UN DEBAT SUR LA CONSTITUTION ANGLAISE
Chambre des Lords et soumis à sa révision article par ar« licle; mais Tusage avait été aussi que la Chambre des Lords s'abstint de tout contrôle agressif. Or, Tannée dernière, les Lords ayant rejeté, contrairement à leurs habitudes de réserve financière, la clause qui ubolissaitrimpdt sur le papier, et la Chambre des Communes ayant rétabli cette clause dans le budget de cette année pour obéir à Topinion publique, qMi, de ce côté du détroit, est souveraine, un conflit entre les deux Chambres paraissait inévitable. Qu a fait M. Gladstone? Dans Tespeir de prévenir une collision, il a, ainsi que je vous Tai déjà mandé, envoyé à la Chambre des Lords le budget en bloc, lui donnant ainsi à voter Ten^emble, pour soustraire h une discussion dangereuse un article que les Lords ne sauraient ni admettre directement sans sacrifier leur dignité et peut-être leurs convictions, ni rejeter une seconde fois sans exposer TÉtat h une secousse.
Par malheur, un expédient n*est pas une solution.
Les conservatistes ont poussé les hauts cris; ils ont dénoncé les efforts de M. Gladstone pour conjurer le danger d'une lutte, comme une violation, h la fois audacieuse et hypocrite, des prérogatives d'un des trois pouvoirs de l'État; ils ont cité des précédents, ils ont invoqué la logique; ils ont demandé avec aigreur s'il n'était pas dérisoire de présenter h la révision des Lords ce qu'on prétendait les empêcher de reviser; ils ont affirmé que le droit de rejeter le tout impliquait le droit de rejeter la partie : que dire encore ?
M. Uorsman, un des plus vigoureux orateurs du parti et son représentant le plus âpre, s'est tout à coup posé en novateur, pour mieux servir en cette occasion la politique conservatiste. On parlait de précédents : la Chambre des Lords les avait en sa faveur; mais quand bien uiéinc il en serait autrement, la question était de savoir si le contrôle
Vi LETTRES SUK l\%!CCLETEIIE ^««T)
finaorier de la Chambrtr «les Lord> étail, oui on mm. ronfoiTiie à I*intérét public ! Fallait-il lionc >e pétrifier à ce point dans le coite dn passé — à supposer que le passé se pronoDcàt yi contre lesljntls, — qu*oi eu viut à soustraire svstématiquement à la isarantie d*un double examen une branche atissi importante de la lé^slation que les Iniances? Peu s>n est fallu, en vérité, que. dans les transports de son zèle conservatiste. M. Horsman ne s*écriât : c Si votre Constitution rlot'lie, redressez-la. — Si Dieu n'existait ps, il faudrait l'inventer! »
A tout cela le parti opposé répond :
< Que si Tusage s*est introduit de soumettre à h Chambre des Lords l'exanen du bud«ret article par article, la Chambre des Lords ne s'était jamais avisée de prétendre au partafce de la souveraineté en matière de taxation ;
« Que sa décision de Tannée dernière ayant révélé les mconvénients de cette pratique, il était devenu nécessaire d'y couper court;
c Que le droit, pour la Chambre des Lords, d'examiner l'ensemble du budget et de le rejeter avait un caractère purement politique, et lui était accordé seulement conmie moyen de censurer ou d'arrêter, en cas de besoin, la marche de l'administration ;
€ Que si, au contraire, on lui reconnaissait le droit de faire porter sa révision sur chaque article séparé du budget et de le modifier à sa guise, son intervention, au lieu d'être politique, deviendrait financière, dans le sens le plus absolu du mot;
c Qu'il y aurait à cela péril immense;
€ Que rien ne forçant les Communes i accepter, lorsqu'il leur serait renvoyé, le budget quil aurait plu À Tautre
UN D£BAT SUR LA COIRSTlTLTlOlf ANGLAISE 51
Cbambre de modifier, d*eflroyâbles tirailleraents poumient s'ensiii?re;
€ Que ces liraillemeote, toujimrs ii redonter, !e seraient I^BS parliculièreaieat à propos de cette qaestioii du budget, qui n'admet pas de délai, parce qu'il faut que rÉlatvivc;
€ Qu'il y a tentative flagrante d' usurpation dans les prétentions récemment élevées par la Chambre des Lords, ou en son nom ;
w Que la Chambre des Communes, en Angleterre, a toujours eu dans son domaine particulier le vole des impôts, élue qu'elle est par le peuple,' qui les paye, et qui saura bien, pour peu qu'on pousse les choses n bout, soutenir ses représentants. »
Tel est, monsieur, le très-snrxînct, mais très-fidèle exposé de la question dont se préoccupent en ce moment les espriUi ^ pensenC.
ICesl-il pâs biea corieux qu'on en soii encore à swoir à fÊoi s'en teair, dans ce pays, sur uo point de «ette importance? N'est-il pas étrange que les hommes d'État d'Angleterre ae soieat poiiil arrivés plus tôt h se mettre d*accord sur la uature, réteBdue, les conditions et les conséquences logiques des prérogatives respectives des deux branches de h légidatttre? A esteodh^e MM. Disraeli, Horsman et autres dire : « La Consdtutiôa est ceci », alors que MM. Gladstone. Bright et autres jurent leurs grands dieux que la a Consti*tution est cela » , ne croirait-ou pas que la Constitution britanaique est d'hier? Il est vrai qu'elle n'existe }»s, rédigée et eoMiensée eu brèves, en claires formules. C'est une affain^ d*usa^ ii*opimoo, de tradition, de précédents, que saisje? Encore y a-Cr-il ées préoédeats pour et des précédents contre, ainsi que les récents débats Tout assez prouvé.
Coaune j'aurai à vous entretemr des suites de cette grande
querelle, si elle se prolonge et s'enveuime au point de passionner Topinion publique, j^ajourne les considérations qu'elle suggère sur la valeur du système bicamériste, et sur ce que présènle d'artificiel le mécanisme de la société en Angleterre.
Le due de Bedford»
C'est dans le courant de la semaine dernière qu'ont eu lieu les funérailles de François, septième duc de Bedford, frère aine de lord Joim Kussell et chef de l'illustre maison de sou nom.
11 existe près de Caen, si je ne me trompe, un village nommé Roussel. Or, il y a quelques années, le curé de ce village, en train de quêter des souscriptions pour une cloche d'église, n'hésita pas à s'adresser au duc de Bedford, se fondant sur ce que le village en question était le berceau de la race de sa seigneurie. Le duc lit plus et mieux que souscrire : il donna la cloche en cadeau au bon curé.
Cette anecdote dit tout sur l'antiquité de la maison Russell et sur son origine. Le fait est qu'elle remonte à Guillaume le Conquérant et date sa prospérité du pillage des monastères; — ce qui n'est pas un mince mérite dans le pays par excellence de l'aristocratie.
Je n'ai pas besoin de retracer tous les souvenirs qui se