‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 109 sur 169 · LORD PALMERSTON ATTAQUÉ PAU M. GOBDEN · texte numérisé non relu

LORD PALMERSTON ATTAQUÉ PAU M. GOBDEN

iffrayé les gens et tout compromis ! Est-ce que, dans la lutte [ui précéda sa victoire sur le ministère de lord Derby, lord ^almerston n'avait pas M. Bright à ses côtés? Est-ce qu'il ie Taccepta pas alors hautement pour compère ? Est-ce qu'il ut retenu alors par la crainte de le voir pousser les choses a extrême? Il le connaissait bien, pourtant. Ainsi que M. Disaëli Fa rappelé avec cette âpreté sardonique qui caractérise ou talent, M. Bright n'est pas un de ces hommes qui Détient leur drapeau dans leur poche. Il a le verbe haut ; il a me voix qui sert volontiers d*écho à ses pensées; sa fran- Use est aussi rude que ses convictions sont fortes; ne croyant avoir rien h cacher, il ne cache rien, et son cœur est in livre ouvert que ceux-là seuls seraient excusables de ne ire point qui ne savent pas lire.

&' donc lord Palmerston n'a pas présenté le bill de éforme attendu de son initiative, c'est parce que la nature le son esprit répugne aux innovations politiques, et que son étendard n'est pas, en réalité, celui du parti dont la singulailé de son rôlç est précisément d*étrc le chef.

Que résulte- t-il de là? Que le parti libéral, avec lord Palnerston à sa tête, va se décomposant, s'amoindrissant, se liscréditant. Il a beaucoup à faire, et il ne fait rien. Il est m pouvoir, et il se trouve plus faible que s'il était dans ^opposition. Par quelle mesure témoignant de sa force la «sslon qui finit a-t-elle été signalée? Au lieu d'avancer, il I reculé. Si la question du Ballot n'est pas devenue ridicule, îe n*est certes pas qu'on lui ait épargné les railleries officielles. 11 y a sept ans, il y avait contre le maintien des church ^ales (taxes ecclésiastiques), dans la Chambre des-Comnunes, une majorité en train de gagner la partie : aujouri'hui, celte majorité est si bien dissoute, que M. Disraeli )arle de monter au Capitole et de rendre grâce aux dieux.

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Voilà de quoi H. CobdcD est venu se plaindre dans b séance de vendredi. Il a dit ce mot, qui est très-vil, nab très-vrai : les hommes du parti conservateur auraient pu renverser le premier ministre, s*ils Tavaieut voulu; et pourquoi ne Font-ils pas voulu? parce qu'ils ont plus de cofttiance en lui que dans leur propre chef!

Ce qu*il y a de véritablement admirable chez lord Pilmerston, c'est une sérénité que rien n'altère, une borne humeur que rien ne déconcerte, une jovialité douceaMH ironique qui déjoue les attaques, en leur étant en quelipe sorte tout caractère sérieux, alors même qu'elles soit très-sérieuses. Le moyen de se passionner et de pasâwMr les autres contre un homme qui ne se fôche pas! Lord Palnierston n'est certes pas un orateur de premier ordre, dus le sens absolu du mot ; il n'a ni la force entraînante de M. Bright, ni l'éclat et la subtilité de H. Gladstone, aile mordant de H. Disraeli, ni la vigueur argumentative 4e M. Cobden ; il parle même avec quelque hésitation, comk si sa pensée tâtonnait à la recherche du mot. Mais ce qn'fl; a de mieux h dire, dans une situation donnée, et eu égard à ( eux (|ui l'écoutent, il le dit simplement, clairement et gaiement, en homme que sa supériorité dispense de Teoutti de se metlre en colère.

Le secrel de sa puissance oratoire est là. Il s'amuse de remportement de ses advei*saires ; il sourit h leurs meoaees avec une bienveillance protectrice; et je dirais volontiers de son éloquence qu'elle a un bon caractère. On ne cite, je (Tois, qu'un cas où elle soit sortie des gonds. C'était «o 1826 — (vous voyez qu'il faut remonter haut pour trouver un exemple) — lord Palmerstou était revenu à plusieurs reprises sur les causes qui avaient fermé à un certain colonel Bradiey les rangs de l'armée, sans que M. Hume cod-

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sentit il se montrer satisfait de l'explication, M. Hume, étant à la fois le plus honnête et le plus obstiné des hooimes. Cette fois donc, lord Palmerston perdit patience, jusque-là que ces mots violents lui échappèrent : « Si Tho- Dorable gentleman a l'esprit obtus, ce n'est pas ma faute. » liais c'est pour le coup que l'exception prouve la règle.

