‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 119 sur 169 · LE VAINCU D*ASPROMONTE ET LES ANGLAIS · texte numérisé non relu

LE VAINCU D*ASPROMONTE ET LES ANGLAIS

ièssioii est de prêcher le culte pacifique de TÉvangile? Et tout ne s*est pas borné à des discours. L'Angleterre a voulu contriboer, par un de ses enfants, à la guérison du blessé. L'envoi du docteur Partridge à la Spezzia est un fait caractéristique. Des souscriptions ont été ouvertes et aussitôt raDfdies. U n'est pas d'ouvrier à qui l'on risque de demander €0 vain son obole dès qu'il s'agit de Garihaldi ; et, s'il le fdlait, il aurait, lui aussi, son denier de saint Pierre.

Toutefois, si l'entraînement est général, il y aurait exagération à le dire universel. L'Angleterre a, comme la Grèce antique, ses paysans que la sagesse d'Aristide importaœ, et qui s'ennuient de l'entendre appeler « le juste. » Mais même ceux-là ont grand soin de ne pas heurter d'une manière trop directe le sentiment public. Leur façon de combattre le grand Italien est d'adresser les coups, qu'ils lui destinent à un autre que lui ; ils le frappent sur la tête de Maizini. Ils affectent de le considérer comme une noble nais candide créature qu'ont trompée et que tromperaient encore, le cas échéant, des fauteurs de ténébreuses intrigues. fls le plaignent, sur le ton d'une compassion bien jouée, de n'avoir pas su se préserver des pièges de la démagogie européenne. Ils insinuent que le Comité qui a le plus fait pour Cnribaldi était en majeure partie formé de personnes connaes pour leur attachement à Mazzini : MH. Stansfeld et Tayior, membres du Parlement; M. Ashurst, un des premiers solicitors de la Cité et beau-frère de H. Stansfeld ; M. Mac-Adam, de Glascow, auquel Mazzini a coutume d'écrire toutes les fois qu'une lettre de lui doit voir le jour.

Cette tactique est habile. Mazzini a été tant et si violemment attaqué en Angleterre; Galenga, son plus cruel ennemi, loi a fait, dans les colonnes du Times^ une guerre si rude et si acharnée ; on a si bien habitué le public à asso-

cier au nom de Tancien triumvir romain des idées effirayanl^^ on Ta enfin rendu si impopulaire de ce côté du détroit, le meilleur moyen d*y desservir Garibaldi, c'est de la cause défendue par lui une couleur mazzinienne. Et pendant, il semble que Garibaldi et Mazzini, dans les niers événements, n'aient pas obéi aux mêmes inspirati L'un et l'autre ils veulent sans doute l'unité de TltaU il n'est certes pas surprenant que les partisans du s'intéressent vivement au premier; mais, si je suis bie«» ^ formé, le plan de Hazzini était de diriger sur Venise ki efTorts de la démocratie italienne, et Garibaldi, en meu^çi^ Rome, n'a pris conseil que de lui-même. Mais, je le répète, faire de Garibaldi l'instrument aveugle des desseins i$ Mazzini est un calcul habile.

Aussi avec quel art le Times a rapproché les deux dm» dans ses commentaires sur la dernière proclamatioD de Mazzini ! Quelle bonne fortune pour le Times que la publication d'un manifeste où le itélëbre agitateur déclare ne pi» rien attendre de Victor-Emmanuel; où il somme les répihlicains de rompre définitivement avec un principe, sdon lui, intolérant et intolérable; où il dénonce, dans la monarchie constitutionnelle en Italie, le plus sérieux des obstacles à rindépendance de l'Italie; où il rappelle que l'Italie a dû au principe révolutionnaire, agissant soit d'une manière spontanée, soit par Garibaldi, Florence, Naples, la Sicile, tandis qu'elle serait redevable au principe monarchique, personnifié dans Victor-Emmanuel et servi en ce moment par M. Rattazzi... de quoi? de Nice abandonnée, de la Saroie perdue, de l'état de siège proclamé, et de Garibaldi tombant, à Aspromonte, atteint d'une balle italienne.

