X. GLADSTONE ET SIR GEORGE COR^iWALL LEWIS
Itarm a créé une armée, une marine, une nation ! » A les eslendre, c'en était fait : la reconnaissance des États eon- IMérés par TAngleterre allait avoir lieu; la politique du ealnnet, touchant TAmérique, venait de dire son demier mot par la bouche du plus éloquent de ses membres : A bm le Nord ! vive le Sud! Si grande était la joie dans le camp tory, que déjà elle s'exhalait en compliments, se répandait en félicitations : M. Gladstone publiquement approuvé par sir John Packington, et cité avec extase par lord Hardwicke, membres l'un et l'autre du cabinet qui précéda edui de lord Palmerston et qui aspire h le remplacer! c'était là une nouveauté assez piquante.
Hais quoi ! les conservalistes étaient-ils les seuls à triom- I^r? Hélas!^ non, Monsieur. Je crois vous l'avoir dit, et je le répète : les partisans du Sud, en Angleterre, se trouvent ict à peu près partout : dans le parti libéral comme dans le parti couservalisle, dans le Dai7j/-7e/r</r«p/i comme dans le Jïmw, dans les salons, dans les clubs, et même, — quoique en très-petite minorité pour le coup, — dans les ateliers. Oui, chose étrange et douloureuse ! c'est décidément 4b côté des possesseurs d'esclaves, parce qu'ils sont libreédiangistes, producteurs de colon et républicains de mauvais aloi, c'est du côté des propriétaires d'un bétail humain que penche TAnglelerre. Le Nord a ses partisans sans doute; HNds il leur faut remonter la pente, tandis que leurs adversaires n'ont qu'à la descendre. Les sympathies pour le Nord sont digue ; les sympathies pour le Sud sont torrent. C'est ▼fms dire combien les paroles de M. Gladstone étaient allées droit an cœur de la nation, et avec quel empressement on les interprétait dans le sens d'une reconnaissance prochaine 4e» États confédérés.
Mais voici que, dans un discours prononcé à Hereford,
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sir George CorDwall Lewis, secrétaire a Etal pour la guerr^f est venu tout à coup mettre un frein aux espérances que son collègue, à Newcastle, avait si vivement décliainées. Nod content de déclarer que le Sud n'avait pas encore établi son ' indépendance , sir George Lewis a refusé d*admettre que l'Angleterre dût intervenir avant épuisement des forces du pouvoir assaillant.
En faut-il davantage pour prouver qu'à Newcastle M. Gladstone a parlé en son nom seulement ; que le cabinet n'est encore arrivé, concernant l'Amérique, h aucune résolution définitive, et que, s'il renferme un élément aristocratique favorable au Sud, cet élément n'y est pas sans contre-poids?
Reste il expliquer comment M. Gladstone a pu être amené il donner aux uns cette fausse joie et ii inspirer aux autres, ces fausses craintes; car tout le monde avait cherché et c trouver dans les paroles du chancelier de l'Échiquier un< révélation des vues du cabinet.
L'explication, si je ne me tromi)e, c'est le caractère mém de M. Gladstone qui la fournil.
M. Gladstone, en effet, n'est pas seulement un hoinmi d'Etat ; c'est par essence un homme de lettres, un artiste un orateur. De là son goût pour les applaudissements Conmie tous les hommes de lettres, il respire volontiers Te cens qui brûle dans les cassolettes d'une presse amie. Comm * tous les artistes, il a la fibre sensible. Comme tous les ora — teurs, il aime ii voir dans le frémissement d'un auditoire enthousiasmé le témoignage de sa puissance. Avec une semblable disposition d'esprit, un homme qui aurait moins d'élévation dans Fàmo deviendrait bien vite un courtisan vulgaire de l'opinion. Grâce au ciel, M. Gladstone n'en est pas là. Sa droiture le sauve du danger qu'il y a toujours à prêter
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au bruit de la place publique une oreille trop oomplaisante. Mais il n'en est pas moins vr^i que, sans bien s*en rendre compte, il cotoye souvent recueil où des natures inférieures à la sienne ne manqueraient pas de se briser. Nul, plus que lui, ne se plait, quand Topinion publique s*est déclarée, à lui servir d'organe ; nul, plus que lui, n'est disposé h encourager leip: désirs qui se manifestent avec beaucoup d'ensemble et d'éclat; nul ne criera plus volontiers : En avant! h la nation en marche.
Et ce qui lui rend ce rôle facile, c'est qu'il n'a pas de parti pris d'avance. Non qu'il soit sceptique, mais il est indécis. Et il est indécis, je vous Tai déjh dit, à force de pénétration. Son intelligence , moins vigoureuse que subtile, lui fait si bien voir tous les divers aspects des choses ; elle lui montre d'une manière si complète le bon et le mauvais côté de chaque conclusion, qu'entre le pour et le contre il hésite, et se trouve avoir en moins comme fermeté de jugement ce qu'il a en plus comme sagacité. Est-il surprenant qu'il bherche hors de lui, pour se décider et agir, ce qu'il chercherait vainement au-dedans do lui-même? Aussi, lorsque l'opinion publique lui offre un point d'appui, est- il heureux de le saisir, le mouvement général des esprits servant à le rassurer contre ses appréhensions et à lui faire une volonté.