Aussi ne s attendait-on pas vendredi h voir lord Palmerston troublé parla déclaration de guerre de M. Cobden, bieu que ce dernier soit un rude jouteur. Et en effet, aux reproches de son agresseur, l'imperturbable vicomte a répondu par des remerciments en .règle.

Entre nous, il n*y avait pas de quoi, en ce qui touche les points que j'ai déjà indiqués. En accusant lord Palmerston de n'être pas du parti qu'il avait charge de conduire, M. Cobden était trop dans le vrai pour qu'une réponse fût possible, et, à cet égard, il n'y a pas eu en réalité de réponse. Hais où le ministre a triomphé, c'est dans sa réplique aux attaques dirigées contre le caractère dissipateur et perturbateur de sa politique.

Nul ne manie les faits et les chiffres comme M. Cobden ; il a donc prouvé à merveille :

Que lord Palmerston avait dépensé, cette année, pour Tarmée, la marine et les fortifications, 8 millions de livres sterliug en sus de la somme jugée suffisante il y a trois ans;

Et que le gouvernement, qui ne coûtait par tête que 1 liv. 18 sh. 3 d. en 1840, en était venu à coûter par tète 2Uv. 8sh. 1 d.;

Et que le noble lord avait embarqué, sans nécessité, son pays dans quatre guerres successives, loin, bien loin, en Cldne;

Et qu'après avoir, avec une imprévoyance ruineuse, dé-

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pensé 30 raillions de livres sterling en construction de vaisseaux de bois, il menaçait le pays d'une dépense énorme en construction de vaisseaux de fer;

Et qu*il avait envoyé huit mille hommes au Canada, lors de Taffaire du Trenij sans attendre d'Amérique la réponse qui devait, ou nécessiter cet envoi coûteux, ou le rendre superflu;

Et qu'il était toujours prêt à appuyer, à sanctionner, à récompenser les actes de violence commis par les agents dn gouvernement dans les diverses parties du monde ;

Et que sa politique était une politique de coups de théâtre, a sensation poltcy ;

Et que sa tactique était de faire continuellement peur de la France à l'Angleterre, de manière à avoir un motif de dépenser de l'argent en même temps qu'un moyen de grosâr sa popularité ;

Et enfin qu'il avait coûté au peuple anglais, h lui tout seul, 100 millions de livres sterling, — prix considérable, même pour un homme de son mérite !

Eh bien, c'est d'avoir constaté ces choses que lordPalmerston a témoigné sa reconnaissance à M. Cobden ; et ce qu'il y a de plus curieux, c'est qu'il a eu en cela parfaitement raison.

En vérité, M. Cobden connaît bien peu son pays, s'il a pu imaginer un seul instant qu'il ébranlerait la popularité de lord Palmerslon en le montrant jaloux à l'excès de l'honneur (le l'Angleterre, et décidé à ne rien épargner soit pour accroître sa puissance, soit pour ajoutera son prestige, soit pour garantir sa sécuritc.

Ouel panégyrique, aux yeux de celte nation-ci, pouvait valoir une accusation semblable? Lord Palmerston est Anglais avant tout. Anglais coûte que coûte. Anglais envers et

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contre tous, soit; mais est-ce d*avcnture en Angleterre qu*on lui fera un crime d'être trop Anglais? Plus M. Cobden avait ici raison comme économiste et moraliste, plus il a eu tort comme tacticien politique. M. Disraeli, qui se pique d'être un stratégiste parlementaire, a bien senti que son allié de circonstance venait de commettre une maladresse. Il a essayé de réparer le mal, en assurant qu'au bout du compte lord Palmerston avait moins fait que ses prédécesseurs pour la défense et l'armement du pays; il a revendiqué pour le cabinet dont il avait été lui-même membre, l'honneur d'avoir donné la première impulsion au grand mouvement des volonLiires, dont lord Palmerston, au contraire, se moquait alors, l'appelant rifle fever (fièvre de carabine) ; et il a continué sur ce ton. Mais quoi! c'était réfuter tout ce que M, Cobden avait avancé; c'était reprocher à lord Palmerston de n'avoir pas fait assez, là où M. Cobden lui avait reproché d'avoir fait trop.

En somme, cette bataille, à la fin de la campagne, a été fort mal conduite de la part des adversaires du premier ministre : libéraux mécontents et conservateurs implacables.

