‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 129 sur 169 · L\ RECONNAISSANCE DU SUD COMBATTUE PAR M. COBDEN 25U · texte numérisé non relu

L\ RECONNAISSANCE DU SUD COMBATTUE PAR M. COBDEN 25U

autorité; et il D*a pas eu de peine à établir que, de la part de l'Angleterre, une guerre déclarée, même en ce moment, à rAmérique du Nord, serait un acte de folie. Le fait est qu'à une époque où TAmérique ne comptait guère au delà de 2,300,000 habitants, elle sut tenir tête à TAngleterre. Que serait-ce donc aujourd'hui? Vainement objecterait-on que le Nord a une guerre civile sur les bras : Thistoire nous apprend quel surcroit d'énergie donne à un peuple, en de telles circonstances, Thorreur dp- rinlervention étrangère. Quand la France tira de son désespoir la force d accabler TEurope coalisée, son sein n'était-il pas déchiré par la guerre civile la plus cruelle qui fut jamais? La Vendée n'élaît-elle pas debout et frémissante? La révolte n'embrasait-elle pas tout le Midi? Le feu n*avail-il pas pris à Lyon, ia seconde ville du royaume? Et, d'un bout de la France à l'autre, le sol n'était-il pas miné par les complots? Prétendra-t-on que de tels prodiges ne sont possibles qu'une fois? Qui le sait?

Dans sa lutte avec le Sud, le Nord a déployé une force de volonté si indomptable, une étendue de ressources si extraordinaire, qu'il serait bien hardi celui qui tracerait d'avance une limite aux efforts d'un tel peuple, défendant sa vie et saisi de fureur. M. Cobden a eu raison de faire remarquei quune intervention armée en Amérique y aurait pour résultat inévitable de mettre fin aux divisions de parti qui affaiblissent le Nord et de centupler son élan.

Et puis, si les 8 ou 10 millions d'habitants qui peuplent la vallée du Mississipi; si les États de Ohio, Michigan, Indiana, Illinois, lowa, Wisconsin, Minnesota, veulent la continuation de la guerre, sera-t-il donc bien facile à une intervention «année de les atteindre et d'aller, le long d'un fleuve comme le Mississipi, leur imposer la paix? Il est peu probable, en

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tout cas, que le bon marché de rentreprise en compensât les dangers; et c'est à peine si M. Cobden a fait une hyperbole, lorsqu'il s'est écrié : « Aller chercher le coton l'épée i h main, grand Dieu ! Mais il en coûterait moins de mettre toute la population des districts cotonniers au régime dessDopesi la tortue, du vin de Champagne et de la venaison ! »

Il est un autre point de ce discours que je crois juste de signaler avec éloge avant d'en venir à ce qui me paraît blâmable. M. Cobden a rudement attaqué lord PalmerstoD;3 lui a reproché de n'être pas du parti à la léte duquel 11 figure; il a rappelé, non sans amertume, qu'aucune des promesses qui avaient précédé l'avénement du premier ministre actuel au pouvoir n'avait été remplie, et il a annoncé soo intention de rompre avec le gouvernement, si les réformes promises continuent a être regardées comme lettre morte. Ce qui est silr, c'est qu'effectivement lord Palmerston est m tory appelé, chose singulière, à conduire les whigs. Il en résulte, selon l'heureuse expression de M. Cobden, que les conservatistcs sont au pouvoir sans être dans le ministère. Ils ont les bénéfices du pouvoir sans en avoir la rcsponsabililé. Celle situation est plus qu'anormale; elle calomnie les institutions représenlalivos.

Je remets à demain, pour ne pas envahir vos colonnes, !"<»xamen d'une autre partie du discours de M. Cobden.

;B oui n'iNQUIÈTB pas m. GOBOEN inquiète l' ANGLETERRE 255

I" novembre.

Ce qui n'inquiète pas H. Cobden Inquiète l'Anfl^Ieterre.

Si vous saviez que l'homme qui occupe une chambre roisÎDe de la vôtre prend plaisir à fumer sa ])i[)e sur un baril le poudre, je m'assure que vous vous inquiéteriez qucl(|ue )ea de ses mouvements. Il aurait beau déclarer qu'il nti )eiise pas à mal, qu'il n'a pas la moindre envie de faire (Mter la maison, que le supposer est absurde, parce que, lans ce cas, il serait la première victime; ou je me trompe on, ou ces belles déclarations et cette puissante loji^ique Duqueraient leur effet, tant qu'il y aurait là le baril di». K>udre et la pipe allumée.