Tout autre est sir George Lewis. Esprit essentiellement critique, froid et raisonneur, le secrétaire d'État pour la guerre est plus porté par sa nature à censurer les entraînements de l'opinion qu'à s'y soumettre. Rebelle aux inspirations de renthousiasme, il n'est pas homme à abdiquer devant la foule, ([u'ellc applaudisse ou (pi'elle murmure, son droit d'examen et de contrôle. Où M. Gladstone déploie le pouvoir d'exciter, sir George Cornwall Lewis déploie le pouvoir de retenir. Où le premier agit comme éperon,
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le second agit comme freÎD. Ainsi que c*est Fosagediei les iioniines indécis, le premier, dès qu'il a cessé dlièsiter, se précipite. Ainsi que c'est Tusage chez k*s boimes froids, le second vent bien ci* qu il veut, et cepeodaflt ne marche à son but qu'avec lenteur et mesure.
Dans la circonstance présente, les deux hommes dont je viens d'esquisser la physionomie ont fait justement ce qa'il était naturel d'attendre d'eux. L'un a parlé le langage de I cntit'iiiienient, Tanlre celui de la |»rudence.
El lord Palmerston ?
Lord Palmerston, Monsieur, n'a rien dit du tout. C'est en vain que, pour le piquer au jeu, on s'y est pris de ïïSk manières ; c'est en vain qu'à SoutliampK)n, lord Hardwicke a affecté de répéter, en Texagérant, la phrase de M. Gladstone qui avait produit tant deffet à Novcastle et ailleurs; lord Palmerston, qui était assis h la même table que M Hardwieke, a fait imperturbablement la sourde oreille.
Ce dernier avait déclaré boire à la santé des ministres, mais non à leur santé politique. Ce trait, lord Palinerstoi l'a relevé avec sa gnielé ordinaire, faisant remarquer que son noble ami et adversaiie n'avait pas à se tourmrnlcr sur les conséquences de son loasl, et que l'air de la ca»- |)a«,me, les plaisirs des champs, l'absence de soucis, le repos, toutes choses incompatibles avec la vie officielle, c<m>lituaient le secret de conserver la santé; mais ce que lord Hardwieke désirait l'amènera dire, il ne Ta pas dit. Delà pari du premier miniNlre, un pareil système de réserve est significatif. Il est clair (pie, sur la question d'Amérique, le cabinet n'entend pas s'en<,^ager.
Mais l'opinion |)ubliqiie ne le forcera -t-elle pas à se décider? Il V aurait certainement lieu de le craindre, si !*•• n'avait deux motifs de se rassurer, savoir : d'une, part ladi^
LA SOUDARITK HUMAINE 239
josîtion du |)euple anglais à laisser agir lord Palmerston^, ioDt la prudence et le courage (pluck) inspirent à tous la [>lii8 grande cimfiance; et, d'autre part, la disposition de lOrd Palmerston à voir venir et à ne pas brusquer les dénoAneots : attitude et politicpie tout à fait conformes h la nature run borame qui ne se passionne pour rien, prend la vie par son coté riant et les choses par leur coté facile, n^ se pique ni de calculs profonds, ni de vues transcendantes, et doit la popularité dont il jouit en Ani^leterre k cette qualité, que les Anglais prisent plus qu'aucune autre, quelque vulgaire qu'elle puisse paraître : « A strong common sensé » (i).
â5 octobre.
Lu solidarité hamaime prouvée par la détresse
du Laneashirc.
Aures habenl et non audienl, oculos habent et non videbunt. Quelle leçon terrii)le que la détresse du Lançashîrc, s'il était au pouvoir des hommes, asservis qu ils sont parleurs préjugés, de profiter des enseignements de Thistoire ! Certes, si jamais il fut prouvé dans le monde que les intérêts des nations, même les plus éloignées les unes des autres, sont solidaires, c*est au moment où nous sommes. Les ouvriers du Lancashire et du Cheshire meurent de
(1) Ub fort bons sens. Note âe Véâiteur.
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faim, parce que loin, bien loin d'eux, par-delà le faste Océan, deux moitiés d'une nation s'entr*^orgent. Ik souffrent, ils agonisent, ils périssent, victimes de fautes qui ne sont pas les leurs, victimes de fureurs qu'ils comprennent à peine. Ils auraient fait, pendant des années .^ entières, le commerce de la chair humaine ;. ils auraient vi d*un œil sec, mille et mille fois, le sang du nègre couler soua^ le fouet du commandeur ; ils auraient enlevé à leurs pour les vendre comme un vil bétail, des milliers d'enfanl que lexpiation, pour eux, ne serait ni plus complète ni pli cruelle. Les coupables sont là-bas, les innocents sont ic^ mais le châtiment est ici comme là-bas. De l'autre côté TAtlantique, le canon ; de ce côté de TAtlantique, la fai<
Et ce qu*il y a de plus horrible à penser, c*est que de ce côté de l'Océan aussi, on peut, en cherchant bien, trou^^-^ des coupables. Mais ceux-là, le châtiment ne les a pas ^m»* core atteints.
Si, après la sijçnature par les principales puissances européennes de cette fameuse déclaration de 1856, qui iendâk à sauvegarder les droits des neutres, et consacrait le principe, si longtemps contesté : le pavillon couvre la marchandise; si, dis-je, après la signature de cet iniportaDl traité, on était convenu que désormais la capture des propriétés privées sur mer par vaisseaux belligérants serait interdite; si Ton était convenu, en outre, que le droit de blocus serait aboli, sauf pour le cas où une forteresse serait assiégée par terre et par mer, la misère tiendrait-elle aajourdMuii à la gorge, dans le Lancashire et le Cheshire,n' demi-million de rréatnres humaines?
Or, ([ne Ton ne roublie pas ; la liberté absolue des «le voilà ce qu'an nom du cabinet de Washinglon, propo M. Marcyi et l'abolition des blocus, voilà ce qu'au nor