remaniement de la carte était une « vision gigantesque :»; qu'au bout d'une tentative de ce genre il y avait une guerre européenne, et que le comte Russell avait fidèlement exprimé la pensée du gouvernement lorsqu'il avait dit : « L'Angleterre ne fera pas la guerre pour la Pologne. »
Il est curieux de rapprocher ce langage des préoccupa-
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tions et de )a pofitkfue de lord Castl^reagh au congrès de Treime. On les îrowre révélées dans la correspondance qui* Tient d*étre présentée au Parlement, el qui est relative aux négociations secrètes de 18i 4 et 1815.
Au congrès de Vienne, )e plus ardent des désirs manifestés par lord Casttereagh fut eelcii de voir proclamer Tindépendance de la Pologne, telte^ quelle esistaii avm^i h premùr peariagê. Convaincu que les empiétements de la Rsssie ne pouvaient rencontrer de f^us^ solide barrière et que FAllemagne ne pouvait avoir de meilleur boulevard, il n'épargna rien pour amener à ses vues T Autriche et la Prusse. Soutenu par Talleyrand, il y réussit d'abord à ce point, qu'il se fit autoriser à parler en leur nem. Aussi bien, le prince de Mettemich n'était pas difficile à persuader, lui qui avait coutume d'appeler une Ftriogne indépendante le coussin nécessaire. Matheureusemenl, Tempereur Alexandre était à la tête d'une iirmée immen^ et victorieuse; il le savait de reste, te disait san? cesse, ne se montrait nwHement effrayé de la guerre, et paraissait plein de confiance dans la logique des coups de canon : à la politique de lord Castlereagfa, it opposa une résistance bantaine, invincible. Le résumé de ses arguments fut : « Je s»is là, et j'y reste ; m'en (a^se sortir qui l'ose ! » Lord Castlereagfa dm renoncer à son projet favori, et ce fiit alors que, pour dernière ressource, il se rabattit sur me di» vision dtt duché de Varsovie en trois portions^ dont Tune eât été donnée h h Russie, Tautre i la Prusse, el la troisième à l'Autriche.
Le traité de Reiebenbacb du 27 jui» 1843, et celui de Tœplitz, du 9 septembre i8i3, eurent cet arraugement penr objet, mai« noD po«r conséqueoce. Le czav, fui se croyait assez fort pour garder le tout, n'entendait pas se conteoler d'une partie. De son coté, le prince de Mettemicfa se bissa