M. GOBDEN ET LE DROIT UE BLOCUS
n*y est envisagée que sous une de ses faces el d'une manière trop étroitement pratique. Ainsi que tous les hommes qui excellent à manier les faits, M. Cobdcn est porté à ne pas tenir assez compte des principes, et, même en prêchant le cidte des idées les plus élevées, il lui arrive de manquer fâévalion.
Mais ce qui serait un défaut sérieux en France, cette pairie de la généralisation, se trouve être une qualité en Angleterre, où le génie de Fanalyse est infiniment plus apprécié que celui de la synthèse. M. Cobden le sait, et c'est peut-être ce qui l'a déterminé dans le choix des arguments par lesquels il a combattu, vendredi dernier, l'application du droit de blocus, en temps de guerre, aux paisibles doinaines du travail.
Voici en quoi son raisonnement a consisté. Je le résume, et j'espère ne pas l'affaiblir.
c Vous êtes, » a-t-il dit aux Anglais, « la première puissance maritime qui soit au monde, et parce que vous êtes cela vous jugez de votre intérêt de vous réserver le droit de bloquer avec vos vaisseaux, en temps de guerre, les côtes du pays ennemi. Mais vous ne voyez donc pas que vous réclamez de la aorte l'usage d'une arme tranchante qu'il vous est impossible de tenir sans qu'elle vous blesse la main? Supposons que vous soyez en guerre avec la Russie. Vous tirez d'elle le chanvre, le lin, le suif, les grains : que gagneriez-vous à emprisonner dans le pays qui vous les fournit ces denrées dont il vous est si difficile de vous passer? Uu'arriva-t-il, lors de la guerre dé Crimée ? La France et l'Angleterre, unies contre les Russes, s'empres'^èrent-elles de mettre en état de Uocus la mer Noire et la mer d'Azoff ? Elles s'en gardèrent bien. La récolte avait été mauvaise en Angleterre, en France surtout. Il y aurait conséquemment eu folie, de la part des
Uê LETTRES SUR l' ANGLETERRE (l869)
deux pays, à couper court de gaieté de cœur à leurs api^vo» visionneiuents en grains. Ils le comprirent, et s'abstirmveot d'user d'un droit qui leur eût été si préjudiciable. La fVkmt avait éclaté au mois de mars 1854, et ce fut au mc^î^d^ mars 1855 seulement que l'interdit commercial fut jeté s» les ports de la mer d'Azoff et de la mer Noire. Tant if est vrai que le droit de blocus peut devenit plus funeste i k puissance qui Texerce qu*à celle qui le subit ! Et comoieDt s*en élonner ? Ce qui caractérise la nature des liens que le commerce noue entre les différents peuples, c'est la réciprocité. Une nation qui, comme T Angleterre, tient, commercialement parlant, toutes les autres nations sous sa dépendance, dépend par cela même de toutes les autres nations. Plus elle travaille, plus il lui faut de matières premières, de débouchés, de consommateurs : quel intérêt, dès lors, peut-elle avoir à entraver la navigation ? Et quels coups portera-t-elle, même h un ennemi, dont elle ne risque de saigner? D'ailleurs, l'invention des chemins de fer est venue mettre bon ordre à la tyrannie maritime qui s'exerçait autrefois et s'est trop longtemps exercée par voie de blocus. Si TAngleterre cl la France entraient aujourd'hui en guerre, de quelle faron la première de ces deux puissances s y prendrait-elle pour empêcher la seconde de recevoir par Rotterdam ou Hambourg les marchandises qu'elle reçoit, en temps de paix, par Marseille ou le Havre ? Le blocus de toutes les côtes de France par des vaisseaux anglais, ce blocus fût-il effectif, n'y ferait rien. Grotius, Vatlel, Puffendorf, quand ils rédigeaient leurs savants traités, comptaient sans le génie de Walt! Allons, il en est temps : trêve de vieilleries I Osons rendre la mer à la navigation libre, au travail, à la paix; osons nous dire de notre siècle, et en être. Tel a été, en substance, le langage de M. Cobden.