LA RECONNAISSANCE DU SUD COMBATTL'L PAR M. COBDEN
son; mais, en revanche, de quelle façon souveraine il manie les faits! avec quelle habileté il les |)résente! Et c*ommc il sait en tirer tout ce qu'ils renferment, à Tappui de sa thèse !
Malheureusement, Tintelligenc^ de M. Cobden est loin d'avoir en étendue, en souplesse, en élévation, ce qu'elle a en force. C*est, par excellence, Thomme d'une idée. L*idée est noble, elle est grande, elle est juste; mais 31. Cobden riscpie souvent de la dépopulariser, faute d*accorder à d'autres idées, qui ont leur valeur aussi, Timportance requise. Quant à moi, j\avoue que j*ai toujours trouvé beaucoup à redire à celte maxime : Timeo hominem nniu^ libri. En réalité, toutes les questions s'éclairent les unes pai les autres, et je doute qu'on eu puisse bien posséder une seule quand on concentre son attention sur une seule d'une manière trop exclusive et trop systématique. Or, c'est en cela que pèche M. Cobden. L'intérêt du commerce, et, pour le faire triomphi'r, la paix quand même, voilà le cercle duquel il lui est absolument impossible de sortir. Ne lui parlez pas de la nécessité, lamentable mais évidente, où un peuple peut se trouver de pourvoir à ses moyens de défense quand il est sous le coup d'une menace permanente de la part de nations voisines ou rivales : les forts, les canons, la poudre, les mousquets, lui font mal au cœur ; il n'en veut k aucun prix. Ne lui cilez pas la célèbre axiome : Si vis paceun, para ftW/wm; pour lui, le procédé à suivre, quand OD tient à éloigner la guerre, c'est d'ignorer le péril.
Une fois ceci admis, que les passions humaines n'existent pas et que nous sommes tous des êtres gouvernés par la raison pure, M. Cobden prouve à merveille que, si ou échauge des produits, «m n'aura pas à échanger des coups de canon. ot que ce dernier mode de relations est absurde. Mais quand
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on VOUS couche en joue, que faire? Se mettre à aunerdu drap? Ainsi que le disait plaisamment je ne sais plus quelle feuille d'ici, le lion et le mouton, pour vivre en bonne intelligence, n'auraient, d'après la théorie de M. Cobden, qu*à convenir d'échanger entre eux, l'un le superflu de sa crinière, et l'autre le superflu de sa laine. Nul doute que le mouton ne se prêtât «^ cet aimable arrangement; mais la difficult est de persuader le lion !
Dans le discours prononcé par M. Cobden à Rochdale^ rien de plus saisissant que la première moitié et rien d^ moins concluant que la seconde. Et pourquoi? Parce que., dans la première moitié de sa harangue, il n'a pas eu à sortir de sa donnée, ce qu'il lui a fallu faire dans la seconde.
Il est très-certain que la détresse des districts cotonniers de l'Angleterre vient de l'application du droit de blocus aux ports de commerce; que l'abolition de ce droit tyranniqueet insensé avait été, bien avant la guerre actuelle, proposée par le gouvernement américain et rejetée par le gouvernement anglais; que, conséquemment, l'Angleterre ne fait qu'expier aujourd'hui l'imprévoyance de son égoïste politique. Et il est très-certain aussi que la reconnaissance des Étals du Sud par TAnglelerre ne guérirait rien, ne réparerait rien. Est-ce que le Nord cesserait de bloquer les ports du Sud, une fois le Sud reconnu? Pas le moins du monde. Donc le coton ne reprendrait pas, dans ce cas, la route que la guerre lui a fermée.
Oh ! si la reconnaissance était suivie d'une sommation violente, adressée au Nord, de mettre bas les armes, sous peine d'y être contraint par la force en cas de refus, cette reconnaissance alors aurait un sens. Mais l'Angleterre eslelle préparée h courir semblable aventure? Cette ques^ tion, il faut le dire, M. Cobden l'a posée avec une grande