UNE CAUSE CÉLÈBRE
èreot la découverte de Targenterie volée dans la nuit du 7 u 8 juillet. Elle avait été mise en gage par une femme du om de Uac-Lachlan, qu'on sut avoir été Tamie de la per- Duoe assassinée. L*enquéte fut pounuiivie avec activité, et ientôt il demeura établi que, le vendredi 7 juillet, niistress [acrLacliIan avait quitté sa maison, en annonçant qu*elle llail voir Jessie Mac-fMierson, avec qui elle avait eflectivelent passé la nuit du«7 au 8, n'étant rentrée chez elle qtie r9, Ji neuf heures du matin. 11 fut prouvé, en outie, qu'elle orlait, lorsqu*elle reg.igna sa demeure, une robe qn*on ne li avait jamais vue, et qu'elle se hâta d'envoyer chez le iinlurier. Ce n'est pas tout : dans la même journée, elle aya son loyer, relira plusieurs objets que son extrême dé- "essc Tavait forcée de mettre en gage, et tit diverses emlettes. Enfin, et pour tout dire, on trouva dans un champ h elle avait été aperçue, des lambeaux de vêtements teints e sang, et qu'on reconnut avoir appartenu,*quelques-uus à I victime, les autres à elle-même.
C*était plus qu'il n'en fallait pour l'accuser. Dès ce moment r.is les soupçons se détournèrent du vieux Fleming pour se orler sur elle: on l'arrêta.
Dans l'interrogatoire qu'elle eut à subir en particulier deaot le magistrat, interrogatoire qui, en Ecosse, précède la lise en jugement, elle expliqua d'une manière fort peu sasfaisante les diverses circonstances qui s élevaient contre le. Elle tenait, dit elle, fargenterie, du vieux M. Fleming, li l'avait chargée de mettre en gage cette argenterit*, eu lui >aDant pour sa peine quatre livres sterling; et, quant aux itemcnts de la victime trouvés en sa possession, ils lui raient été envoyés par Jessie Mac-Pherson elle-même, pour Telle les fit raccommoder, et elle n'avait cherché à s'en iUdve que parce qu^i la nouvelle du meurtre, elle s'était
206 LETTRES SUR L*ANGLETERRB (l8G2)
naturellement jugée compromise par le seul fait d'un tragique dépôt. Ridicule système de défense! Quel jwy aurait pu s'en contenter? Celui de la décision duquel misires Mac-Lachlan dépendait nMiésiCa point à se prouoncer conte elle.
Mais la sentence de mort n*étâit pas encore rendue, qu^ii incillent extraoniinaire est venu tout à coup changer la faee de la question. Il s*est trouvé que les déclarations de i'aeoh sée uri venaient pas en réalité d*elle: elles lui avaient été suggérées par son avocat; elles constituaient un système de défense qui lui avait été en quelque sorte imposé. Sa déclaration h elle, la déclaration spontanée qu'elle avait faite avant le procès, et sans rien savoir des circonstances ifo'l mettrait en lumière, était que, dans la nuit du 7 au 8 juillet, Fleming père, étant dans la cuisine avec elle et Jessie Mae- Pfaerson, avait fait à cette dernière des propositions indécentes; que ces propositions avaient été repoussées avec rudesse; que le vieillard, homme très-vigoureux de corjis et d'esprit, était alors entré en fureur; qu'une querelle vîoleite s'était élevée entre la servante et le maître, et que, profitant d'une courte absence d'elle, Mac-Lachlan, Fleming avait frappé à plusieurs reprises, avec un instrument tranchant, la malheureuse Jessie. L'accusée assurait avoir, à son retour, couru nu secours de la victinie. Elle lui avait lavé le visage. Elle voulait aller chercher en toute hâte le médecin. Mais alors, selon la même déclaration, le vieillard, troublé, éperdu, hors de lui, aur;iit achevé la victime, pour couper court à toute idée d'appeler le médecin, et aur;iit dit au témoin involontaire de ces horreurs : « Si vous révélez ce secret, vous êtes perdue sans ressource. Ce qui vient de se passer, personne ne Ta vu, si ce n'est vous et moi. Songcià votre position sociale et songez :i la mienne. Si j'afùnne que
