GARIBALDI, VAINCU, BLAME ET ADMIRE
Ole qui pesât d'une manière favorable au peuple italien r les délibérations de la diplomatie : rien de plus. Il est 8 problèmes dont il semble que la solution ne puisse être tée que par une décision hardie. Alexandre ne fut pas nombre des fous héroïques pour avoir eu Tidée de transr le nœud gordien. La commotion électrique que Tltalie Il entière a éprouvée, rien qu*en reconnaissant le son de JL deGaribaldi, sufiit pour rendre au moins douteuse l'imidence, si bruyamment dénoncée, de ses calculs; et certes,
lorsqu'il traversait le détroit qui le séparait de Naples, il 8t rappelé quels miracles avaient jusqu'alors justifié la Kiérité de sa grande âme, n*avait-il pas le droit de dire
pilote : € Ne crains rien, tu portes Garibaldi et sa forle?»
Quoi qu*il en soit de mon opinion à cet égard, je dois oaer qu'elle n'est ici celle de personne. Les Anglais n'ont
qu'une voix pour blâmer ce que l'entreprise de Gari- Idi avait, suivant eux, d'inconsidéré. Mais cela même fait luUiDt mieux ressortir l'admiration que leur inspire le déuement où cette entreprise a eu sa source. Il est intéresit d'étudier l'effet produit par la défaite de Garibaldi sur
peuple qui se pique, avant tout, d'être pratique, et se îèjid en général, comme d'une faiblesse, de céder à des isidérations sentimentales. Ne pas réussir est un grand oœ partout, hélas ! et, sous ce rapport, l'Angleterre n'a Min droit de supériorité à réclamer sur les autres pays.
culte grossier du succès y a, comme en France, des files iiqpibreux, des prêtres tout-puissants, des chaires sores. Et cependant Garibaldi, vainqueur à Aspromonte, Hirail jamais pu recevoir ici des hommages plus passionnés e ceux qui s'adressent à son malheur. Noble spectacle qui Dsole de bien des chagrins !
190 LËTTHES SLR L ANGLBTERRE (igCS)
II est encore un autre point de vue sous lequel il est particulièrement intéressant pour la France d^envisager Tefet produit en Angleterre par les événements d*Italie.
Jusqu'à ce jour, il y a eu ici une classe nombreuse d*koBioes aux yeux desquels roccopation prolongée de Roue a trouvé grâce, à cause des motifs d*ordre public qu'ils mffh saient à cette occupation. Tout en la jugeant contraire a droit des gens, aux intérêts de TEurope, et plus particolièrement aux intérêts de rAngletcrre, ils Texcusaient k deaif sur ce que le gouvernement italien n'était pas encore solidement assis ; sur ce qu*il avait à compter avec la révolutioD, et pouvait être, à un moment donné, contraint de prendre ses ordres ; sur ce qu'il était hasardeux, dans une situtioi semblable, d'abandonner Rome, ce qui eut été laisser k pape, sans protection, à la merci des passions révobtionnaires. Non que le sort du pape inspirât à ceux qui parliieBt ainsi de bien vives sollicitudes ; mais leurs antipathies coBie protestants se trouvaient tempérées par leurs tendaaces comme conservateurs, et, en tout cas , ils ne voyaieit pas de raisons décisives pour combattre h outrance la politique du gouvernement français en Italie. Eux-mêmes n'auraieDl pas pris la peine de piotéger le pape, mais il leur paraissait assez naturel qu'une puissance catholique se crût tenue de le protéger.
Le gouvernement français ne doit plus compter sur ces dispositions, s'il continue à tenir garnison dans Rome. Aux yeux des plus modérés, dans ce pays, la question de roccupation de Rome a entièrement changé de face dep^isTéTénement d'Aspromonte. Que quinze jours s'écoulent encore, et ceux qui conseillaient au peuple anglais de patienter seront les premiers à souffler la flamme. Déjii leur langage est tel qu'on ne saurait, sans vouloir volontairement s'aveu-
GARIRALDl, VAINCU, BLAME ET ADMIRE 191
gler, en méconnaitre le sens et en dédaigner la portée.
Pourquoi, disent-ils, les Français resteraient-ils désormais à Rome? Si le but de la politique impériale était, ainsi [{ue l'ont tant de fois affirmé ses organes, d'abriter le pape en se mettant entre lui et la démagogie, ce but n'est plus à poursuivre.