Eh bien, une armée française de 5 ou 000,000 hommes »r6te h se mettre en marche, du jour au lendemain, sur le [csle d'un homme, sur un signe de ses yeux, au premier roncement de ses sourcils, parait à l'Angleterre un danger out aussi considérable et non moins iniminent que celui bnt je viens de parler. Et voilà ce que M. Cobden est incalable de comprendre, aveuglé qu'il est par son idée fixe : la )aix quand même dans rinlérét du commerce libre.

Il fut un temps, et ce temps n'est pas bien éloigné, où H. Cobden, libéral très-sincère, refusait décidément sa ronfiance au régime impérial. Mais M. Cobden est allé en France ; il y a été bien reçu par les aut4)rités officielles; des

mains complaisantes lui ont ouvert à deux battants les porter des arsenaux; on lui a permis de visiter tes chantiers; 3 ^ pu surveiller.d'aussi près qu'il Ta voulu le mouvement ports; il est entré en relations avec M. Michel Chevalier; a causé familièrement avec l'Empereur; que dire encore? a rapporté de son voyage d*outre-Manche, quoi? Une grani

chose, à la vérité : un traité de commerce entre la Fran ^

et TAugleterre, et un traité de commerce où se troiBL^ consacré le principe cher à M. Gobden, le principe dom le triomphe a été le rêve de sa vie entière, celui du Uft^i^ échange. Il n'en a pas fallu davantage pour renverser toiK f^^ les notions de l'économiste anglais sur l'empire. DansNapo. léon il n'a plus vu qu un disciple.

Aujourd hui, la confiance de M. Cobden est telle; ilmoîl un libre-échangiste qui porte couronne si incapable deniwrir des pensées guerrières, qu*à Tentendre TAnglelerre devrait, sans plus tarder, raser ses forts, fondre ses canois, licencier sa milice, remplacer ses vaisseaux de ligne par des vaisseaux marchands et se moquer des volontaires. Ce qo'fl ne peut pardonner aux Anglais, c'est de se précaulionncr contre le danger d'une attaque (ju'ils regardent sinon comme certaine, du moins comme possible. Ce qu'il ne peut pardonner à lord Palmerston, c'est de partager à cet égard les défiances de ses compatriotes.

Déjà, à la tin de la dernière session parlementaire, M. Cobden avait rudement pris à partie le premier minisire, qu'il accusait d'entretenir dans les esprits la crainte chimén(|ue d'une invasion, de dépenser l'argent de l'Angleterre en armements inutiles, et de faire servir à sa popularité de ridicules terreurs. Pourquoi tant de millions de livres sterling dépensés pour l'armée, pour la marine, pour les fortifications, pour la défense des côtes? Comme si l'invasion était

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itre chose qu'un de ces moulins h vent contre lesquels Don uichotte mettait sa lauce en arrêt! Comme s'il n'y avait is folie à supposer possibles des desseins hostiles de la irt du libre-échangiste Napoléon ! Comme s'il n'avait pas rotesté, mille et mille fois, de ses intentions pacifiques ! ui, l'empereur des Français, en venir jamais à tirer l'cpée intre l'Angleterre ! A d'autres! Si lord Palraerston affectait e le croire, c'est qu'il avait ses raisons particulières pour ela. Ne trouvait-il pas dans ces frayeurs habilement flat- Ses un moyen commode de couvrir les extravagances de sa ditique et de se poser en grand patriote?

Ainsi s'exprimait M. Cobden, h la fin de la session parlonentaire, et il ajoutait amèrement : « Lord Palmerston, à ni seul, a coûté au peuple anglais 100,000,000 de livres terling. Quel que soit le mérite du noble lord, c'est un peu iher! »

Cette thèse, M. Cobden vient de la reprendre dans le discours qu*il a prononcé à Kochdale. Il y combat avec une aninatîon qui n'est pas exempte d'aigreur les inquiétudes qu'a iveillées en Angleterre l'activité imprimée, depuis l'établis- Moment de l'empire, aux armements de la France ; et, selon M>n habitude, les arguments qu'il range tout d'abord en >ataille, ce sont des chiffres.

