‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 124 sur 169 · L.i SOLIDARITE iIU)iAINK · texte numérisé non relu

L.i SOLIDARITE iIU)iAINK

m^ine cabiuet proposait, un peu plus tard, le général Cass.

A ces conditions, rAmérique aurait renoncé à la course et

siurait apposé sa signature à la déclaration de 185<>. Slais

non : le gouvernement anglais voulait bien que la coui*se fût

supprimée, parce que la course constituait en temps de

|(uerre la force des Américains, dont la marine marchande

est considérable et la marine militaire comparativement

nulle; quant au reste, le gouvernement anglais n*eut garde

de se rendre aux raisons du général Cass et de M. Marcy.

Disposant de la plus formidable marine militaire qui soit

au monde, il n*eut garde de renoncer au droit de faire, à

son heure, la police de TOcéan et de soumettre les côtes à

la souveraineté de son pavillon.

C'était ce qu*on appelle, dans le jargon de la politique, être national, être sage, avoir du bon sens. Au fait, la question n*est-elle pas pour un Anglais d*étre Anglais; pour un Français d'être Français; pour un catholique d'être catholique; pour un protestant d'être protestant; et «linsi de suite? Il s'agit bien d'être homme! Croire que la politique est la science des principes n'appartient qu'aux petits esprits. Parlez-moi de ces profonds hommes d'État qui savent se mettre au-dessus de cette sottise : la justice!

Cependant, qu'est-il advenu du refus fait par le gouvernement anglais, même de prêter un instant l'oreille aux propositions de M. Marcy et du général Cass? L'Angleterre a-t-elle beaucoup gagné à cette politique sage, sensée, éminemment nationale? Les résultats, les voici en quelques mots :

L'asservissement de la mer à la rapacité des passions belligérantes ayant fermé au coton américain le marché de l'Europe, la plus précieuse, la plus féconde des industries de l'Angleterre s'est trouvée tout d'un coup frappée au cœur.

242 LKTTRES SUR L*AM;LETERRE (1862)

Dans le dernier rapport de M. Famall, commissaire spédal pour la loi des pauvres, je lis que, sur 352,240 OQYrie^ employés, avant la guerre d'Amérique, dans les districts cotonniers, il en est 143,172 h qui cette guerre a, d'uD6 manière absolue, cassé les bras, le nombre de ceux qui m sont plus occupés (jne très-partiellement s'élevant k environ 129,414. Maintenant comptez les femmes, comptez b enfants, et, comme constatation statistique de la foule des affamés dans les districts ordinairement les plus laborieux et les plus opulents de l'opulente et laborieuse Angleterre, vous arriverez an chiffre effrovable d'un demi-milliotï.

Mais, du moins, est-ce là tout ? Non pas. Ces malheurenx qui aujourd'hui n'ont pas même un morceau de pain i se disputer, ils recevaient, avant cette guerre de Ih-bas, d'excellents salaires, et de leurs salaires dépendait une pipobtion nombreuse de petits marchands qui, k son tour, est ruinée, dé< imée, réduite au désespoir.

Quoi encore ? On a calculé que, depuis le commencement de la guerri» américaine, la valeur des marchandises, —en fi^rande partie an2:laises, — capturées sur mer dépassait ^0 niilllons do livros sterling. Perdre en si peu de temps un denii-milliard de francs, sans compter ce ([ui reste à perdre, ce n'est pas être sai^e à bon marché!

Aussi est-ee du fond du cœur (juc j'applaudis, quanta moi, aux 4'onchisions du discours prononcé vendredi par M. Cobden devant la Chambre de Commerce de Manchester. Avec ce ijjénie praticjiie qui le caractérise, il demande qu'on organise, en l'avenr de la lil)erlé des mers, une agitation semblable à relie de YAnti^Corn'Leagu4i. Dieu l'cnteiKie!