En s'armant contre l'idole de la nation italienne, le gouirernement piémontais a donné un gage plus que suffisant ie son dessein de maintenir Tordre ; et quant à sa force, fille serait centuplée par Tévacualion de Rome. Si quelque diose était de nature à mettre le gouvernement piémontais es péril, à changer pour lui en défaite mortelle sa victoire f Aspromonte, à le livrer dépopularisé et désarmé aux vengieances de la démocratie remise debout, ce serait précisé- HMOt le refus de rendre à l'Italie ce que Garibaldi lui de- BUiiHiait de se faire accorder k force d'insistance, et ce que le roi de Piémont lui promettait pour prix d'une modération MNiCenue. Si donc la situation se prolonge, il devient manileste que nous nous sommes trompés sur le vrai but de l'ocenpation.
Oui, Monsieur, c'est de la sorte que nous parlent aujourf hni, dans les camps les plus opposés, tous les organes paves, tous les organes importants de l'opinion. C'est là le terrain sur lequel se rencontrent le Times et le Daily-News, • la Saturday-Revieu) et le Specicuor. De toutes parts s'élë- ¥cai des plaintes au fond desquelles j'entends gronder une iienace. On parle de l'absolue nécessité de réclamer enfin pour le principe de non-intervention le respect qui lui est U; OB veut que lord Palmerston avise, et l'on espère qu'il ■visera. Tout ceci mérite qu'on y songe. L'occupation proleugée de Rome vaut-elle qu'on risque de lui sacrifier l'al- Kauee anglaise? Voilà la question.
192 LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l86«j
6 septembre.
■éine sujet.
La sympathie qu*inspire ici Garibaldi vaincu, blessé, ca^ tif, est aussi générale que profonde. Singidière puissance èe Topinion chez un peuple libre ! A la première nouvelle èk désastreux événement d*Aspromonte, le Times^ s*étaitUlé de pousser le vieux cri de guerre : Vœ victis ! Mais Fepinion publique était là. Hier encore, aux yeux de ce joanuii Garibaldi n'était qu'un rebelle fameux, qu'un criminel i pivportions imposantes; il avait, de propos délibéré, faitpiele avec la guerre civile; en haine d'un ministre, — le cnirait-on T — il avait osé désobéir à son roi ; son triomphe eût été la victoire de la démagogie sur la Constitution, et sa défaite, qui permettait aux Turcarets de toutes les nations (h globe de respirer librement, devait être un sujet de publi(|ue réjouissance.
C'est ainsi que le Times parlait hier. Aujourd'hui, qurl autre langage est le sien! Peu s'en faut qu il ne proclane Garibaldi absolument inviolable; il le nomme de son mi nom, c/csl-à-dirc le fondateur de Titalie régénérée; il s'indigne à la seule idée qu'un tel homme ait à paraître d^ vant des juges; il affirme, presque avec émotion, qu'il n'est libre humaine qu'un procès aussi monstrueux ne fît tressail* lir; il détinit le crime de trahison une lutle engagée wntrc
qui a reçu la consécration du temps^ et il s*étonne qu'on ige à appliquer ce mot à un effort tenté pour achever une rolution incomplète; il représente enOn le héros de Varèse mnt au (ribimal qui ne rougirait pas de rappeler à sa barre : iVest à pareil jour que j*ai fait Tlialie. Allons rendre grâce t dieux. »