M. Cobden, s'il n'avait on vue que de porter un coup h la popularité de lord Palmerston, aurait dû songer qu'il est des fautes que l'égoïsme national transforme volontiers en vertus; il aurait dû se rappeler que, lorsqu'au mois d'avril 1857, lui, M. Gladstone, M. Bright, M. Milner Gibson, lord John Riissell, M. Roebuck, etc., attaquèrent de concert et renversèrent lord Palmerston, l'accusant d'avoir violé, à l'égard de la Chine, dans un intérêt exclusivement anglais, les lois éternelles de la justice, lord Palmerston en appela contre eux au pays et remporta, en celle occasion, la plus éclatante victoire qui ail jamais été enregistrée dans les annales parlementaires.

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Que si le but de M. Cobden était plus élevé, plus noble, ot complètement étranger aux misérables petites tactiques de Tambition militante ou de Tambition déçue, oh! alors il a parlé comme il devait. Mais, même dans ce cas, il aurait dû ne pas oublier ce que je cherche en vain dans son discours, c'est-à-dire la preuve qu'en mettant F Angleterre sur la défensive sans regarder à la dépense, lord Palmerston o*a pas été le représentant fidèle des sentiments et des appréhensions du peuple anglais. Cette preuve, M. Cobden ne 1*3 pas donnée, simplement parce que c'était chos3 impossible.

Et c'est en ceci qu'est, en ce qui touche la France, la moralité de ce débat ! Oui, sans doute lord Palmerston a dépensé, au sein d'une paix profonde, ce que semblaient devoir seuls réclamer des préparatifs de guerre; mais pendant qu'il s'occupait de fortifier les côtes, de renouveler la marine, de faire construire des canons, est-ce que, de son côté, le peuple anglais se croisait les bras? Est-ce que les habitudes guerrières ne s'introduisaient pas chez celte nation de commerçants et de travailleurs? Est-ce que les rues ne retentissaient pas du bruit du tambour? Est-ce que le maniement des armes ne devenait pas une des occupations favorites de la jeunesse anglaise? Lord Palmerston Ta dit, et le mot ne souffre pas de réplique : ce qui justifie sa politique de préparatifs guerriers, c'est le mouvement des volontaires. Il craint ce que craint son pays; il agit comme son pays agit : c'est sur son pays que retombent tous les reproches que M. Cobden lui adresse. Et si l'Angleterre a tort de se défier h ce point de la France, malgré tant d'efforts faits pour la rassurer, d'où cela vient-il? Cela vient, Monsieur, je vous l'ai dit plus d'une fois, et je ne me lasse pas de le répéter, cela vient de ce que la France ne vit pas sous un

régiine de publicité qui permette aux Anglais de voir clair dans ses intentions, ses sentiments, ses sympathies. Tant qu'il ne fera pas grand jour en France, l'Angleterre restera !»ur le qui-vive.

3août18U?.

Le droic de ehasse en An^^Ieterre.

Le Aight Poaching A'cl^ loi dirigée contre le braconnage nocturne, vient d'être voté.

Lorsque, du temps de Luther, la forêt Noire s'ébranla et que, sous la conduite de Thotelicr Metzier, les paysans de la Thuringe, de la Frahconie, de la Souabe, poussèrent ce cri qui éveilla en Allemagne tant d'échos formidables, que disait le quatrième des douze articles dont se composait le programme de la grande révolte ? Ce quatrième article était «linsi conçu : « A tous, les oiseaux dans les airs, et les poissons dans les fleuves, et les bêtes dans les forêts ; car à tous, dans la personne du premier homme, le Seigneur a donné droit sur les animaux. »

Ce fut en partie pour reconquérir ce droit sur les animaux, usurpé par quelques-uns, que les paysans se soulevèrent; ils prirent un anabaptiste pour chef, une croix Manche pour étendard ; ils tuèrent; ils moururent : TAllemagne fut inondée de sang.

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De fait, comment nier qu il n'y ait quelque chose d'odieux (iaus le privilège exclusif de chasse? Parce qiie je dis: c moi cette forêt, » suis-je fondé h dire : « A moi le daim qui la traverse; à moi Toiseau qui vole au-dessus; à moi la partie des airs que mesure l*étcndue de ce terrain qui est ma chose? » Faut-il que le droit de posséder le soi grandisse jusqu'à devenir Taccaparement de la nature entière? S'il était possible h quelques-uns de s'emparer de la lumière céleste, leur serait-il loisible de la monopoliser et leur reconnaîtrait-on droit de propriété sur le soleil ?

Je ne suis pas bien sûr que, dans l'esprit de cerlaios « landlords » d'Angleterre, cette dernière question ne soit pas résolue d'une manière affirmative; mais ce qui est certain, en tout cas, c'est que la façon dont ils comprennent et exercent en général le droit de chasse est, peut-être, de tant d'abus, celui qui met le plus en relief les vices de la tenure féodale du sol.

