‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 108 sur 169 · COMMENT LA GUERRE AMERICAINE EST ENVISAGEE · texte numérisé non relu

COMMENT LA GUERRE AMERICAINE EST ENVISAGEE

sanguinaire ou confiance touchant à la folie. Le Nord a-t-il remporté l'avantage, on commence par le nier; puis, quand nier est devenu impossible, on s'attache à atténuer Timportance du succès par mille commentaires subtils, par mille explications forcées. Le Sud, au contraire, est-il vainqueur, on n'a pas assez de mots pompeux pour célébrer son triomphe ; on écrit en gros caractères : Grande défaite des fédéraux, et l'on somme la Renommée de souffler à pleins poumons dans toutes ses trompettes. Vendredi dernier, le bruit ne s'était-il pas répandu que c'en était fait; que la lutte était terminée; que Mac-CIellan, réduit aux abois, avait offert de se rendre et avait subi un refus ignominieux, tant sa destruction était certaine !

Comment mettre en doute ce qu'on désire ardemment? L;i Cité était en rumeur. Les clubs conservatistes ne se possédaient pas de joie. Quelque évidemment absurde que fût la nouvelle, beaucoup y croyaient, à force d'y vouloir croire. D'ailleurs, le moyen d'être incrédule? Le Times avait parlé. Ce qu'il y a de singulier et a dû frapper les natures soupçonneuses, c'est que la fausse nouvelle a été mise en. circulation juste au moment où le débat sur la motion de M. Lindsay allait s'engager. Quel étonnant à-propos!

Quoi qu'il en soit, le résultat de ce débat n'a pas été ce que les séparatistes anglais attendaient. La Chambre des Communes a compris qu'une médiation proposée aux États* Unis, après une défaite subie, serait infailliblement refusée; que de ce refus naîtraient des complications funestes ; que la reconnaissance du Sud, si l'on allait jusque-là, ne changerait rien, absolument rien, à la situation du commerce an- [dais \'is-à-vis des États soulevés, tant que le Nord continuerait à les combattre; que le seul effet de cette reconnaissance qu'il fût raisonnable de prévoir était la guerre avec le gou-

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veroement de Washington, une guerre terrible, une guerretà mort, et que, dans ce cas, la disette du blé pour TAngk terre se joindrait à la disette du coton. La Chambre d< Communes n*a pas voulu qu'on tuât la maladie au point d^ tuerie malade : « Laissez au gouvernement, » a dit lord Pal — merston, » le soin de juger ce qui est h faire, et quand il con — vient de le faire, et comment il convient de le faire. » Cell conclusion a été applaudie. M. Lindsay a dû retirer sa tion. Pour lui et ceux de son parti, c'est une campagn ^ manquée.

Le mal est que ce débat va donner ample pâture aux {\m^ rcurs du Neto-York-Heraîd et enflammer, au delà de l'Atlantique, des colères qui ne sont déjà que trop violemment excitées; car, ce m'est une douleur d'avoir à le constater, les attaques dirigées contre le Nord par M. Lindsay, et, ])lus particulièrement, par M. Grégory, ont manqué de mesure autant que de justice. L'un et l'autre, ils ont prononcé (les paroles irréparables !

Quant à leurs arguments, ils ne convaincront que ceux ([ui ont le parti pris d'être convaincus. M. Taylor l'a dit avec une éloquence venue du* cœur : « Ce qui se dresse au loin, c'est la Nc'mésis de Vesclavage. » Oui, cette Némésispbne sur la lutte fatidique qui ensanglante et met en lambeaux une contrée naguère si calme en apparence. Vainement cherche-t-on par je ne sais quelles petites questions de sous et deniers à donner le change au monde sur le caractère réel de ce drame, l'un des plus affreux, mais des plus instructifs dont l'histoire ait jamais donné le spectacle aux hommes. Le Sud est cruellement puni pour avoir eu des esclaves; le Nord est cruellement puni pour l'avoir souffert, et l'Europe, elle aussi, est punie, pour n'avoir répudié l'esclavage qu'en ce qoi la concernait, et pour avoir manqué de la logique

LORD PAUIËBSTON ATTAUL'K PAR M. COBDEN 135

OU du eonrage de ses coDviclions. La leçon est tragique $*il en fut; elle restera. Kie inaintenaut la solidarité des peuples qui rose !

2 août.

Lord PalmersCon attaqué par H. Cobicn.

La fin de la session parlementaire vient d*étre marquée ici par un grand combat. Trois champions renommés ont paru dans la lice : M. Cobden, lord Paimerston et M. Disraeli. Brillante a été cette passe d'armes, et elle mérite qu'on s'y arrête.

Vous savez comment, après la chute du ministère Wellington et Taccession des Whigs au pouvoir, lord Pahnerston devint secrétaire d'État pour les affaires étrangères : depuis cette époque, on peut dire à la rigpeur qu'il a figuré dans les rangs du parti libéral; mais il y a figuré comme un transfuge qui garde, dans le camp où il lui a plu de passer, ses anciennes prédilections et ses anciens penchants. Lord Fdmerston n*a pas cessé d'être le disciple de Canning, et ridée d'une réforme parlementaire lui a toujours fait mal au cœur.

Il y eut un moment, toutefois, où il sembla décidément résolu à s'amender ; et à ceux qui lui reprochaient d'aban-

donner en cela les traditions de son maître, il répondit par la citation de ce célèbre passage d'un des discours de Canning : « Ceux qui résistent à un progrès parce que c'est une innovation risquent d*étrc un beau jour forcés d'accepter l'innovation quand eHe a cessé d'être un progrès. » J'ajoule qu'à son alliance avec les Whigs, en 1830, lord Palmerston dut de perdre la position de représentant de l'Université de Cambridge, position qu'il occupait depuis 1811.

Malgré tout cela, Henry-John Temple, vii^omie Palmerston, est, au fond de l'Ame, un tory : c'est ce que j'ai eu plusieurs fois occasion de vous dire, si j'ai bonne mémoire, et c'est ce que vient de lui dire en face, h lui-même, en pleine Chambre des Communes, M. Cobden.

M. Cobden appartient à ce parti libéral dont lord Palmerston est le chef officiel. Voilà précisément ce qui a donné lieu à l'attaque. M. Cobden, en effet, n'est pas, — et comment pourrait-on attendre cela d'un tel homme?— un de ces soldats qui obéissent à la consigne sans souffler mot, et obéissent d'autant mieux qu'ils pensent moins. Il vent bien suivre le capitaine, mais à la condition que le capitaine prendra quelque souci de suivre de son côté le drapeau.

Est-ce bien là ce qu'a fait lord Palmerston?

Lorsque, il n'y a pas bien longtemps encore, il poussa si rudement du coude le ministère de lord Derby et se présenta pour le remplacer, sur quel litre fonda-l-il sa candidature au pouvoir? Sur sa disposition à substituer au bill de réforme proposé par le cabinet conservateur un bill plus large, plus franc, pins démocratique. Celte condition de son avènement au ministère a-t-elleété remplie? li lui convient bien, vraiment, de venir prétendre aujourd'hui, pour toute excuse, que le pays n'a point paru tenir beaucoup à cette réfonne, et que la faute en est à M. Briglit, qui., par ses exagérations, a

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