Remarquez bien, je vous prie, ce passage de Tarticle du Times : « La ville de Naples a été prise ; la ville de Flo-

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rence a été révolutionnée par un mouvement insurrectionnel, indépendant des troupes royales. Pourquoi Rome ne seraitdie pas prise de la même façon? Qu*un semblable raisonnement ait été fait à la fois par Mazzini et Garibaldi^ rien ne montre mieux h quel danger Tltalie est exposée, et »nibien, de la part du gouvefnement, une stricte vigilance isC nécessaire. »

Ëh bien! que vous disais-je? Voilà le plan de campagne lontre Garibaldi bien nettement dessiné ! Garibaldi et Mazjni, c'est tout un. Si Mazzini est le Héphistophélës de la lémocratie, — le mot est du Times, — (iaribaldi en est le •"âust. C'est bien en vain que le héros de Varèse a écrit sur es drapeaux : < L'unité de Tltalie et Victor-Emmanuel », Dmment la monarchie ne le compterait-elle pas au nombre le ses plus dangereux ennemis, et la révolution au nombre le ses plus dangereux instigateurs, puisque Méphistophélès oppose Faust, et que Méphistophélès pousse au renversenent des trônes et à la subversion de TEurope?

Oui, Monsieur, voilà de quelle façon le Times espère que ;es lecteurs comprendront ce que parler veut dire; et soyez ;flr qu'il sait parfaitement à quelle classe de gens il s'adresse.

Après cela, ne vous étonnez point si la lettre de Garibaldi lu peuple anglais n'a pas trouvé grâce aux yeux du Times. [)*aiUeurs, quel style ! Garibaldi ne pouvait-il donc exalter 'Angleterre, la remercier de son appui moral, lui exprimer sa reconnaissance, sans y mettre cet excès de chaleur et sans se servir de ce langage passionné? Pourquoi ces véhémentes effusions, dont la forme semble empruntée du vocabulaire des démagogues?

Ici encore le Times a en vue un public qu'il connaît bien. Le nombre, en effet, n'est que, trop considérable en Angleterre, dans une certaine sphère, de ceux qui passent leur

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\ie à se défendre d'élre émus. Li sensibilité leur fait mû cœur, el, pour se donner le droit d'en médire à leur aise, la nomment sentimentalisme ou sensiblerie. Si vous écrivain, gardez- vous des inspirations de votre âme; vous appelleront un déclamateur. Si vous parlez eu pul mettez la sourdine à vos discours, et, en fait de gestes, i^>q proeIie/-vous le plus possible du type statue; sans quo^^ j^ vous soupçonneraient d*étre un orateur. Que votre |»^ n'ait pas trop de pulsations, s'il vous |)lâit. Certes, persaoi^ n'apprécie plus que moi ce qu'il y a d'imposant dans la giy. vite des Anglais. La dignité virile de leur maintien, le sé^ rieux de leurs habitudes, le caractère sobre de leur langage, le pouvoir quiLs ont de se contrôler eux-mêmes, sont des qualités devant lesquelles je m'incline voloifliers; mais en* core faut^il qu'elles ne soient pas poussées à l'excès, et qu'elles ne conduisent pas à regarder comme puéril, affecté oi joué, tout ce qui est élan du cœur et abandon. Il senil d'ailleurs absurde, de la part d*un peuple, de préteodre mesurer à son aune tous les autres peuples. Chaque nation a et doit avoir un génie ([ui lui est propre. L'éloqueuce ds Midi ne saurait rtre celle du Nord; un Italieu est assurément très-excusable d'expriu^er ses sentiments avec plus de vivacité qu'un Saxon, et lorsque je vois le Times reprocher à Garibaldi d'avoir témoigné sa gratitude à l'Angleterre ei termes passionnés, il me seujble voir le brouillard»chercli€r querelle au soleil.