Ce n'est pas, Dieu merci! que les idées qui prévalent parmi eux sur ce point soient ce qu'elles étaient à l'époque où tuer un daim du roi et tuer un sujet du roi étaient deux crimes également affreux et punissables de la même peine. Après avoir fait justice des anciennes lois forestières, en vertu desquelles il n'y avait qu'un chasseur dans le royaume, — le roi, — la civilisation a fait justice aussi de cette législation inique et barbare qui réservait pour les plaisirs d'un nombre déterminé de nobles toute une classe d'animaux et d'oiseaux, que nul, en dehors de la classe privilégiée, ne pouvait tuer ou même avoir en sa possession sans encourir un sévère châtiment. Les abus qui résultaient d'un tel état de choses étaient si nombreux et si graves, il enfantait tant de violences et tant de querelles, il donnait lieu à tant de scanilales, ([n'en 1831 ou dut aviser.

C'était s*y prendre un peu tard, comme vous voyez*. I France, . on n'avait pas attendu si longtemps. Dès le aofit 1789, le droit exclusif de chasse, déjà condamné m la célèbre nuit du S août, avait été aboli par l'Assemit nationale, — en ce sens du moins que le droit de dé-^ lire le gibier avait été reconnu à tout propriétaire sur son opre domaine, mois là seulement. Et même, on ne s'était pas u obligé de respecter la grande passion de Louis XVI pour chasse ; on ne s'était pas fait scrupule d'entamer les platri du roi ; on avait coupé court, par l'abolition des capi* imfies, à l'insupportable tyrannie des chasses royales ; I arait enfin écrit, pour ainsi dire, dans la loi, ces paroles §remptoires de Mirabeau : « Tout homme a droit de chasse ir êon champ y ntd na droit de chasse sur le champ d'auut : ce principe est sacré pour le monarque comme pour mt autre. »

liais TÂngleterre ne marche pas dans la voie du progrès 'un pas aussi agile que la France, quoique elle y marche, en manche, d'un pas plus sûr. Ce fut donc en 1831, sous le ^ne de Guillaume IV, qu'on se décida en Angleterre à orter la main sur une législation que Blackstone avait fléie comme c établissant un petit Nemrod dans chaque umotr, à la différence des anciennes lois forestières qui vraùnt le royaume à un chasseur puissant^ mais mique. »

ûi réforme consista en ceci, que toute personne munie .'on certificat reçut le droit de chasse sur son propre do- Mine, ou sur le domaine d'autrui avec permission du propriétaire. En même temps, la vente du gibier fut légalisée, MNis certaines résenes; le mot gibier fut déclaré com- >rendre les lièvres, les faisans, les perdrix, les coqs de )ruyère, les outardes; on spécifia, en vue de l'éducation

(lu gibier, les époques où il sendt interdit d'en tuer les différentes espèces; il fut décidé que qsieoiiifue tuerait do gibier pendant le jour, sans avoir un certificat eu règle, serait condamné k 5 shellings d'aoïende, et que le bracoiiia|e nocturne serait passible d*un simple eroprisounemeftt pov !a première et la seconde fois, de la transportation pour b troisième.

C'était remplacer un mal immense par un mal m pes moindre : voilà tout. Voyons, en effet, ce qui a liei so» l'empire de celte législation nouvelle.

C'est an fermier que le gibier est censé appartenir m b ferme, à moins que le < landlord » ne se le soit spédat»ment réservé; mais c'est ce qui arrive presque toijears. El qu'en résulte-t-il? Un dommage incalculable causé an caMvateur par les ravages du gibier.. Il a été constaté officieUement, et à la suite d'une enquête, que la perte essvyéepar le cultivateur d'un domaine où le gibier est réservé, dépsse de beaucoup la somme totale des taxes dont ce domaine est frappé : taxe des pauvres, taxe du comté, ehurek mCr, income tax, etc., etc. Pour indemniser le fermier d'une perte aussi considérable, on a calculé qu'une diminutioB dans le taux de la rente d'environ 30 pour iOO ne serait pas de trop. Or c'est a peine s'il y a un propriétaire sur cinquante qui se croie obligé d'indemniser ceux dont l'isdustrie passe ainsi après ses plaisirs. Une énorme qiontilé de produits détruile, la fertilité du sol diminuée, isoins de capital appliqué à ta culture, moins de travail employé, une atteinte funeste portée au bien-être du fermier et à r«tistence même du laboureur, voilà les désastreuses conséquences qu'engendre, étendu h Texercice du droit de chasse, Texercice du droit absolu de propriété.