C*est qu*en effet il y a d.ins les circonstances qui ont lené la chute de Garibaldi un caractère de grandeur ique aiupiel il a bien fallu que, dans un pnys où la pensée . libre, toutes les consciences rendissent hommage. Le siiiier article du Times se trouvait être une note allVeuseînt discordante dans un immense concert, et, en ce momt. Dieu merci, TAngleterre n*a plus qu'une voix pour iiiirer ce grand lion vaincu par une troupe de renar.ls. Car il n*est pas jusqu'aux détails de sa défaite, tels qu'ils mmencent h transpinr, qui ne témoignent de la perfulie de i adversaires. Je ne suppose pas que vous soyez au count de ces détails : ils méritent d*éire connus, («aribaldi ik arrivée Aspromonte, rhorchant Home ou la mort, mais iianl la guerre civile. Un parleuïeutaire lui est envoyé. liy respectant le drapeau qui de loin lui parle du roi, son inpagnon d'armes, et de la paix, il ordonne aux siens de re halte. Délai fatal! Les bersaglicri en profitent pour gra- ' la hauteur, et 1rs garibaldiens, qui ne soupçonnaient pas e trahison, se voient tout à r.oiip cernés. Au nom de Pallaïino, son chef, le porteur du drapeau avait conjuré Gari- Idi de retarder la marche des siens, prière que celui-ci ait accueitlie avec joie, parre qu'elle lui donnait 1 espoir de ivoir pas à verser une goutte de sang italien. M.iis cela !me donnait malheureusement aux bersaglieri tout le temps cessaire pour envelopper le héros. Le défilé de Tiviolo, le les garibaldiens avaient à franchir pour échapper à la
194 LKTTIIËS SIR l'A5CIJETERRE (1i^<2)
rraclle nécessité d'une Intte fratridile, esC en un cKn d'œil oc* cupé par les trou|ics royales. Abirs Pallavkino, onblbnt qn'il ■ivait éié l*aroî de Garib.ildi et son élève dans l'art de ta guerre, somme le uoble giierrk-r de se rendre, somoiaM qui était une insulte; el il urdonne Tatiaque. Le signal de II guerre rivile est (lonnr>, non par riioiirmc de ritalie, nai^ par I homme du lieutenant de Napoléon. Garibaldi, fm patria non timidus mori^ est atteint dès la première dé^ ('harfçe, et reçoit, immédiaremeni après, un roiip de haîon-^ neUc. Il n*était blessé qu*à la jambe, — quel Ita'ien eût fi« le viser au rœur on à la t.He ? — mais il ne pouvait con^ battre. Ses volontaires tiennent fenne cependant ; ils s^J vaient comment on sacrifie sa vie : les ltenui;;lieri araieoi ;ippris comment on donne la mort. Ces dentiers éUiienl \ ,800; mais une armée de 18,000 hommes, répandue dans leseaiîrons, leur assurait un appui décisif. Si ce récit est exact, le grade si vite accordé à Pallavicino est, sur Ténisson deb maison de Savoie, une tache de la nature de celle que Machccth avait sur la main. Tous les flots de la mer ne Teiaeeraient pas.
Et cnmirien Tindigiiation redouble, quand on songe qie. si Garibaldi avait pris li s armes, c*était, après tout, pav ajouter à la puissance de ce prince qu*il avait déjà rendi puissant; pour raflVanchir de la tutelle insolente d'nnd pote étranger; pour le faire libre sur le trône où il Ta mis; pour réaliser les derniers mots de ce programme rikligea comme son testament de mort au moment d*e\é sa résolution suprême : « Vive Tllalie! vive Yictor*E' nucl au Capitole ! » <inribaldi traité eu ennemi, prc rebelle, cerné, trahie abattu, emprisonné, jugé, an par Tordre de Victor-Kiuinanuel, pour avoir voulu, v avoir conquis deux royaumes, le faire couronner au C
