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COMMENT LA C.UERRE: AMÉRICAINE EST ENVISAGÉE

Que nous veulent donc les abolitionnistes, avec leurs doléances humanitaires et leurs philanthropiques aspirations? Il ne s*agit pas en tout ceci de rémancipalion des noirs. Le Nord combat pourFcmpire; le Sud combat pour Findcpendance ; et, par suite de celte lutte, de jour en jour plus terrible, Tancien monde est ruiné, tandis que le nouveau monde se traîne dans le sang. Qu'attendons-nous pour intervenir?

Tel est le sens du discours qu'a prononcé M. Lindsay; et ce discours, je le répète, ifest lui-même que Técho des arguments et des plaintes dont toute FAngleterre retentit.

Hais cette manière d'envisager la question est-elle conforme à la vérité? Est-elle conforme à la justice? L'Union était un coatrat, un contrat solennel et sacré. Depuis ipiand est-il légitime, de la part d'une des parties signataires d*un contrat, de le rompre brusquement, violemment, dès qu'elle a, ou se figure avoir un intérêt a le faire? Est-ce que ce pacte de rUnion, qui, en si peu d'années, avait fait du peuple des États-Unis un des peuples les plus puissants et les plus florissants de la terre, n'avait créé entre le Nord et le Sud aucune réciprocité d'obligations? Est-ce que le Sud n'avait dû i l'intimité de ses relations avec le Nord aucun avantage de nature h contre-balancer les effets de ce svstème de tarifs, qui, je le crains, serait beaucoup moins coupable aux yeux de M. Lindsay, s'il n'avait réellement affecté que les intérêts du Sud? Quelle chose étrange d'entendre des gens s'apitoyer sur les causes qui risquaient de diminuer rinfluence du Sud avant la séparation, quand on songe dans combien d'élections cette influence s'est montrée prépondérante, et combien de présidents l'Union a reçus des mains du Sud! Aurait-il donc fallu, j^oiu' répondre aux idées de justice de M- Lindsay, qu'en toute occasion, invariablement, jusqu'au bout, treize états tissent la loi à vingt et un? Qu'une popula-

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tion de moins de 13 millions, dont 4 millions d^esclaves, fit la loi h une population de 20 millions?

C'est le Nord qui a fait élire M. Lincoln; mais c'était le Sud qui avait fait élire M. Buchanan. Loin d*étre au-dessoos du niveau marqué par son importance numérique, rinfluenre du Sud était fort au-dessus de ce niveau. Si la guerre actuelle est une simple aflFaire de tarif, d'où vient que le viceprésident des confédérés a formellement déclaré, en leur nom, qu'il s'agissait pour eux d'asseoir une nouvelle république sur la base de l'esclavage? Et d'où vient, comme M. Forster l'a rappelé, qu'il n'y a pas un seul mot qui se rapporte à cette question du tarif dans la proclamation d'indépendance qui a été le signal de la séparation?

Le fait est que c'est bien l'esclavage qui est en cause. One le Nord ait trop longtemps pactisé avec cette institution immorale; que les nègres, h qui le Sud offrait le pain amer de la servitude, se soient vus trop souvent refuser, dans le Nord, le pain de la liberté; que des concessions dégradantes, le bill des esclaves fugiîifs par exemple, aient été faites par le Nord h la crainte d'une rupture du lien fédéral; que M. Lincoln n'ait pas écrit sur ses drapeaux : « Abolition de Tesclavage; » que Frémont ait été rappelé du Missouri et liunter désavoué pour avoir voulu essayer d'agrandir la question, de Télever, c'est vrai. Mais ce qui ne l'est pas moins, c'est que le Sud, non content de vivre dans l'esclavage, voulait l'étendre sur les territoires annexés aux Étals- Unis; c'est (|ue le Nord s'y est opposé; c'est que M. Lincoln a été élu comme représentant de cotte opposition; c'est enfin ([ue l'appel des treize États contre ce jugement de la souveraineré populaire a été... la séparation, — d'où la guerre civile.