Encore si le mal s'arrêtait là ! Mais non. En nourrissanf,

«n conservant, en protégeant le gibier pour que Sa Seigneurie, à ses heures, ait le plaisir de le tuer, on tente irrésistiblement ravidité du braconnier; et, comme il ne suffit pas d*une décision du Parlement pour faire que, dans 'Fopiilioft du peuple des campagnes, la propriété d'un faisan soit absolument de même nature que celle d'un porc, un animal Ttauvage de même nature qu'un animal domestique, et le braconnage aussi méprisable que le voK il arrive que, loin d*avoir le paysan contre lui, le braconnier est aux yeux de beaucoup d'entre eux un héros de village. Ils admirent son audace; ils s'intéressent h ses périls; ils s'entretiennent de ses exploits; ils l'entourent de leurs sympathies dans la guerre,- quelquefois sanglante, qu'il fait au garde-chasse. Et ainsi la présentation du gibier pour les plaisirs de ces messieurs n'est pas moins funeste à la moralité des campagnes qu'aux progrès de l'agriculture. Inutile d'ajouter que cest une cause permanente de zizanie entre le propriétaire et le fermier, et qu elle tend à armer l'une contre l'autre deux classes qui ne sauraient s* entre-heur ter sans que la société en souffre.

Mais quoi ! lorsqu'on admet les prémisses, il faut savoir admettre la conclusion, si elle est logique; et c*est bien en vain qu'on prétendrait échapper aux résultats naturels de la tenuro féodale du sol, dès qu'on en accepte le principe.

Au mois de juin 186:2, lord Berners, un chasseur de haut rang, imagina d'apporter à la Chambre des Lords certaines armes qu'il déposa dans le vestiaire, les règlements ne permettant |)as ({u'un membre de la Chambre paraisse armé devant le lord chancelier.

Ces armes ébient celles qui avaient été employées par des braconniers de nuit dans le comté de Sa Seigneurie. Elles étaient affreuses à voir, et lord Berners les avait ap-

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portées pour montrer comme quoi elles pouvaient senir = tuer non-seulement des lièvres et des perdrix, mais de^ hommes.

Le salaire des gardes-chasses est ordinairement de l^she! lings par semaine. 12 sheliings par semaine pour avoir tête cassée au moment où Ton s'y attend le moins! Franch ment, ce n*est pas payé. Toutefois, en mettant sous les de ses collègues saisis d'effroi les terribles instruments mort dont il s'agit, lord Berners n'avait en .aucune faç^n pour but de donner h admirer à Leurs Seigneuries Thé* roïsme de leurs gardes-chasses. Non, la question, pour ivi, était tout simplement de rendre plus effective TinterpeUatioo que voici : c L'intention du gouvernement estrelle de présenter, pendant cette session, des mesures contre le braconnage? »

Lord Delamere déclara la chose urgente. Lord Derby raconta, sur un ton à faire frémir, la tragique histoire de trois attaques que ses gardes-chasses avaient subies dans le court espace de trois ans et dont lui-même avait dû poursuivre les autours. L'iiidiiînation do Leurs Seigneuries était au couible. Il fallait ou finir ; il fallait charger la police rurale de voilier, de concert avec les gardes-chasses, sur la conservation du gibier. Le gouvornemeut était-il enfin décidéàafjir, ol vigoureusement, oui ou non?

Lonl Granvillo répondit que non; mais il ajouta que, si lord Bernors proposait un bill concernant la matière, le gouvorneniont n'y forait pas opposition. En conséquence, uu bill fut proposé pour la sup|)rossion à tout prix du braconnage nocturne. Le moyen dont les chasseurs siégeant à la Cliamhre haute s'élaionl avisés, consistait à mettre désormais au nombre dos devoirs officiels de la police rurale celui de chercher et d'arrêter sur les grands chemins quiconque

serait suspecl d'avoir en sa possession du gibier illégalement acquis.

' La loi, telle qu'elle existait, était déjà assez stricte, comme vous allez le voir ; elle portait : « Lorsqu'une personne sera trouvée, de jour comme de nuit, ayant sur elle du gibier qui paraîtrait avoir été tué depuis peu, le droit d'en opérer la saisie appartiendra au landlord, et au fermier, et au garde-chasse, et à tout autre domestique, soit du landiord, soit du fermier. »

C'était cette loi, vraie loi des suspects^ que les lords demandaient qu'on modifiât en faisant de chaque policcman m auxiliaire obligé de leurs domestiques.