w3k MB de c<is exemples d'iogratitude que Shakespeare l'Ufail pis prévus liirsqu'il écrivit le /toi Ltar. Elsi, dans cette affaire, tout est od eux d'un côié, com- ■ tout est sublime de l'autre! Garibaldi avait mcué à fin aotroprlse qui Té^aliit aux plus graudes figures de Thisoife; il oe lui avait fa!lu que le prestige de sa vertu pour ur^Kiber la Sicile à François il; on Tavait vu entrer à N;iples m voiture découverte, presque seul, toute une armée fuyant levMDt lui; plus puissant que Warwick, faiseur de rois, il imt créé la patrie; ses services étaient si grands, qu'aucupe Péeonpeose o*avait été jugée capable de les mesurer; il était 'idole de son pays; le monde entier Taimait, en radmiranl; lepuls qu'il s'était retiré à Caprera, on avait oublié Ciucinlatus; et ce que ChàUaubriand a dit de Napoléon h Sainte- Bélèoe, on pouvait avec bien plus de raison encore le dire de Baribaldi sur son rocher : on l'y apercevait de toute la terre. Que lui restait-il à désirer? Qu'imaginer qui pût tenter, à un point de vue personnel, son ambition, à supposer même ]U*une ambition égoïste eût pu mimter jusqu'à cette âme si haute? Il avait besoin de repos, d'ailleurs. Les fatigues de la j^en^ avaient usé son corps; sa santé Tuvertissait de se souvenir que les tournjentes de sa vie se comptaient par années. Il semblait n'avair plus qu'à s'endormir doucement dans sa gloire. Mais non : l'idée du devoir veillait en lui, aijieote, insatiable, infatig.-ible. Voyant que son œuvre était inachevée; que les abords du trône élevé par ses mains étaient souillés par l'intrigue; que Venise risquait d'être indéfiniment occupée par les Autrichiens; que Jiome continiait d*éire traversée par des patrouilles françaises; que le goovemement de Turin, sous Ratiazzi, était plus complètement soumis à l'influence des Tuileries que les archiducs n*; l'avaient jamais été à l'influence de Vienne; que des torrents
10b LETTRES SUR l'aNGLETERRE (1862)
de sang avaient été versés et des montagnes d'or enfoui» sans autre résultat, pour son pays, que la substitution d*u joug à un autre; et que l'Italie, épuisée par rattente Su dénoùmcnt qui ne venait jamais, était exposée h fflourirài poison lent de la diplomatie , Garibaldi n*a pas cru que toil fut fait pour lui, lorsquMl restait tant à faire encore poursN pays, et, prenant la résolution magnanime de sacrifier i rémanclpation définitive des Italiens, non plus seulement a vie, mais, s'il le fallait, sa gloire, il s'est levé-. Qu'os f (îlise riiistoirc tant qu'on voudra : on ne trouverai dwz aucun peuple, dans aucun temps, un autre exemple de ce dévouement sublime.
LXXXVIIl
septcmlirc.
Al^mc .suîet.
«);jns ma |)ié<:édoulc lettre, j'ai essayé de mettre en relief Ci: que le dernier acte de Garibaldi avait de vraiment sui>liine : ee eôtc de sa eonduile n'a échappé ici h personne; in.'iisce qui, à ma jurande surprise, semble avoir échappé i coût le inonde, ici et ailleurs, c est que cet acte a été non moins intelligent qu'héroïque.
Ocpnis le Times juscju'au Morning Advcrtiser^ depufe i*' Standard jusqu'au Morning Star, depuis la Salurdo}!
jiisqu*au Weekiy Dispatch, il D*est pas un journal |ui ii*aii jugé Tentreprise de Garibaldi folle ; pas un ait déclaré le succès impossible; pas un qui n'ait ilrtir avec une sorte d'effroi les dangers qu'elle attii'Italie, et déploré que, chez Garibaldi, un jugement n'eût pas réglé les inspirations d*un cœur magnamoi, je l'avoue, je ne saurais souscrire aux arrêts de ;esse, qui me parait non moins fausse que vulgaire, grande politique et la petite politique, la grande et prudence. Eh bien ! même après la défaite de Gartue dis-je? surtout après sa défaite, je suis frappé de iment dés seuls élans d'une âme honnête peut sortir il profond.