Après avoir constaté qu'en 1833, sous l'administration de nr Robert Peel et du duc de Wellington, les établissements militaires et maritimes de la Grande-Bretagne ne coûtaient pais au delà de 12,000,000 de livres sterling par an, M. Cobden fait remarquer que, pour ces mêmes objets, la dépense aujourd'hui est presque triple, c'est-à-dire de 30,000,000 de livres sterling. Et là-dessus il s'écrie triomphalement : « Qu'est-ce à dire? Est-ce que, d'aventure, le duc de Wellington et sir Robert Peel étaient de mauvais patriotes? »

Eh non ! Monsieur ; sir Robert Peel et le duc de Wd* lington n'étaient pas de mauvais patriotes. Mais il est une chose qu'il faut bien qu on vous rappelle, puisque vois Favez si complètement oubliée.

En 1833, la France était sous un régime constitutiooDel. Le Parlement, qui est fait pour parler, parlait. La presse ne portait pas des menottes. Il y avait, de Tautre côté da détroit, une opinion publique qu'on pouvait interroger et qui avait le droit de répondre. Une guerre, h cette époque, n'aurait pu être déclarée qu'après de longues discussions dans les journaux- et dans les Chambres. Elle n'aurait pi Tétre qu'avec l'assentiment bien constaté du pays. L'Angleterre, par conséquent, avait tous les moyens imaginable» de tàter le pouls au peuple français, de savoir d'avance ce qu'il y avait à espérer ou à craindre, de détourner le péril oo de s'y préparer. Elle n'avait pas à redouter les surprises, les coups imprévus. Elle n'était pas exposée i\ voir un homme, sans autre règle que sa volonté, mettre le feu au monde. Qiii ne se souvient de la rapidité foudroyante avec laquelle la France passa d».» l'état de paix à l'état de guerre, le jour oii l'empereur des Français eut la fantaisie d'apprendre aux Autrichiens coujment les zouaves tuaient les gens? Quelques mots ilurs tombés des lèvres impériales et adressés à l'ambassadeur d'Autri^'he suffirent pour donner une secousse a l'Europe, et la suite montra qu'elle n'avait pas eu tort de s'émouvoir; car c'est îi peine si la foudre suit plus immédiatement l'éclair. Cela etlt-ilété possible en 1833? Donc, en ce temps-là, le duc de Wellington et sir Robert Peel étaient paiTaitement autorisés h dormir sur leurs deux oreilles, ce que lord Palmerston ci^oit ne pouvoir faire aujourd'hui sans manquer de prudence.

M. Cobden nie que les Anglais aient à s'alarmer des annc-

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ments de la France, et lui-même il reconnait qif en 1835 la dépense du gouvernement français dans ses chantiers ne fût jqœ de 343,032 livres sterling, tandis qirdle a été, en 1859, de 772,931 livres sterling. Le progrès vaut assurément qu on y songe! Il est vrai que, dans l'intervalle correspondant, les efforts de l'Angleterre ont été plus considérables encore, puisque sa dépense dans les dockyards s* est élevée de 376,377 livres sterling à 1,582,1 iâ livres sterling. Mais que résulte-t-il de là? Que TAngleterre ne recule devant aucun sacrifice pour se mettre en état de défense, tant ses inquiétudes sont vives, tant ses défiances sont profondes. Eh ! sans doute. Seulement, la question n*est pas là : ce qu'il s'agit de savoir, c*esl si elle a raison, oui ou non, de rester sur le qui-vive. Or il n'y a peut-être en Angleterre que deux hommes, M. Cobden et Tillustre quaker, son ami M. Bright, qui, sous ce rapport, aient une opinion différente de celle de lord Palmerslon.

Et la raison en est simple. Un pays où tout est lumière ne saurait se fier à un pays où tout est ténèbres. Un gouvernement qui rend compte et est obligé de rendre compte au monde de ses pensées ne saurait se fier à un gouvernement dont les décisions sont un mystère et dont on pourrait dire que le siège est dans le cerveau d'un homme. Vainement Napoléon prodiguerait-il les assurances pacifiques; vainement H. Cobden se porterait-il garant de la sincérité de ces assurances : il y a ici un fait qui est pins concluant que toutes les déclarations et tous les commentaires : la France est sous le gouvernement d'un seul. Les intentions d'un souverain qui dispose à son gré de 000,000 soldats, fussent* elles pacifiques aujourd'hui, qui oserait répondre qu'elles ne seront pas belliqueuses demain? Voilà ce qui n'inquiète pas M. Cobden, mais ce qui inquiète l'Angleterre. Elle le laisse

donc parler ; elle Tapplaudit même quand il ne la go«ir--« mande pas pour sa prudence... mais ceux qu'elle suit, sont ceux qui lui disent, à la manière de CromweB € Croyez en Dieu^ et tenez voire poudre sèche. »

5 noTembre.