Grande fut l'agitation causée par cette prétention inattendue. Les libéraux poussèrent des cris de colère, auxquels les conserva listes répondirent par des cris de rage. Respect au droit de propriété ! telle fut la devise que ces derniers écrivirent sur leur drapeau. Le Times les appuya vivement, et soutint que la question était bien simple : il n'y avait qu'à assimiler la propriété du gibier à celle d'une maison et à écrire dans la loi : a Un braconnier est un voleur. s>

Mais à cela le parti libéral répliqua que le sentiment populaire prolestait avec une force invincible contre cette assimilation, et que toutes les lois du monde n'y pouvaient rien. Le peuple, ce peuple des rangs duquel sortent braconniers, gardes-chasses et policemen, s'obstine à croire qu'il est une distinction à établir entre un faisan et un coq de basse-cour, entre un renard et un mouton. Il ne nie pas qu'il ne soit possible d'apprivoiser des faisans, mais il nie résolument que le moyen pour cela soit de les pousser dans les bois afin d'avoir le plaisir de les y tuer. Il comprend mal que de la nécessité de conserver des animaux domestiques et utiles on con. due à celle de réserver pour l'amusement des oisifs maint

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animal sauvage qui ravage les récoltes et fait le désespoir du cultivateur.

Aux yeux des hndiords eux-mêmes, il s'en ùut bien que le braconnage ait le même caractère, absolument le mène caractère que le vol. Combien de fois n'est-il pas arrivé ^ le fils ou le fnère puîné d*un lanldord a été surpris tirant m faisan ou prenant au piège un lièvre? Ont^ils été reniés pir la famille «omme voleurs? Lors du débat que souleva dais la presse anglaise le bill que je rappelle id, le SpecloÊor publia un article remarquable dont l'auteur disait : « Je me souviens qu^un jour, quand j'étais enfant, un combat désespère s'engagea, non loin de la maison de mon père, enire trois gardes-chasses, dont lun était armé d'un coutdas, et un certain Mike Preston, le plus connu des braconniers du comté. Mike parvint à se tirer d'affaire, quoique grièveneat blessé, et fut peu de temps après choisi pour garde-diasse par le plus intraitable des propriétaires diassenrs du voisinage. M. Walter dira peut-être qu'il n'y a riea de tel cpc de charger un voleur d'attraper un voleur. Eh bien, qn'fl fasse son sommelier d'un homme qui lui aura dérobé son argenterie, et nous nous rendrons alors a son argument. »

Beaucoup d'autres raisons, et de fort bonnes, furent données par les organes du parti libéral. Ils signalèrent l'impossibilité de marquer le gibier d'un signe distinclif comme on fait des moutons et de la volaille, d'où celte conséquence ([u'en matière de gibier la preuve du larcin est impossible à administrer. (Is insistèrent sur le caractère inquisitorial de rintervenlion proposée, sur les actes de tjTannie aaxqHek elle ouvrirait carrière, sur le danger de rendre la police mraie odieuse h la population des campagnes en la forçant de prendre parti dans la lutte des propriétaires contre les fermiers. Us s étonnèrent qu on prétendît donner aux landlords,

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m vue de l*Hivialabàliié de lesrs plaisirs, des domestiques )ifés ^r le fNublk, es sus de ceux qu'ils payent eux-mêmes. Is moAtrèreat^que le bill ne pouvait passer sans entraioer m aocfX)isseinent considérable et coûteux de la police rurale, b demaDd^eot en vertu de quel principe de justice au rkiiérât social on aj^^it la législature à imposer une pa- "eille taxe au peuple pour la préservation d'aoîmaux qui, ndépendamiueni de ce qu*ils mangent, endommagent les eics arbres, détruisent les fleurs, ravagent les récoltes. Us iTOttvèrent eafia, tout en condainnant et maudissant le bnhiOMUge, i|4ie le remède proposé ne serait qu'un mal ajouté i«i autre mal. RaisGouements inutiles! Inutiles protestaions ! Les partisans de la proposition dénoncèrent i oppoilim comme factieuse, oui, factieuse. Un d'eux, M. Walter, lomme dont ses relations avec le Timeê font une puissance^ un par saint Hubert que les faisans sont des animaux esseniellement domestiquer, qui connaissent les gardes-chasses, iOBi connus d'eux, ei répondent aux noms qu'on leur a donlés tout cofluse des chevaux ou des chiens. « Cela étant, » 'écria plaisamment le 5fi€ctotor, c les gardes-cfaasses n'auront >as de peine h reconnaître les cadavres de leurs humbles unis, et Texamen devant le magistrat aura quelque chose Tune enquête. Espérons qu'il n'en résultera pas trop de parjures. » Mais là où le bon sens armé de l'invective avait îchoué, le bon sens armé de l'ironie devait échouer aussi. 1.0 23 juillet, le bill, après avoir été voté d'enthousiasme )ar la Chambre des Lords, fut discuté en comité par les reîréseutanls plus directs de la nation, de manière à lever lous les doutes sur le résultat final. Hâtons-nous de dire, à 'honneur de lord Hcnlcy et de lord Stanley, jeunes tous les deux et tous les deux grands chasseurs, qu'ils combattirent le projet avec force. Le premier démontra qu'en facilitant la

