UNE BATAILLE DANS STDB-PARK
5 octobre.
Une bataille dans Hyde-Park.
meure à quelques pas de Hyde-Park, et j'en reviens. ieux speclade, juste ciel ! Et quelle bataille odieuse !
parc immense, consacre d'ordinaire aux promeneurs s et qui, même à l'époque où la vie surabonde dans la y n'est animé que par de brillantes cavalcades et par tnte émulation des attelages somptueux, il s'est passé 'hui des scènes à faire frémir. Figunîz-vous près de vingt-dix mille hommes rassemblés, et tous vivement ies mêlées furieuses; des combats corps h corps; des brisés à coups de bâton; des groupes effarés de
se précipitant les uns sur les autres ; des femmes ées et foulées aux pieds; l'habit du citadin, l'uni- [u soldat, la veste de l'ouvrier, les haillons du pauvre, )ndant, emportés dans le même tourbillon ; et, à côté i meurtris pour avoir crié : Vive Garihaldi l des eurtris pour avoir crié : Fiue le Pape! Tel se pré- Hyde-Park, il y a une heure à peine, lurquoi? Parce que probablement notre civilisation, té^ n'en a pas encore fini avec le démon des guerres ses ; parce que le nombre est grand encore des idiots irdent comnie œuvre sainte d'égorger leurs voisins.
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pour le compte de Dieu ; parce que la brutalité est fille de rignorance et que Tignorance est couvée parla superstition; parce que la papauté a pour représentants dans Londres une foule d'Irlandais abrutis qui, même dans les repaires où récume de la population bouillonne, forment Técume de cette écume ; enfin, — et c*est là ce qui est à la fois le plus important et le plus triste h signaler, — parce qu'il dépend d*un seul homme, en Europe, de tenir les esprits en suspens, de prolonger indéfiniment les inquiétudes nées d'une situation ténébreuse, de changer par l'impatience ces inquiétudes en colères, et de faire de Toccupation prolongée de Rome une source d'agitation pour le monde.
Déjà on avait pu apercevoir, dimanche dernier, k Hyde- Park, le point noir qui annonce la tem|)éte. Un tranquille meeting d'ouvriers anglais, réunis pour témoigner hautement de leurs sympathies à l'égard du héros d'Asprornoote, avait été assailli violemment par une armée d'Irlandais déii^ueuillés, mais munis de gros bâtons. Il y avait eu des coups échangés, un grand déploiement de fureur, de nombreuses blessures. C'était le prélude. Aussi des rumeurs sinistres avaient-elles couru pendant tout»» la semaine. Un engagement pins sérieux (Hait annoncé. Que dos efforts aient été faits pour le prévenir, c'est certain ; mais la nouvelle répandue p.irmi la classe ouvrière, que les Irlandais se vantaient, dans leurs repaires, de pouvoir empêcher par la force la manifestation de sympathies contraires aux leurs, cette nouvelle nvùt profondément irrité les âmes. Aujourd'hui donc, an lien de se rassembler, h Hyde-Park, au nombre de cinq ou six mille seulement, comme dimanche dernier, les ouvriers anglais y étaient accourus au nombre de quarante ou cin- (jiianle mille, sans compter tous ceux que la curiosité attirait. De leur coté, les papistes s'étaient comptés, s'étaient
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armés, se tenaient prêts. Qui les avait enréginaentés ? Ce qui est sûr, c'est qu*ils ont paru agir en vertu d*une organisation préalable : e*est en masse serrée, c'est en se touchant les coudes, c'est à la façon d'un régiment en marche, ^*ils se sont rendus là où sont arrivés sur leurs pas le dé- MNrdre et le guerre. Un tertre, formé de décombres, et ]iii, dimanche dernier, avait déjà servi de tribune aux orateurs du meeting, et, par suite, de champ de bataille, est le point vers lequel se sont dirigés, aujourd'hui encore, les efforts des assaillants. C'est là principalement que les défen- Ufurs de la religion sont venus la servir à coups de poing, I coups de pierres et à coups de bâton ; c'est là qu'il y a eu 6 plus de visages mis en sang et d'os fracturés.
Jamais citadelle ne fut attaquée avec plus d'emportement \t défendue avec plus d'obstination ; jamais position stratégique ne fut plus souvent prise et reprise. On eût dit que la iivtune de Rome pontificale était attachée à la possession de M amas de débris, auquel, pour le rendre historique sans lonle, on a donné le nom de Redan ! Le point d'honneur nilitaire s'en mêlant, des soldats aux gardes sont accourus et NBt pris part à l'assaut, au milieu des acclamations enthouàasles du peuple. Inutile d'ajouter que de nombreux détaliements de policemen ont été envoyés sur le théâtre du lésordre, où ils ont fait preuve de beaucoup d'intrépidité et le sang-froid. Mais leur intervention n'a pas empêché le ang de couler. Ou parle d*homme$ tués. Beaucoup ont été ransportés dans les hôpitaux, dans un état qui fait craindre [n*ils n'y meurent de leurs blessures. C'est, du moins, ce ue j'ai entendu dire en regagnant ma demeure, après avoir ssisté à cette bagarre d'assez loin pour ne pas m'y trouver nveloppé. S'il est vrai que la voiture du cardinal Wiseman it été aperçue roulant le long du parc. Son Éminence a dû
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gémir, ainsi que tous les catholiques intelligents, de la hvm dont la cause de l'Église était soutenue.
Les ouvriers anglais partisans de Garibaldi auraient sans nul doute agi avec sagesse s'ils s'étaient abstenus de ce meeting en plein vent, surtout lorsqu'il était h peu près certain qu'il en résulterait un conflit sauvage ; mais, après fout, ils étaient dans leur droit. Non-seulement les meetings en plein vent sont autorisés en Angleterre, mais on peut dire qu'ils y font partie de la vie publique. Il n'est pas de pare ici, pas de jardin public, pas de grand emplacement, où, le dimanche, on ne rencontre des groupes formés tuteur de quelque prédicateur bénévole qui, monté sur une chaise, explique la Bible aux passants et leur prêche la religion à sa manière. C'est un reste des habitudes engendrées parFesr prit de la réformation, e Tout homme est prêtre, » disait Luther. Place donc à quiconque se juge capable de prédier, et place à quiconque se sent l'envie d'entendre prêcher ! S les Irlandais tenaient à opposer manifestation h manifestation, rien ne les empêchait de faire pour le pape ce que les ouvriers anglais avaient résolu de faire pour Garibaldi. L'espace, dans Hyde-Park, ne leur aurait pas manqué. Ils y pouvaient tout h leur aise dresser autel contre autel. Personne, assurément, n'eût trouvé mauvais, dans ce pays de liberté, qu'ils décernassent au pape la palme du martyre, et à Napoléon le litre de sauveur de la religion, placée par lui, ('X)mme chacun sait, sous Tédifiante protection des baïonnettes. Ils auraient même pu dire, sans qu'on songeât le moins du monde à leur fermer la bouche, que les États de l'Église sont les mieux gouvernés qui soient sur la terre. Mais non : à ces pauvres esclaves d'un grossier fanatisme, il a paru beaucoup plus simple de réfuter par des coups de bâton les arguments de ceux qui ne pensent pas comme eux.