Un trône Tncnnt ) cnndidntnre dn prince Alflred

La révolution qui vient de s'opérer en Grèce a naturelI^ ment produit une vive sensation parmi les Grecs dont fa résidence est à Londres. Leur nombre n*6st pas fort considérable; mais ils sont en général très-actifs, très-énergiqnes, très-entreprenants, très hommes d'affaires^ partant riches. Sous ce rapport, ils forment ici une classe dont TinflueDCC n'est pas à dédaigner. Le commerce des grains et le commerce de transports du Levant étant en partie dans leurs mains, tout ce qui est de nature à afl'ecter la question orientale les intéresse au double point de vue du marchand et du patriote.

Lors de la guerre de Crimée, nul doute que leurs sympathie ne fussent pour la Russie, et ils ne s'en cachèrent pâs. Ce fut au point que la Bourse et Marck-Lane s'en émurent Peu s'en fallut ([ue les marchands grecs ne fussent exposés à des violences personnelles, tant ils niirent de vivacité dans l'expression de leurs vœux pour le pouvoir avec lequel te

UN TRONE vacant; CANDIDATURE DU PRINCE ALFRED 261

euple anglais était aux prises! Quelle sera leur attitude, inque la révolutiou de Grèce aura décidément pris son ssiette? Cela dépendra du tour donné aux événements.

Ce qui est sûr, c'est que les Grecs d'ici se montrent, pour i moment, aussi bien disposés en faveur de TAngleterre ue charmés de voir le trône d*Othon enfin vide. Il ne leur éplairait nullement que ce trône fût occupé par le prince Ifred. Ils considèrent que l'élection d'un prince de la laison royale d'Angleterre, outre qu'elle garantirait le laintien des libertés constitutionnelles dans leur pays, assu-« irait l'appui moral, sinon matériel, d'une nation puissante IX nouvelles et brillantes destinées qu'ils révent déjà pour

Grèce. Ils pensent, de plus, qu'après avoir fait cadeau une couronne à un prince anglais, les Grecs seraient mieux mus h insister pour la restitution des îles Ioniennes, que Angleterre s'obstine à protéger, bien qu'ils ne se soucient IS9 eux, qu'on les protège, et ne cessent de dire :

Mais moi, si je veux qu*OD me batte ?

Quoi qu'il en soit, Tidée de la candidature du prince Ifred parait avoir peu de succès en Angleterre. Et d'abord, iffre ne parait que médiocrement flatteuse. J'ai entendu des . ibitauts de cette ville monstre qu'on appelle Londres Scrier, en haussant les épaules : « Le beau cadeau h faire I fils puiné de notre reine qu'un royaume dont la populam égale à peine celle de certaines paroisses de Londres! » lis là n'est point l'argument sérieux. Ce qui semble préociper les esprits, c'est une crainte vague que l'Angleterre, rec le prince Alfred sur le trône de la Grèce, n'arrive h se ouver plus engagée qu'elle ne voudrait dans l'imbroglio de

question d'Orient.

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Ce que TAnglelerre, en effet, désire avant tout et est in- téressée à désirer, c'est la conservaiion de ce pauvre empire ^ lurc, que la Russie se tient toujours prèle à dévorer. Lors-^ que, sur les routes méridionales de la Russie, un voyageur anglais rencontre un écr iteau indicaleur portant : « A 5rcim-^ 6oti/, » ce qu'il y lit avec un sentiment d'horreur et d*effro^ c'est : a Aux Indes. »

Or, le moment peut venir où proléger à la fois la TurqOi^et la Grèce, le croissant et la croix, ne sera pas chose faciW^ Il est impossible que la Grèce, régénérée; n'aspire pas v&^>. lerament h affranchir du joug des Turcs les Grecs qui pfeo« plent l'Albanie et la Thessahe; et il n'est pas moins impos* sible que la Tur([nie consente, à moins qu'on ne l'y rontraigne, à l'abandon de ces riches provinces.