Mais voilà pr'kisénient ce que les partisans du Sud, en

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iglcterre, s'étudient a mettre dansTombre, parce qu'ils mprennent bien que l'Anglelerre ne saurait se ranger du rtides possesseurs d'esclaves, sans déchirer de ses propres lins la plus noble page de son histoire. Malheureusement, si Thonneur du peuple anglais, en cette casioD, est d'un côté, son intérêt, du moins immédiat, est de lUtre; et c'est c« qui explique, en partie, les sympathies que ut d'abord le Sud a rencontrées dans ce pays. Lord Vane îinpest racontait avant-hier, à la Chambre des Communes, lume quoi on lisait, h Boston et en d'autres villes du Nord, r la porte de certaines boutiques : a On ne vend pas ici de archandises anglaises, » et il ajoutait, par voie de coniste, qu'étant h Richmond il avait entendu un membre du mvernement des confédérés lui dire : c Nous regardons iLDglelerre comme notre atelier. » C'est là tout le mystère, ins les Américains du Nord, le peuple anglais redoute des •oteclionnistes, tandis qu'il salue des libre-échangistes ins les Américains du Sud. Il frémit à l'idée de sou comerce allant se briser, dans le Nord, contre la barrière des rifs, tandis qu'il s'exalte à l'idée d'aller échanger sans enave, contre les matières premières du Sud, ses produits anufacturés.

Ajoutez a cela le souvenir de mainte provocation reçue, -le ressentiment de maint affront dévoré en silence, — les atribes d'une portion considérable de la presse américaine, -l'opinion, assez fondée, que le Nord, inondé d'Allemands

d'Irlandais, a perdu beaucoup de son origine anglaise, et le les représentants réels de la race saxonne en Amérique nt les hommes du Sud — l'intérêt politique qu'a l'aristoatie anglaise à voir disparaître le prestige des institutions publicaines en Amérique, et, pour ne rien oublier, l'iurêt national qu'a l'Angleterre à voir s'affaiblir, en se divi-

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sani, une puissance donl le prodigieux essor lui a depuis longtemps fait ombrage.

Toutefois, je me hâte de le dire, il s'en faut bien que ces motifs égoïstes agissent sur tous les éléments donl se compose la société anglaise. Si le parti des intérêts étroits existe ici, comme partout, et y possède, comme partout, assez de force pour entraîner, à un moment donné, ropinion publique, il y a aussi le parti des idées nobles, des sentimenL^^ généreux, le parti de la justice. C'est celui-là qui a si bieo inspiré avant-hier, dans la Chambre des Communes, M. Taylor et M. Forster; et c'est à celui-là qu'appartiennent ces magnanimes ouvriers du Lancashire, qui vivent, on pourrait presque dire dans la mort, sans faire de l'excès de leurs souilrances une menace, sans s'agiter sous l'aiguillon de b faim, et sans se plaindre de ce que leur coûtent ces formidahles batailles qui se livrent par-delà les mers. A Blackburo, la misère est si grande, que le nombre des personnes réduites à recevoir des secours est de quinze mille. Eh bien! à Blackburn, une motion seuiblahle à celle de M. Lindsav avant été dernièrement soumise à un nombreux meeting d'ouvriers, elle a été rejelée par un vole presque unanime. M. Taylora eu raison de citer ce faii: il est de ceux cjui honorent un pays.

Malheureusement, le langage de la presse ne répond pas, en général, à l'attitude de la classe ouvrière. Dans la plupart des journaux, la sympathie pour la cause du Sud se produit sous les formes les plus irritantes, et l'antipathie à l'égard du Nord s'épanche tantôt en déclamations virulentes, tantôt en railleries qui niordent jusqu'au sang. Ce (|ui est chez les Américains du Sud courage viril, constancf à toute épreuve, fermeté indomptable, n'est plus, quand il s'agit des Américains du Nord, (pie brutalité, obsiinaliun

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