Je n'ai pas besoin de vous apprendre, — vos lecteurs soDt déjà au courant de cette affaire, — qu'un grand meeting <• riionneur du vaincu d'Aspronionle devait avoir lieuàGuildjiall; que le lord maire avait d'abord consenti à prêter U salle, et qu'il a ensuite retiré son consentement. Bien futile en vérité, est le motif mis en avant pour couvrir cette rcca-

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de : Garibaldi ayant été amnistié, il n*y avait plus lieu de sauvîT par une manifestation imposante! Comme s'il était jamais agi de sauver Garihaldil Comme si Garibaldi rait besoin qu*on le sauvât I Comme si tous les organes de )pinion publique en Angleterre n'avaient pas répété, laque matin, à leurs lecteurs, que faire son procès à un tel trame était là chose impossible; qu'on ne trouverait jamais un procureur pour Taccuser, ni des juges pour le coniinner, ni mêuie des juges pour l'absoudre ; qu'il n*avait à pondre de ses actes que devant la conscience humaine, et e ton tribunal était la postérité I L'objet du meeting §tait donc pas, il ne pouvait être, de le protéger conbe les lères de M. Rattazzi. La question était placée plus haut, sn plus haut. 11 s'agissait de fournir à l'Angleterre une casion d'exprimer, dans une tribune sonore, ce (|ui est, au jet de la situation actuelle de l'Italie, l'opinion de l'Anglem. Mais voilà précisément ce que craignaient certains phisophes de salon et certains « sages de club, » qui ne comennent pas que la grandeur de l'Angleterre consiste dans pouvoir de dire tout ce qu'elle pense. A les entendre, s profonds hommes d'État, quelques paroles mal sonnantes inîeot pu échapper, sur l'occupation de Rome ou autre ijei délicat, à un orateur mal avisé, et alors... caveant msules! Mais quand bien même cela serait arrivé! Est-ce 16 le prêt par le lord maire d'une salle où se sont tenus nt de meetings divers aurait engagé la responsabilité du >uvemement? Ce bon M. Cubitt, Dieu merci, n'est pas miistre, et la dignité de lord niaire n'est pas de c<'Iles à qui im puisse être tenté de demander des com])tes en fronçant ï sourcil.

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18 octobre.

Les amis du Sad en Angleterre % leur extrême partialité*

Les fédéraux ont-ils bien le droil «le crier, cette fois encore : « Victoire! victoire! » Est-il bien vrai que, le 3 de ce mois, le général fédéral Rosencrauz a battu, à Corinth, les confédérés, commandés par les généraux Pricc et Van-Dom? Est-il vrai qu'il y a eu grand carnage ? Est*il vrai que les confédérés ont pris la fuite, laissant au pouvoir des vainqueurs deux batteries et quelques centaines de prisoDoiers! Voilà ce que nous annonce aujourd'hui le télégraphe. Ibis son langage a beau être aussi clair que le jour et brutalement affirmatif, ce terrible est-il vrai n'en va pas moins faire le tour d'une partie considérable de la presse anglaise. Vous verrez! Oh! si quelque lettre particulière avait dit: « Les fédéraux sont en pleine déroute; les confédérés ont fait merveille; Washington tremble! » le doute ne serait pas permis. Mais les fédéraux l'emporter ! Le moyen de croire à cela ! Je ne sais si le pyrrhonisme étalé par les Anglais amis du Sud toutes les fois qu'il s'agit d'une victoire des fédéraux, est réel ou affecté, mais on n'imagine pas avec quel art, quelle subtilité, quel talent d'analyse, ils dépècent toute nouvelle contraire à leurs espérances! Ils excellent i obscurcir ce qui est clair, à nier ce qui est douteux, à équivoquer sur ce qui est certain, à changer un succès en défaite,

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