‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 127 sur 169 · V. COBDEN ET LE DROIT DE BLOCUS · texte numérisé non relu

V. COBDEN ET LE DROIT DE BLOCUS

Vons le voyez : ce qu*il s'est étudié avant tout à bien établir, c'est que l'intérêt de l'Angleterre n*^tait point lié, alDsi qu'elle le croit, au maintien du droit de blocus dans l'acceptation la plus large, la plus absolue, la plus rigoureuse du mot. Cette façon d'aborder le problème, dans un pays tel que celui-ci, était en réalité la bonne. L'Angleterre n'est pas sentimentale de sa nature. Les motifs tirés de la philanthropie ne sont pas, en général, ceux qui la touchent. Pour la convaincre, il faut lui montrer clairement ce qu'elle gagne à être convaincue. Dans le cas dont il s'agit notamment, rien n'était plus indispensable. Car, en touchant aux bases sur lesquelles l'Angleterre a fait reposer jusqu'à ce jour sa souveraineté maritime. M; Cobden tentait, on doit le reconnaître à son honneur, une formidable aventure.

c Vn pouvoir naval comme V Angleterre^ » disait lord Palmersion le 3 février 1862, « ne doit abandonner aucun moyen d* affaiblir ses ennemis sur mer. » Longtemps avant lord Palmerston, le fameux Pitt, défendant le droit de visite, s'était écrié) en plein Parlement : « Plutôt que de permettre à un pavillon neutre de couvrir la cargaison d'un ennemi^ je m'envelopperais dans les plis de notre pavillon et je chercherais la gloire au fond du tombeatt, »

C'est ainsi que pense, que sent et que parle toute l'Angleterre. Jugez de l'audace qu'il faut à M. Cobden pour y dire en public : « Il est temps d'organiser ici, en faveur de la liberté absolue des mers, une agitation analogue h celle de VÂnti-Com-League 1

Qu'une semblable proposition soit faite en Angleterre, et par un Anglais, rien ne montre mieux qu'il y a dansThistoire une force latente qui se joue de l'égoïsme aveugle des individus. Le discours de M. Cobden, tout défectueux qu'il puisse

!250 LETTRES SLU L ANGLETERRE 1863)

paraître au regard d'un critique expérimenté, est quelque chose de plus qu un discours, quelque chose de plus qa ou acte : c*est un signe des temps.

XGVII

1'' novembre.

I^a recouuaifssance du Snd combattue par X. Cobdea.^

Encore un discours de M. Cobden, et irès-important !

Celte fois, c'était i\ Rochdale, devant ceux qui Tool eëhvoyé à la Chambre des Communes, que le célèbre orgaoish teur de Y Anli-Corn-League prenait la parole. La salte, qui peut contenir 3,000 personnes, regorgeait de uioode. Un grand nombre de manufacturiers étaient accourus. Les ouvriers étaient là en masse. Le maire de la ville otcupailkl'aufeuil. Une vive émotion se peignait sur les visages. M. Cobden allait parler des causes du grand fléau qui^'esl abattu sur Uocliilale comme sur tant d'autres villes du uord de l'Angleterre, bêlas !

C'est un esprit puissant (pie M. Cobden. 11 n'a, il est vrai, ui les aptitudes générales et l'éloquence à la t'ois charmante et subtile de 3L (iladstone, ni le génie entraînant de M. Bright, ni la sérénité doucement persuasive de lord Palmerslou, ni l'âpre et sardoni«|ue talent de M. Disraeli, ni la gravité pénétrante du comte Uussell, ni la tinesse de M. Milncr Gib-

Page 1