uoi consistait le plan de Garibaldi? Entendait-il se , à la tête d*une poignée déjeunes gens exaltés, avec )es du roi de Piémout, et, après leur avoir passé sur , courir attaquer les Français dans Rome, pour le de ritalic, mais sans elleT Non. Créer d'un bout à le ritalie une agitation puissante qui, en transpor- [[uestion du ténébreux laboratoire des chancelleries lace publique, déjouAt les manœuvres de la diploontraignit l'intérêt dynastique de la maison de Sa- \ confondre avec l'intérêt populaire ou à se démasjetât la politique impériale dans un embarras de forcer la solution du problème de Rome libre, voilà Caribaldi voulait. Pour lui, il ue s'agissait pas de mais d'amener les ennemis de son pays et leurs s, ou à céder devant la crainte d'un conflit, ou, s*ik lient, h remporter une victoire qui leur fût a jamais
erait-il advenu, en effet, si Garibaldi, comme c'était
son dessein, — et ce dessein, je le montrerai loot ï Yhctk u avait rien de chimérique, — était panneau jusque murs de Rome? L*état de fièvre oii sont les haltibnls Ville éternelle, l^igitation sourde mais incontestable elK.^ rible qui la travaille, Timpatience avec laqm lie l'hiure Aeib délivrance y est attendue, les mille symptômes qui en i^ moignent,. le culte mêlé de vénération et de tendresse qge professe pour le libérateur la forte race des Transtévérius, tout dit qu'à la première nouvelle de Tarrivée de GarihiU. Rome entière eût été debout. Dans cette situaliou, ieprqel de G.'iribnldi étnit-il de marilier vers les Français la haioBnette en avant, le défi sur les lèvres, la menace daos b yeux? de se heurter i\ tout hasard contre les susceptibiKiés faroui hes de riioinme d'épée? d'exalter le courage desT» queurs de Soli'erino par la gravité du péril, en les pbçaBl entre ime insurrection et une bataille? Rien de tel. N a»i(il pas eu soin de Tannoncer lui-même au monde? Ce D*étail pas comme ennemi de la France qu*il comptait se présenter; loin de I;k Aux termes de sa propre déclaration, il serait allé vers les Français Tépée dans le fourreau, les bras teoduSjfO invoquant la sainteté d*un droit inipossible à méconDaitre, en rappelant le souvenir d'une récente confraternité d'armes, en demandant aux libérateurs de Flialie de ne pas souiller leur gloire, en les plaç:mt enfin dans raliernative, ou d'écofr ter la voix de tout un peuple lm|>atient de s'appartenir, w de répoudre par un massacre à Tappel d'une grande nalioa et d'une grande âme.
Qu'auraient fait les Français, dans cette occurrence vraimeni épiipie?
Garihaidi, on peut le croire, savait aussi bien que personne ce dont est capable le soldat sous l'aveugle et dar? loi de la discipline ; mais il savait aussi que la conscience ku-
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ft*esl pas toujours morte sous le drapeau, et qu*en raoce den révolntions s^étaieot accoa]|)Kes, parce que le ildal, enveloppé tout k coup d*uiie atii)os|ihère qui était MiDe diaiiger sa respiration morale, avait senii les annes • échapper des mains.
Tratefois, ii était raisonnable, hélas! de prévoir le cas oii I pareil espoir serait déçu... Mais alors? Le pire qui pût rivera Garibaldi écait de niouiir de la mort d*uo martyr, !■& l'accomplissement de Taction la plus sublime qu'eût jaaisiospiré Tamour de la pairie uni à la religion du devoir. mr ses advers.'iires, au contraire, les conséquences eusseit é formidables. Quel cri d'horreur n'eût iH)iDt poussé TEuipe'! de quelle haine inapaisable n'eût pas été pénétrée iiie âme italienne !
Or il n'y avait, pour prévenir ces conséquences, que deiLX ojens : évacuer Kome ou barrer le passage à Garibaldi. Maintenant, si l'on considère que le premier parti éUiit le al qui fût conforme aux principes, le seul qui fût de nature ralmtr les inquiétudes de TEurope et à noeltre im terme aux igoisses de l'Italie, le seul (|ui fût propre i\ prévenir des cornieatious d'une portée incalculable, Garibaldi est certes bien cusable d'avoir supposé que celui-là serait adopté. Quant à Tautœ hypothèse, comment aurait-elle arrêté le ros de Varèse? Était-il admissible que Victor- Emmanuel uisât sa force, jetât aux vents sa popularité, compromit D honneur, sans autre but que de combattre le plus fidèle ses serviteurs, à la voix d'un gouvernement étranger ? Il y ait à cela un tel mélange d'ingratitude et d'aveuglement, rune partie de l'Europe a pu croire et a cru, jus(|u'au moent où la lumière s'est faite à Asfiromonte, que GaritKitdi Victor-Emmanuel agissaient de concert ! EAj d*atttre part, le vainqueur du roi de Naples, le libéra-
