‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 130 sur 169 · UN FEUILLET DETACHE DE L EXPEDITION MEXICAINE · texte numérisé non relu

UN FEUILLET DETACHE DE L EXPEDITION MEXICAINE

médiocre, sur une scène où les hommes politiques sont t bonnement des marionnettes qii'on remplace sans autre que de varier, de temps en temps, le spectacle. Là vérité est que, si les dépêches en question annoncent ilque modification dans les vues du gouvernement frani relativement au Mexique, ce n'est que d'une manière t indirecte. 11 ne parait pas, à s'en tenir à la proclamation nouveau commandant en chef, qu'on ait abandonné en it lieu le projet de régénérer le Mexique au moyen du frage universel, militairement pratiqué. Aux yeux de laines gens, ce pauvre Juarez, tout honnête homme qu'il , a, parait-il, le défaut énorme de professer les prines d'un libéralisme éclairé et de figurer [x la tête d'un ivemement libéral. Quel esl, d'ailleurs, le parti qui le abat? N'est-ce pas celui qui s'appelle le «parti de l^ise? »

Il est vrai que Padre Miranda est décrit, dans une dé- ;he du Commodore anglais Hugh Dunlop, comme un som- I et cruel fanatique qui a sur les mains une grande partie sang versé en trahison, au Mexique, par les réaction ras; il est vrai que le prétendu « parti de TÉglise, » au «que, est un ramas d'hommes que Tancienne Inquisition Ispagne elle-même aurait désavoués; il est vrai que le 'OS de ce parti est un homme couvert de sang ; il est vrai î c'est par ce parti que fut poussé de tout temps le cri : n't aux étrangers! et que c'est par les violences, les vols, assassinats de ce parti que fut amenée, l'année dernière, itervention collective de l'Angleterre, de l'Espagne et de France. Mais quels trésors d'indulgence ne méritent pas on tienne en réserve [)our leurs peccadilles ceux qui optent à l'étendard de la liberté, fille du philosophisme, le nt étendard de la religion, telle que Philippe U d'Es-

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pague la comprenait et telle que la servit le duc d*Albe ,^ Ceci entendu, j'avoue.que, quant à moi, j*ai luavec pUisK:^ les dépêches dont le Moniteur a bien voulu derniëremi gratifier la curiosité publique. Il en résulte effeclivemeDl 1"^ que le général Âlmontc est enfin mis de côté; 3^ que ^ comte Dubois de Saligny est condamné au?c ennuis d*uDri&j^ subalterne.

Sous ce double rapport, Topinion a lieu d*étre satisfaice, et le gouvernement français peut être félicité en toute cou* science.

Et d*abord, rien n*étail plus urgent que la destitution da général Almonte, destitution dont il serait juste de savoir gré au gouvernement impérial, alors même qu'elle n'impliquerait aucun changement profond dans sa politique ï l'égard du Mexique. Nul n'ignore ce que produisit l'arrivée du général Almonte à la Vera-Cruz, où, de proscrit qu'il était, il prélendit se poser en maiire, sous la protection française bien entendu, et comme affidé de l'empereur. Jusqii'i ce moment, la meilleure entente avait régné entre les commissaires des trois nations. Le général Prini, au nom de l'Espagne; sirC. Wykeet le commodore Dunlop, au nom de l'Angleterre; l'amiral Jurien de la Gravièrc et M. Dubois de Saligny, au nom de la France, semblaient être tombés d'accord sur la nécessité de ne pas outre-passer le but de Texpédilion, qui, aux termes de la convention originaire, était d'obtenir réparation pour dommages causés aux résidants étrangers : rien de moins, mais rien de plus. Celait sur ce terrain que le général Prin) avait placé la cpiestion, dans une entrevue de lui avec le ministre mexicain, gcnénl Doblado, en ({ui, soit dit en passant, il avait trouvé un homme d'un esprit très-cultivé, d'un caractère très-conciliant et d'excellentes manières. La réponse du général Doblado aux