Mais, en attendant, que vont devenir les ouvriers du Uo- «•ashire et dn Cheshire? Cette question, qui serait partont dillicib.» h résoudre, Test en Aniçleterre bien plus que par-

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tout ailleurs; et cela parce qu'il n'est pas de pays sur la ^rre où la maxime Chacun chez soi, chacun pour soi ait plus d*empire.

Les habitants des districts cotonniers souffrent, c*est bien certain, d'un malheur qui résulte de causes générales et an- <piel il semble conséquomment absurde d'assigner un caractère purement local. En réalité, c'est un malheur national, -^i national dans ses effets comme il l'est dans ses causes. Pourtant, chose singulière, l'idée dominante ici est que c'est aux districts qui sont accablés par la crise n lui résister de leur mieux. Le calme courage, la pntience, tranchons le mot, rhéroïsme que déployeul les ouvriers du Lancashire !MHit Tobjet de l'admiration générale; la nation est fière d'eux ; elle le dit par tous ceux qui lui servent d'organes : membres du Parlement, prédicateurs, orateurs de meetings, journalistes; mais la nation, qui admire ces infortunés, ne se croit pas, comme naticm^ tenue de les secourir. C'est l'affaire des taxes de paroisse. Et voulez-vous savoir ce que rapporte en ce moment le secours ainsi limité? Trente sous par personne et par semaine, en moyenne !

n faut donc qu'avec trente sous par semaine un être à face humaine trouve moyen d'avoir sa nourriture, son vêtement, son gîte. Et l'hiver approche! Et les pauvres gens auxquels on permet de compter sur cette misérable j^tance sont des ouvriers qui, accoutumés, comme je le disais plus haut, à recevoir des salaires élevés, ont connu, dnon les jouissances du luxe, au moins les conforts de Tai^ sauce! Ils n'ont donc pas épargné pour les mauvais jours? — — Pardon; mais voilà longtemps que la crise dure; leur» économies ont été dévorées; leurs meubles ont été vendus; leurs effets ont été mis en gage; ils sont tombés dans la situation du pauper, en conservant, pour mieux savourer

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rhorreur de leur détresse, l'Ame de rhomme libre ! Ou leur donne donc à chacun trente sous par semaine, comme si mourir à petit feu n'était pas mourir! comme si alimenter leur agonie suffisait à l'observation de ce principe, solennellement admis par la nation anglaise, qu'un homme qui, voulant travailler, manque de travail ne perd pas pour cela soo droit à la vie !

Au nombre de mes amis, je suis heureux de compter ^ M. Monckton Milnes. Cest un homme dimagination, ui^ homme d*esprit, un homme du monde; mais, ce qui vau'^ mieux que tout cela, c est un homme excellent. Eh biei dans un meeting tenu à Pontefract mardi dernier, en vue ces pauvres affamés du Lancashire, M. Monckton Milnes, (f^^ plus que personne compatit à leurs souffrances, n'a pas bi site à se prononcer contre tout système de secours nation.

C'est là un fait caractéristique. Que la bienfaisance fïivée intervienne, et qu on Tencourage, et qu'on la stimule, M. Monckton Milnes le désire ardemment; qu'on ne laisse pas mourir des hommes qui ont bien mérité de la vie, il /a demande avec une sorte de ^'énéreuse angoisse; mais queie i^ouvernement tasse plus qu'il n'a fait jusqu'ici, à moins qu'il n'y soit forcé, absolument forcé, c'est à quoi M. Monckton Milnes s'oppose. Le principe sur lequel repose la législation des pauvres serait violé. A chaque paroisse de nourrir ses pauvres! Cependant la nation intervint lors de la famine irlandaise. N'importe ! M. Monckton Milnes ne veut pas qu'on s'autorise de ce précédent. Étrange est la raison qu'il en donne. La famine irlandaise, selon lui, était un malheur passager, tandis que la crise qui pèse sur le Lancashire menace d'avoir des résultats permanents. Ils seront permanents, en effet, les résultais de cette crise, si l'on n'y prend ((arde. Les morts ne ressuscitent pas.

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