Celte situation renferme le principe de difficultés conshdérables. La preuve, c'est qu'à la première nouvelle de h révolution de Grèce, la Turquie s'est hàlée de faire filer des troupes vers la frontière d'Albanie. Ajoutez à cela que les agents russes ne manqueront pas d'attiser la flanmie. Une lutte dans laquelle la Russie, on prenant parti pour les Grecs contre le Turc, aurait Pair de défendre la croix contre le croissant, servirait si bien la réalisation du projet qu'à Saint-Pétersbourg on n'a pas cessé un seul jour, depuis Pierre le (irnnd, do caresser avec complaisance et de poursuivre! Mais on juge quel serait, dans cette hypothèse, rembarras de l'Angleterre, intéressée à se ranger du côté de ses protégés les musulmans contre le pays auquel elle aurait donné un souverain, tils de la reine d'Angleterre! Ne va»t-il pas mieux qu'elle se réserve d'agir, le cas échéant, comuie elle l'entendra, et de rester les mains libres? Tel est l'aspect sous lequel la (|uestion se présente à ceux qui réfléchissent, et de ceux-là le nombre est grand, dans- ce pays de liberté.

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A la candidature du prince Alfred il est bien d'autres objections encore : sa jeunesse, sa religion, et le traité de 1831, par lequel Télection d'un prince anglais, russe ou français, est formellement interdite. Mais à quoi bon énumérer les motifs, quand un seul sultil ? C'est le cas de rappeler ici, comme le faisait hier le Daily-Telegraph, Tonecdote d'Elisabeth visitant Falmouth, et dispensant les magistrats le la ville d'exposer les trente-trois raisons pour les(]uelles, lisaient-ils, ils n'avaient pas ordonné qu'on sonnât les cloîhes, la première étant qu'ils n'avaient pas de cloches. iref, le prince Alfred, si l'on ne consulte en cette affaire jue l'opinion publique, devra laisser là les Hellènes, et, si me couronne le tente, nller se faire roi ailleurs.

N'y a-t-il pas, du reste, cohue de candidats? N'y a-t-il )as Alexandre Mavrocordato, le héros de Missolonghi, le plus Uustre des coopérateurs de Capo d'Istria, et qui, tout âgé [a*il est de soixante et onze ans, n'a rien perdu, assure-t-on, le la vigueur de l'âge mûr? N'y a-t-il pas le prince (iregor fpsilanti, neveu d'Alexandre Ypsilanli, élu de 18:20, et des- ^ndant en ligne directe des empereurs de Constanlinopleï i'y a-t-il pas le duc de Leuchtenberg, fils de la grandeluchesse Marie et petit-fds du czar Nicolas de lUissie? N'y i-t-il pas enfin le prince Amédée d'Italie, dont la candikUure est activement poussée par un comité greco-itaieD, siégeant à Païenne et à Naples, (pioique le candidat soit encore imberbe, ayant à peine atteint sa dix-septième iDnée? Voilà certes de quoi choisir, si tant est que les Grecs lient absolument besoin d'un roi, après l'expérience peu encourageante qu'ils viennent de faire!

Car on doit cette justice à Othon, que jamais monarque ne rat mieux s'y prendre pour guérir un peuple du mal de Tido- Utrie^ et l'unanimité touchante avec laquelle on a admis ses

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droits à la retraite est presque un phénomène historique*

Je n\ii pas besoin de vous dire que, de tous les princes dont je viens de dresser la liste, celui dont le choix aurait le moins de chances de plaire aux Anglais est le duc de Leodh tenberg. 11 y a deux raisons pour cela.

La première est le lien qui rattache à la Russie, et cette première raison me dispense de mentionner la seconde... Mais peut-être aimez-vous qu'on mette les points sur les t. Eh bien, le duc de Leuchtenberg a, aux yeux des Anglais, un plus grand défaut que celui d*étre le neveu du présent empereur de toutes les Russies; il a celui d'être l'arrièrepetit-fils de Joséphine, et de tenir h la famille des Boiui* parte. Ce qui rend la chose plus grave, c'est une certaioe rumeur qui a couru sur le mariage de ce grand beau jeune homme avec la princesse Anna Murât.