200 LETTRES SUR L'ANGLETERRE (l862)
teur de la Sicile, rhomme qui possédait si bien le secret dtt aventures heureuses, riiéroïque joueur dont la fortune aiiit tant de fois servi et couronné Taudace, Joseph GarihaMi,ie pouvait-il donc sans démence se croire capable d'arriver ï Rome, en dépit de Hattazzi? Qu*on ne prétende pasqiH avait trop présumé de son influence. Les faits sont là. EsM qu*à sa voix toute ritaiie n*a pas tressailli commeàlavià d'un prophète? Est-ce que la Sicile, dès qu'il lui a detnanM d'être h lui, n'a pas été à lui? Esl-ce qu il n'a pas été re(i eu triomphe à Catane? Est-ce que les volontaires ne ml pas accourus de toutes parts sous son drapeau, mettaat ï Fenvi pour enjeu, dans cette grande partie, tout ce qi*ib avaient de plus cher au monde? Est-ce que les équipâtes des vaisseaux envoyés pour lui fermer la route de la Calaln ne l'ont pas Liissé passer, au mépris des ordres du gouwnemenl? Est-ce qu'on n'a pas vu nomlire de rom^tionDair» publics donner leur démission et nombre d'olTiciers déposer leurs épaulcttes pour n'avoir pas à combattre Plialie daas sa personne? Il était seul ou pres:|iie seul quand il a mis le pied sur le sol napolitain, et la nation était si bien avec lui, en lui, que le gouvernement qui la trahissait s'est jugé perd'J s'il no recourait aux moyens à l'usage des tyrannies en péril' villes et provinces mises en état de siège, liberté de la presse suspendue, liberté individuelle violée, système de terreur établi pariout.
11 est vnii (|ue le héros a succombé dans une rencontre, et les s;igesde iriompher. Ils auraient eu autant de raison dese vanter de leur sagacité et de leur prévoyance, si Garibahli, au lieu «fétre atteint d'une balle lancée par une main sarrilég6t avait fait une chute de cheval! Depuis cpiaud, dansriii>toire, un accident sert-il à décider du mérite des vastes combinaisons? Le canon qui tua Turenne, ce canon « cliargé de loul^
(ÊmÊtiéi^j déjoua sans aucun doute les plans de ce grand MiBiDe : que faudra-Uil en conclure cdntre son génie? Mais pioil la défaite même de Garibaldi est peut-être ce qui, en ia de compte, se trouvera le mieux avoir servi sa cause. Si 'lA en doute; qu'on lise tous les journaux libéraux de ^raoce et tous les journaux d'Angleterre, on y verra le détastre d*Aspromonte présenté comme un fait qui rend désor- Dâtt absolument nécessaire Tévacuation de Rome. NapoéOB peut encore différer, soit ; mais il ne peut que différer. tnme est la dette dont Victor-Emmanuel est en droit auoard*hui de réclamer le payement, pour prix de son ami lacrifié et de sa popularité compromise. Oui, le moment rieidra, grâce h Garibaldi, où les Français seront forcés de tiifler Home à elle-même, c'est-à-dire à Tltalie. Ce jour-là, îaribaldi aura reçu la seule récompense qui soit digne de ni et à laquelle il ait jamais aspiré. La restitution de Kome sera sa gloire, et Thistoire dira que Garibaldi, après ivoir don: é au roi de Piémont la Sicile et Naples par ses ricioires, lui a donné Rome par sa défaite.
202 LKTTRES SOR l'aXC1£TERRE (1862)
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Une eanse célèbre.
Encore une cause célèbre ! Encore ud mystère époBvaBtahle à pénétrer après que le juge a parlé, et avant yie k bourreau agis>e ! Encore une preuve tragique de riiccrtitude des jugements humains! Encore un argument décsit contre la peine de mort!
Un crime a été commis à Glascow : qui l'a commis? Entre deux personnes .seulement : une feujme et un vieillard, il J avait à choisir. Le jury, à Tunanimité, a fait son choix. Si, dans les ténèbres qui enveloppent ce crime, nulle biop^
nouvelle ne s'allume, c'est la l'enjuic qui mourra. Mais voici ((ue Topinion puhliiiue. beaucoup moins unanime que le jun lie Glascow, s'émeut, s'agite, gronde en sens divers, et réclame l)ien haiil soîi droit d'intervenir. Les probabilités de part ei d'autre se t'ont contre poids avec une précision liorribloœeDl malliémati(|iie *, le pour et le contre s'entre-détruisent si bien: la balance m Ton a pesé la vie de cette femme et la vie de ce vieillard s'est tenue jus(|u'ici dans une immobilité si terrible, (fue beaucoup trend)l( nt de voir l'innocence succonibei et la société venger un assassinat par un assassinat. Ce qui est certain, c'est ([ue la ville deGlascow, que dis -je H' Ecosse, sont dans un état de fermentalion (|u'aurait h peine pu produire un grand événement national.