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réclainations présentées par le général Priin avait été fort satisfaisante, et l'impression favorable que le commissaire espagnol en avait reçue, il croyait être parvenu h la faire partager à ses collègues de France aussi bien que d'Angleterre. Déjà des négociations d'une nature éminemment pacifique ét^tient entamées, et tout annonçait un heureux résultat. Mais voilà que le général Almonie arrive, accompagné du père Hiranda. Sa présence, sous la protection française^ sur un sol d'où il avait été banni comme rebelle, était à elle seule une sorte de déclaration de guerre au gouvernement mexkain. Que fait cependant le nouveau venu? Il se meta proclamer bien haut la déchéance du pouvoir avec lequel l'es trois nations négocient; il se déclare accrédité par l'Empereur des Français ; il s'annonce comme l'instrument de la régénération du Mexique ; il pose carrément la candidature de l'archiduc Maximilien d'Autriche au trône de Mexico, sans prendre souci des Mexicains, qui ne veulent ni de l'archiduc ni d'une monarchie. Là-dessus le commissaire espagnol, général Prim, et les commissaires anglais, sir C. Wyke et le Commodore Dunlop, témoignent leur surprise, pour ne pas dire leur mécontentement ; ils protestent contre le but tout nouveau assigné de la sorte à Texpédition entreprise en commun ; ils s'en réfèrent aux termes formels de la convention qui lie les trois puissances; ils montrent ce qu'il y a d*élrange à protéger des hommes qui parlent de renverser, glaive en main, un gouvernement avec lequel on négocie et qui est prêt à accorder ce qu'on lui demande ; ils insistent sur le renvoi d'Almonte et de ses compagnons. Vains efforts! Un lien difficile à dénouer existe entre les protecteurs et le protégé. L'Espagne et l'Angleterre, ne pouvant rien obtenir, se retirent du concert.

Voilà pour le rôle joué au Mexique par le général Almonte.

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Quant à celui qu y a joué le comte Dubois de Saligny, fâ eu, à cet égard, de fort bonne source, — au faif, il serait impossible d'en imaginer de meilleure, — certains renseignements très-intimes, très-caracléristiques, très-piquaots.

Tout d'abord, j*ai à vous dire que le comte Dubois de Salis^nv doit être considéré comme IMme des niouvemeots qui ont amené l'invasion du Mexique.

One l'hostilité permanente déployée par M. Dubois de Saligny h l'égard du gouvernement mexicain ail eu sa source dans des ressentiments personnels, c'est ce (jue je n'oserais affiruicr; mais il parait certain que, loin d'être populaire aa Mexique, M. Dubois de Saligny, que ce fût sa laute ou qm, y avait été à divei^ses reprises, de la part des beaux esprits di lieu, l'objet d'attaifues acérées. Parmi les caricatures à soa adresse, celle-là surtout avait dû le blesser, qui le représeatait sortant d'une bouteille. Toujours est-il que Juarez etie parti qui l'avait mis au pouvoir n'ont pas eu d'adversaire plus persévérant, plus implacable.

Sir. C. Lcnnox Wyke, envoyé à Mexico par la Grande- Bretagne comme ministre plénipotentiaire, en remplacement de M. Mathieu, montra, lui aussi, beaucoup d'aigreur el d'intolérance dans les commencements : c'est ce qu il est impossible de nier quand on a sous les yeux la collection des (lé|)éclies relatives au Mexiipie, que le gouvernement aiglais a publiées; mais cette justice est due à sir G. Lennox Wyke, (ju'il ne tarda pas à revenir de ses premières impressions. Un exanien approfondi de fétat des Hioses et des esprits au Mexicpie lui donna bientôt la conviction que les malheurs qui avaient désolé ce beau pays étaient l'œuvre da parti réactionnaire; que le gouvernement de Juarez était, après tout, Texpression la i)lus vraie des vœux de la nation, <ît le seul gouvernement national qu'elle put espérer; qu'au