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préservation du gibier, le bill, loin de supprimer le braconnage, ralimenterait de plus belle. Le second adjura ses lègues de ne pas donner au peuple Toccasiou et 4e droii dire qu'au moment de la clôture de la session, et dans temps de détresse inouïe, les membres de la Chsimbre d « Communes n'avait rien trouvé de mieux à faire que de vofc^ une loi pour la protection de leurs plaisirs. Rien n*y 1^^ Non-seulement le projet originaire fut salué, à chaque di\^ sion, par une majorité triomphante, mais la mesure relatir^ au braconnage de nuit fut étendue au braconnage de jour. Tout ce qu'il fut possible au parti libéral d'obtenir se redui^ sît au rejet d'une clause qui soumettait k une inspeclioii inquisitoriale les livres des vendeurs de gibier.

Enfin, vendredi dernier, le Ntght Poaching Act^ sooflus à la troisième lecture, a été définitivement voté.

Et maintenant, que prouve ceci ? Deux choses : d'abord, que la tenure féodale du sol en Angleterre engendre de déplorables abus; et ensuite qu'elle arme les propriétaires ita sol d'un pouvoir politique dont le monopole leur sert i maintenir les abus qui leur profitent.

LA mSÉRE A LONDRES 153

il août.

La misère A Londres.

-Londres, malgré sa police tant vantée, a cessé d*étre une ville qu'on puisse parcourir la nuit, l'esprit distrait et les mains dans ses poches. Il n'est question , depuis quelques jours, que d'hommes à demi étranglés par surprise dans les mes, et dépouillés. C'est ce qui est arrivé, il y a une semaine, h onze heures du soir, tout près de chez moi, et on a pu dter, il n'y a pas longtemps, un membre de la Chambre des Communes qui doit s'estimer fort heureux de n'avoir pas été tné dans Pall-Mall, quartier très-fashionable, et, ce qui vaut mieux dans les circonstances dont il s'agit, très-bien éclairé le soir. Est-ce l'Exposition qui est comptable de cette recrudescence de laides aventures! Il y aurait à le croire, si la province ne fournissait aux chroniqueurs son contingent d'histoires lugubres. Mais, là aussi, le limon ne monte que trop souvent à la surface. Coup sur coup, nous avons reçu la nouvelle de morts inexpliquées, de crimes mystérieux. Le suicide, de son coté, est h la hausse.

Itans les journaux c The suicide mania » est devenu un titre stéréotypé ! Pendant plusieurs mois, une véritable épée de Damoclès, sous forme d'épltre comminatoire, est restée suspendue sur la tête du baron Lionel Rothschild, c II nous faut 500 liv. Si vous êtes d'opinion que votre vie vaut plus qu'une misérable somme de 500 liv. st., faites-nous-le

154 LETTIŒS SUR j/aNCL£T£AR£ (1862)

savoir par le journal. Sinon... h bon entendeur, demimot. A. B. » Ce serait un long chapitre que celui des niéfails, s* il me fallait entrer dans les détails et ne rien omettre; ce qui prouve, soit dit en passant, que, même eu Angleterre, on ne vit pas dans le meilleur des mondes possibles— a plus forte raison ailleurs.

Du crime à Tindigence, la transition est, hélas! aussj naturelle que Test celle de Teffet à la cause. Or l'Angleterre, qui est la patrie de Texlrême richesse, est aussi la patrie de Textréme pauvreté. Je doate qu^il y ait, «r le globe, un point où Ton soit exposé à rencontrer la nisire sous un aspect plus hideux et dans un état de dégradatia plus profond.

Je longeais un jour, en conpagnie d'un ami, Vfsmçm comme moi, cette magnifique avenue que bordent, d*uu cité, une rangée de maisons qui sont des palais, et de Tautie et parc de Kensington, le plus beau, je crois, qui suit aa monde. C'était un dimanche. Il y avait, à cette heura-ià, peu ée monde dehors, et, Ik ou oons cbeninions, personie. Je me trompe; car nous aperçûmes, se traînant devant nous à une petite distance, un homme... Était-ce un homme? Oui. Monsieur, celait un homme, être qui, assure-t-on, a été fait à rimage de Dieu ! il était à moitié nu et il marchait pieds nus. Il ne savait pas évidemment que nous le suivions. Tout h coup il s'arrêta, les yeux fixés sur quelque drasequi était là. non loin de lui, par terre, dans la poussière. H s'avançait vers ce quelque cJiose lorsque nous ratteignines.