UNE Cause célèbre so3
Et pourquoi noD? Est-il une ville prise d*assaut, est-il une bataille perdue, est-il un royaume changeant de maiires, qui égalent en importance le danger que la mort d'uu innocent fait courir à Thumanité tout euiiëie? Car c'est bien Thumanité, r humanité dans son enseuible et dans sa grandeur, que représente, que personnifie, que porte en lui tout individu qui scuflfre d*un acte injuste, quelque petit que ^oil cet individu, et quelque obscur qu*un le suppose.
Laissez-moi donc raconter à vos lecteurs cette lugubre histoire^ Il s'agit de fournir un aliment, non à leur curiosité, mais à leurs meditaiions.
Le vendredi 7 juillet, un habitant de Clascow, nommé Fleming, partit avec sa famille pour une mai>on de campagne, ne laissant derrière Iiii que son père, vieillard âgé de quatre-vingt-sept ans, et une servante, Jessie Mac-IMierson.
Dans la nuit du vendredi au samedi, le vieillard, s*il faut Fen croire, entendit, vers quatre heures du matin, comme les cris d*une femme qu*on assassine. Mais ces cris ayant bientôt cessé, il n*en tint compte. Le matin, a huit heures moins vingt nn'nutes, la sonnette retentit à la porte de devant. C'était le porteur de lait qui Taisait sa tournée d*habituc'e. Le vieillard descendit, ouvrit la porte qui était cadenass(!e en dedans, dit qu'il ne prendrait pas de lait ce jour-!à, et, étant rentré, se mit à parcourir la maison suivait son usage. Car c'était un caractère d'inquisiteur; il ?e plaisait aux allées et venues, il aimait à tout voir. Il ue trouva point la servante : elle avait disparu. Par où avait-elle pu sortir? La porte de devant, comme il vient d*étre dit, était cadenassée en dedans. La porte de derrière, d'après les déclarations ultérieures de M. Fleming lui-même, était en ce moment fermée, et fermée en dedans comme la première, Fermée était aussi la chambre à coucher de la scr-
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vante. Le pavé de la cuisine était humide. II s*y tmovai quelques chemises de H. F!eming, qui étaient tachées sang et qu*il mil de côté.
Trois jours s*écou1èrent. La senante ne reparaissait le vieillard ne s* en inquiéta pas davantage. Il ne fit part rien h ses voisins, avec lesquels cependant il entrait volo tiers en conversation, d'ordinaire; il prépara ses repas^ s*arr:in$r('a de façon à se suffire à lui-même.
Le lundi, arrive le fils, qui, informé de la dispariLî^io mystériouse de Jessie Mac-Pherson, ouvre la chambre j coucher de cette dernière, au moyen d'une seconde clef. Alors se présente un spectacle effroyable. Le cadavre de Ii servante, afTreusement mutilé, était étendu en avant du li(, Ii tête tournée vers la porte. Il y avait des blessures au visage, il y en avait d'autres sur la tête. Les premières, d'après la déclaration subséquentedes médecins, avaienlété soigneusement lavées; il n'en était pas ainsi des seccmdes, qui étaient les plus profondes, celles qui avaient causé la mort,. achevé k crime. Ainsi, le seul aspect du corps racontait ou semblait raconter que la victime avaii d*alM»rd été frappée, puis secourue, puis frappée avec un redoublement de fureur jusqu'à ce que mort s'ensuivît. Y avait-il eu, sur la scène de l'assassinat, deux agents mus ]»nr des motifs opposés, l'un pr(»mpt à secourir, l'autre acharné au meurtre? Voilà ce que le cadavre semblait dire.
Des recherches furent faites dans la maison : il en résulta que «les effets appartenant à la viitime avaient été enlevés, ainsi que de l'argenterie. La police fut a|>p«lée; tous les voisins accoururent; et les souprnns s'étant naturellement diri;^^és sur Flenjing père, (pii était resté trois jours enfermé dans sa maison avec un cadavre, il fut arrêté.
Peu de temps après, les investigations de la police ame-