Mais je laisse aux Dangeau de profession le soin d'entrer à cet égard dans de plus amples détails, et j'arrive brusquement au discours que M. Cobden vient de prononcer ï Rochdale.

Vous avez mis sons les yeux de vos lecteurs quelques passages saillanî.N de ce discours, et vous avez eu raison. Toutefois, si vous n'avez pas perdu souvenir d'une longue lettre que je vous adressai sur la clôture de la session parlementaire, la lectnie de la dernière harangue de M. Cobden a dA vous frapper connue ferait la rencontre soudaine d'une vieille connaissance. La vérité est que le pacitique agitateur atout simplenient rq)été à Rochdale, et presque mot pour mot, Dieu me pardonne! ce qu'il avait dit, il n'y a pas longtemps, dans la Chambre des Communes.

Il a reproché à lord Palmerslon d'avoir coûté beaucoup, et beaucoup tiup à la nation anglaise, il lui a reproché d'entretenir dans le pays de fausses terreurs pour couvrir des

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lépenses folles ; il lui a reproché de puiser sans vergogne lans les poches des contribuables, sous prétexte que la Mtrie est en danger, et afin de se poser en grand patriote ; 1 lui a reproché de figurer à la tête du parti libéral, lui con- (ervatiste dans Tàme et tory jusque dans la moelle des os; 1 lui a reproché... Que ne lui a-t-ii pas reproché?

Sur tout cela je vous ai dit mon opinion ; je vous fais lonc grâce de mes commentaires, et me borne à vous signaler un passage du discours en question, qui vaut bien qu'on le inédite.

M. Cobden est unioniste en ce qui concerne TAmérique. !l croit au triomphe définitif du Nord, et il rappelle de ses rœux. Mais son opinion et ses sentiments à cet égard ne sont ^s déterminés, — il Ta déclaré expressément, — par son ;oûi pour les grands Êlats. « Les empires que j'aime », i-t*-il dit, « ne sont pas ceux qui embrassent une vaste tendue de territoire; mais ceux où les Tacultésde Tliomme, 10 tant qu'homme, sont le plus largement développées. »

En ceci, M. Cobden a cent fois raison.

Qu'ont ajouté, en effet, à Favoir intellectuel de Thumanité es empires gigantesques de Perse, d'Assyrie, etc.... Qu'on irenne, au contraire, Tltalie au moyen âge, ou la Grèce [ans l'antiquité : quels trésors, en fait de science, de philoophie, d'art, de littérature, ces petits États n'ont-ils point igués à la famille des nations? La patrie de Phidias, de Pla- OD, de Socrate, d'Aristote, de Périclès, n'a jamais occupé ur la carte qu'une place microscopique ; et pourtant quelle »lace elle s'est faite dans la mémoire des hommes ! Oui , ce [ui fournit la vraie mesure de la taille d'un peuple, c'est le legré d'intelligence auquel il s'élève; et, plus encore, c'est e respect qu'y obtient la dignité humaine.

Les nations vraiment grandes sont celles qui marchent à

26e LETTBES SUR L* ANGLETERRE (l86t»)

la conquête du monde par la hauteur de leurs sentiments, justesse de leurs idées, riotluence de leur littérature, la gesse de leurs institutions, et la prospérité durable qui lie au culte de la justice, inséparable de la liberté. On n* jamais assez rusé pour être sûr quon n*aura pas tôt ou ta^^%^ affaire à un plus rusé que soi, on n*est jamais assez fort pt^t^fi être toujours le plus fort : et c'est pourquoi les succès dots i la ruse ou à la force sont éphémères.

Une population d'esclaves, qu'ils soient armés ou qoa, robustes ou faibles, capables ou incapables de faire par* tager à d'autres le fardeau qu'ils portent, est une population d'enfants : il n'y a de peuples véritables que ceux qui se composent d'hommes.

7 novembre.

Vn feuillet détaché de l'histoire de l'expédition mexicaiae.

La publication des dépêches envoyées de Vera-Cruz par le fijénéral Forey a passé presque inaperçue en Angleterre, autant du moins que j'ai pu en juger. Ce n'est pas que les Anglais ne suivent d'un œil inquiet les mouvements de h France au Mexique; mais, d'une part, leur attention est plus forleuient attirée du côté de Rome; et, d'autre part Jes simples changements de personnes leur semblent d'un inté-

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