UNS CACSK CËLKBRK 207
itaX TOUS qui avez tué cette femme, ou me croira ; et qui usas croirait si vous osiez me désigner comme le meurtrier? iToIre saiut est dans le silence, et n*est que là. Emportez m effets, emportez cette ar<;enterie, pour (|ne la cause du Benrtre puisse être attribuée à un vol. Vous avez un mari, «lis avez un enfant :iu berceau, vous êtes dans la misère : da vous aidera à vivre^ et nous serons sauvés tous les leas. »
Ce récit, fait par l*accusée spontanément et tout d*abord, Teat fias en lui-même absolument dénué de vraisemblance, (uod on considère que c*est le seul qui rende intelligible plusieurs circonstances, sans rela impossibles à expliquer, ii, en effets c'est Fleming qui a commis le crime, on conçoit ttiqH'li un certain point qu*il ait voulu en cacher le plus ongtemps possible le résultat, pour donner à Mac-Lacblan e temps d*en faire disparaître, les traces. Cette supposition M, en outre, la seule qui s*accorde avec Taspect que prévalait le cadavre. Entre les premiei*s et les derniers coups wnésh la victime, qui avait lavé le visage? Qui avait essayé la panser les blessures ? Était^il possible que Li mi^me main sAt administré les secours et consommé le meurtre? Imm^ liatement après, la cuisine avait été nettoyée et mise en mire; le corps avait été traîné de b cuisine à la chambre à iaacher; Tinstrument de mort avait été lavé; des couvertures MnHées de sang avaient été pliées avec soin : comment soaiprendre, si Mac-Lachian était coupable, qu'elle eût passe loa temps à faire tout cela? Et dans quel but? Comment MBpn*ndre qu'au lieu de profiter des ombres de la nuit Nwr fuir, elle eût attendu le grand jour? Commeut comireadre même qu'elle eût pu sortir de b maison avant huit leares moins vingt minutes, sans la connivence du iieîlard, puisqu*à ce moment les deux portes par oii elle avait
208 LKTTKKS SUU L* ANGLETERRE (l862)
à s*échapper étaient fermées en dedans Tune et rau(re?DD passage bien frapp:int de la déclaration de TacciKée est celui-ci: « Quand M. Fleming eut ouvert à riionoiDe qn portait le lait, il rentra n*ayant rien à la muin et ayant refiué d*acheter du lait ce jour-là. » Comment comprendre qie Mac-Lachlan eût deviné un pareil faitT Elle était doocdau la maison quand le porteur do lait a sonné ; et, si elle était dans la maison à celle heure, qu*en faudrait-il conclure? Ce (|ui est h remarquer, c'est qu'il n*est pas une des circonstances révélées par le procès qui ne cadre avec les afiimulions contenues dans la déclaration faite, avant le procès, par Taccusée.
Mais, d*un autre côté, est-il admissible qu'un vieillirdde quatre-vingt-sept ans, quelque vigoureux qu'on le suppose, ait été conduit h un meurtre par les motifs que Mac-LacUa allègue? S'il est vrai qu'il ait entendu, à quatre heures do malin, dans la nuit du 7 au 8, les cris d'une |)ersoDne Ci détresse et qu'il ne s'en soit pas ému ; s'il est vrai qu'il soit resté trois jours sans avoir l'air de s'apercevoir de la disparitioi (le sa servante, ne poul-on mettre de semblables faits sor le compte de cette apathie qui est un des traits caractéristiques delavieiilesseï
Reste a ex[)li([uer, dans l'hypothèse du meurtrr commis par Mac-Lachian, son lonj; et absurde séjour dans le lien témoin de son criu)e ; reste à expliquer le soin qu'elle prend à en effacer les traces dans la maison même, sans que son intérêt l'y pousse, cl au risque d'éire découverte; reste ii expli(|uer enlin celte circonstance singulière: les deux portes fermées ou dedans, à huit heures moins un quart du matin, alors que le vieillard était sur pied ei avait parcouru la maison. Eu revanche, que de présomptions à la charge deMacr Lachlan! Fleming n'avait pas besoin d'argent; elle, an