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parti réactionnaire étaient imputables tous les excès, tous les brigandages, tous les meurtres dont les étrangers résilant au Mexique avaient eu à souffrir; et que, s'il était ripiureosement conforme au droit des gens de demander N>mpte au pouvoir existant des méfaits du passé, bien que te passé ne fiU pas le sien, il était en tout cas équitable de ne pas le prendre à la gorge, et, dès qu'il faisait preuve de tniODe volonté, de lui donner le temps de se reconnaîlre.

Quant à l'amiral Jurien de Lagravière, sa conduite, à partir du jour où il mit le pied au Mexique, semble avoir été celle d'un homme bien intentionné, plein de droiture, accessible aux sentiments qui ont leur point de départ dans la eonscience, mais d'un caractère faible et désireux outremesure de ne laisser planer aucun doute sur son dévouement quand même à Tempereur.

Pour ce qui est des dispositions du général Prim, il n'en a pas fait mystère. Lorequ'il arriva au Mexique, sa grande préoccupation était d'obtenir du gouvernement mexicain les réparations convenables, mais en considérant la force des armes comme le dernier des moyens aux(|fiels on dût recourir. Le général Prim n'ignorait pas combien était enracin(^e dans le cœur du peuple mexicain la haine des Espagnols, et il pensait avec raison que son devoir était d'en atténuer les effets, et, autant que faire se pouvait, d'en tarir la source. C'est cette tendance, mal interprétée ou, pour trancher le mot, calomniée, qui a donné lieu à la supposition que le général Prim convoitait le trône dm Mexique. Il a lui-même repoussé cette imputation avec une énergie qui me dispense de toute preuve additionuelle.

Ce fut lui, vous vous en souvenez, qui prit les devants, une fois Texpédition collective de la France, de la Grande- Bretagne et de l'Angleterre résolue. Le but de cette expédi-

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tioo, tel qu'il se trouve défini de la manière la plus claire et la plus décisive dans la convention du 31 octobre 1861, était d*oblenir du gouvernement mexicain la réparation de certains laits dont avaient à se plaindre des résidants étraogen, français, anglais et espagnols, — faits de violeoce et de spoliation dont, par parenthèse, les auteurs n'étaient autres que les Miramon, les Marquez, les Miranda, c* est-à-dire les ennemis mêmes du gouvernement auquel réparation était demandée ! De renverser Juarez, de mettre fin à la domination du parti libéral, de substituer le régime monarchique au régime républicain, pas un mot.

La politique de lord Russell était, en effet, opposée de la façon la plus absolue à toute tentative d*intervenlioB dans les affaires intérieures du Mexique, et ces vues du cabinet de Saint-James avaient été adoptées par lec^ binet de Madrid. Ce fut conformément h ces données que le général Prim rédigea, en janvier 1862, le projet d'une proclamation qu'il fit agréer, sauf quelques légères modifications, par ses collègues de France et d'Angleterre dam leur première réunion, qui eut lieu le 16 janvier 1862. Le ton de cette proclamation était on ne peut plus conciliant. Toute idée de guerre en était bannie. La paix y parlait son plus doux, et je pourrais ajouter son plus noble langage. Elle fut, comme je viens de le dire, unanimement acceptée, après un débat approfondi et quelcpies modifications légères; l'Ile fut consiMiuemment imprimée, elle fut publiée avec les si'jnalures de tous les commissaires : C. Lennox Wvke, E. Jurien de la Gravière, Hugli Dunlop, Dubois de Saligny vi le général IMim, comte de Heuss.

Que iToyoz-vous qu'il advint? Uuelques jours s'étaient i peine écoulés, (|ue le jçénéral Prim eul vent de certaines rumeurs étranges se rapportant à M. Dubois de Salii^ny. Non-

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