LE DUC DR BBOFORD
lient h la marche de celte famille de Rwssell à travers Thisloire. Nous y voyons un Russell porter le sceptre au couroiinementde Charles II; mais, en revanche, nous y voyons un autre R ussell exécute comme traître dans Lincoln's-Inn-Fields, pour avoir conspiré contre la tyrannie. On raconte qu'un jour Jacques H, ayant rencontré à Salisbury le père du patriote décapité, et lui ayant demandé conseil sur plusieitrs choses qui lui étaient alors un sujet de souci, le pauvre homme lui répondit avec émotion : « Je suis vieux, sire, et ne puis guère rien. J*avais autrefois un Gis qui aurait utilement servi Votre Majesté. »
Ce qui est certain, c'est que, si Williîun Russell entra dans la conspiration de Monmouth, ce fut en haine des abus de la royauté, et nullement en haine do son principe. Il eût été un (les plus fermes soutiens du trône, s'il lui ciir été loisible de veiller, à ce prix, au maintien des libertés publiques; et c'est là l'esprit qui a caractérisé en général le rcMe politique de ses descendants.
La plus belle oraison funèbre qu'on puisse faire du défiml duc de Redford consiste à rappeler qu'il se prononça fortement pour l'émancipation des catholiques, et soutint lord John Russell, son frère, dans les efforts de ce dernier pour amener le triomphe du bill de réforme. C'était un vrai whig; rien de plus assurément, mais rien de moins.
Sa mort, du reste, n'a pas produit beaucoup de sensation, parce que, depuis longtemps, on ne l'apercevait plus sur la scène. Après y avoir brillé comme membre des Communes, il semblait l'avoir quittée, lorsqu'il était entré à la Chambre des Lords, qui n'entendit jamais sa voix, comme si, en changeant d'atmosphère, il eût fait pacte avec le silence! Encore faut-il ajouter que, dans ses dernières années, il paraissait avoir rompu même avec ses habitudes
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de politiqne maette, vivant en geotiUiooime de campa^e* ne faisant sentir son influence autour rie Wobum, sa résidence, que par les cottages (}u'il Iiitissait pour les paysans de son domaine, et, soit fatif^e da bruit, soit unniestie, soit dévouement fraternel, laissant à loni John le soin de personnifier Téclat historique de leur maison. Toutefois, pour être silencieuse et cachée, son influence sur les affaires publiques n'en était pas moins considérable. Mais on regrette ' rarement la mort des hommes dont la vie n'a pas fi^it ee tapage qui, si souvent, usurpe le nom de renommée.
1« juin.
Les rovraes d'
Les courses d Epsom !
Comment pourrais-je vous entreteninrautre chose, vivant comme je fais en pleine ville de Londres, et respirant l'air qu'on y respire ! Qui donc s'est avisé de savoir qu'il y a eu, «•elle semaine, une nouvelle passe d'armes entre lopposilton et le ministère; que l'interminable question de l'impiU sur le papier a été reprise de plus belle ; que Texistcme du cabinet a été un moment en suspens, mais «pie le conservatisme, pesé dans la balance parlementaire, s* est trouvé trop léger de quelque quinze voix? M. Gladstone et son budget, M. Disraeli et ses prétentions, les chances de ceux qui ventent
L£S COURSES d'ëPSOU 55
arriver, les daogers de eeu% qui veulent rester, la Chambre des Lords, la Cbaiabre des Communes, Tintérét des contribuables, le sort de la Constitutian, la politique... AkL il s'agit bien de tout cela, vraimenl! Ce qui est à Tordre (lu jour, e est ce qui a donné la fièvre aiUL Anglais tous ces jottrs*ci; c'est ce qui a fait qu un. de mes amis est venu me voir du fond de Tklande ; c'est ce qui a fait qu'un autre de mes amis m'a écrit de Manchester : « Louez-moi» coùxeque coûte, une (Jace sur le haut d'un omnibus; » c'est ce dont chacun parle sans parler d'autre chose au monde, et a'dootje ne saurais conséquemment nie dispenser déparier, c'est ce qu'on nomme ici • le grand événement : TiiE great EVENT > ; c'est, pour tout dire en uu mot, le derby !
Mardi dernier, un homme eu haillons parut à ma porte. 11 portait quelques leurs dans uo panier et me supplia de les ki acheter. L'air de ce pauvre luMnme me tOHelia. Son visage était si pàle^sa voix élait si émue, ses yeux ^iriaient si bien l II avait sans doute laissé au logis une vieille mère oialade, une femme enceinte, des enfauts en peiue de leur pain de la journée : qui pouvait savoir? Il me dit : « Vrai, monsieur, je n'ai pas un farthing, et, demain, c'est la course. » Le moyen de résister h un aussi tragiqiu.' appel ?
Le derby, en efiet, est en Angleterre la fête universelle, la fête par excellence, la fêle éternellement la même et éternellement nouvelle, qui fait vivre d'une seule vie, pendant un jour, les grands et les petits, les lords et leurs laquais, les grandes dames et la fruitière du coin, les hommes d'État, les procureurs, les mendiants, les écloppés, les dévots H les libertins, les sages et les fous , « tout le monde et sa femme », comme on dit ici, < ail Uiê world andhis wife ». Adieu les af£aires ce jour-là, et les travaux, et les soucis, et les querelles, et les ambitions, j'allais ajouter, je crois» et
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les amours! Le Parlement chôme; en thèse générale, ainsi fait la Cité, ainsi fait la Banque, ainsi fait la boutique; riiomme de lettres laisse là sa plume , le peiutre ses pinceaux, Janneton son balai, et milady son roman h peine commencé ; le solliciteur abandonne momentanément sa proie, les politiques cousentcnt à ce que le globe tourne sans qu'ils s'en mêlent, et les pasteurs dMmes envoient leurs ouailles au diable.
J*aime assez le mot de lord Palmerston invitant h Chambre des Communes à se donner nu jour de vacances, h cause de la célébration des jeux Islhmiques^ et je m'assure que les Grecs de l'antiquité n'attachaient pas aux jeux qui se célébraieut à Corinthe plus d'imporlance que les Anglais n'en attachent aux courses d'Epson). Toutefois, autres temps, autres mœurs. Aux jeux Isthmiques, les compatriotes de Périclès allaient voir des hommes disputer le prix de la lutte, du sautf du disque, du javelot, de la musique et de la poésie : les compatriotes de lord Palmerston vont voir courir les chevaux en mangeant du venu froid, car, quel que soit mon désir d'idéaliser la description , je ne saurais négliger cet inévitable détail. II est trop viai que le viu de Champagne, le soda-water, l'aie, le gin, les comestibles, et, après le doux embarras de les transporter, l'agréable fatigue de s'en défaire, jouent le principal rôle dans les plaisirs de la journée. Pour dire la vérité, les Anglais ne professent en rien la théorie de l'art pour l'art; et ce qui leur plait surtout, j'en ai peur, dans les courses de chevaux, c'est le prétexte qu'elles leur fournissent de boire nationalement et de se donner des indigestions patriotiques. Ceci, en réponse à un certain journal ultra-saxon qui, avant-hier, non content de reprocher aux Français leurs revues militaires^ et aux Espagnols leurs combats de taureaux, félicitait l'Angleterre de n'être accès-