Nous voyant, il s*assit au bord du cl»e«nin, comnie s'iieîlt été fatigué, et nous le dépassàoacs. c Avez-vous reaurqaé ce malheureux au visage blême? » me dit mon ami. « Ou, » répondis-je, c c'est le spectre de la faim. — Et savez-voos pourquoi il s'est arrêté? — Eh bien ? — U s'est arrêté p<wï

LA HNÈftE A LOKDRES 15r>

nouisser et mafiger une rieiUe écoree d ora^e. — Alloos ioBc ! — Vous allez voir. » Nous nous retountitties htm- IMment. Mon ami avait dît vrai. Vous devisez le reste.

Conédie de mendiant ! s'écrieront peutrêtre des gens qui se croient des téies ferles.. Et quand cela serait? quelle conlilîoB que celle qui force «m homme à jouer une semblable sonédie dans de semblables circonstaBoes, avec un corps de Mfielette et un visage... ce \isage ne sortira jamais de mu néffloire : je le vois encore.

MalBCenant, est-ce là un de ces faits isolés qui ne prouvmirien? Sans doute de telles rencontres sont rares dans les beaux quartiers, dans les quartiers riches. Haïs pour surprendre la misère dans son hideux désb^illé, pas n'est besoin vraiment de Taller relancer dans ses plus infimes reptires. A de certaines époques de l'année, elle sait bien venr aa-4evaot de vous, et pra^l plaisjk* à s'étaler sur vôtres passage.

Dans une de mes précédentes lettres, j'ai raconté comme fM, un beau jour, le banquier américain M. George Pea- My, écrivit an ministre américain, à lord Stanley et autres personnages notables, que la Providence ayant béni ses tranvx, il avait acquis une fortnne qui lui permettait de mettre i la disposition des pauvres une somme de 150,000 liv. st. [3^TS0,000 fr.). Précisément h cette époque, une lettre [uurut dans le Times, constatant un fait qui n'avait rien l'extraordinaire, mats qui, par la manière dont il était préméé, ne laissa pas que de donner lieu k des commentaires iBMf vifs. Un Australien, tout frais débarqué, rencontra dans bC&ésne petite fille jolie comme un ange, qui allait nu-pieds, pleurait i chaudes larmes et grelottait dans ses haillons, car rhîvcr durait encore, et la matinée était glaciale. L'Australien, après avoir interrogé l'enfant, apprit d'elle qu'elle était

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orphetine, eraprès lui avoir donné quelques sous, il s*éIoigDait le cœur gros, lorsqu'il aperçoit un poUceman. Il court èhi et lui montre du doigt l'enfant. Le policeman sourit, hausse les épaules^ et. sans répondre un seul mot, montre à son tour au compatissant étranger une demi-douzaine de petites tilles, moins jolies que la première peut-être, mais cpii, oomme eDe, étaient en guenilles, et grelottaient, et pieoraient. Rentré chez lui, TAustralien n*eut rien de plus pressé «pie d'écrire au Times une lettre où il s*étonnait que taot de misère cùtoyût tant d'opulence, et où il demandait pourquoi Ton n'avisaic pas à envoyer ces malheureuses créatures dans le pays qu'il venait de quitter, pays où il y avail en abondance de quoi les nourrir et les vêtir.

Li ré()ouse parut le lendemain même, signée W. D. B. W. D. R., homme d'un noble cœur et bien connu dans le monde philanthropique pour avoir proposé la substitution d'une taxe métropolitaine des pauvres aux diverses taxes locales. W. D. B. gourmandait vertement TAustralieD pour les quelques sous iiu'il avait offerts à la petite tille, lui faisant observer que, selon toute apparence, il y avait à quelques pas de là, debout au seuil d'un cabare! , (luelque exécrable vaurien qui attendait la remise de l'aumône pour la boire <o»s forme de gin.

Et W. D. B. avait raison, horriblement raison! L'industrie infâme qu'il dénonçait existe; elle prospère; elle jouit des avantages de la liberté du commerce ! Seulement, elle a besoin de l'hiver, du mauvais temps, de la pluie, de la boue, du froid. Alors, en effet, les pauvres petites esclaves que leurs tyrans lancent dans les rues ne peuvent manquer de sonffrir très-réellement, ce qui les met à même de jouer au naturel la comédie de la misère, et conséquemment de prendre nu piège de la pitié les Ames niaises... Mais quoi'

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