‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 132 sur 169 · LES ANGLAIS ET LES CONFEDERES · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS ET LES CONFEDERES

sence se fi\\i rarement sentir, et qui est prodigue de sa lumière. Quelle inondation permanente de publicité! Que de journaux, et, pour ces journaux, que de lecteurs! Que d'esprits appliqués, chaque matin, à fouiller tous les coins et recoins d'une question donnée! Cependant, que Tiustinct vienne h parler un peu haut, adieu la logique! adieu la raison ! adieu le soleil !

Voyez, par exemple, Tclat de l'opinion publique, en ce pays, à l'égard de TAmérique ! Quoi de plus absurde que l'excès des sympathies du peuple anglais pour le Sud? L'Angleterre, qui a détruit Tesclavage dans ses colonies et poursuivi sur toutes les mers les comuierçants de chair humaine, se prenant de tendresse pour des propriétaires d'hommes! L'Angleterre, qui tient à la conservation du Canada, accumulant à plaisir contre elle, dans le cœur des fédéraux, des trésors de vengeance! L'Angleterre, qui tremble de voir son gouvernement intervenir entre les deux partis, intervenant par prescjUvi tous s(^ journaux, par presque toutes ses revues, par presque tous ses organes, et s' exposant à souffrir, plus tard, des suites de la neutralité moralement violée de la sorte, sans recueillir aucun des avantages que pourrait lui rapporter une violation officielle, directe, hardie, de cette même neulrolité! N'est-ce point là un singuher spectacle? Vainement expliquerait-on par la question tragique des débouchés Tentrainement des Anglais vers le Sud? Ce n'est pas en exagérant de parti pris les succès des confédérés; en s'extasiant à tout propos et hors de propos sur l'incomparable valeur de leurs armées, sur le génie de leurs hommes d'État, sur l'habileté miraculeuse de leurs généraux, sur l'admirable véracité de leurs bulletins, et en parlant avec un mépris systématique des fédéraux, soit qu'il s'agissi» de la trempe de leurs soldats, ou de la science mililaire de

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leurs généraux, ou de la capacité de leurs administrateurs et de leurs fiuanciers, ou de la sincérité de leurs rapports ; ce n*est pas en approuvant tout quand il est question du Sud, et en bLlmant tout quand il est question du Nord, qu*on donnera du coton à manufacturer et du pain à manger aux ouvriers du Lancashire. D'ailleurs, il y a .dans les sympathies qui se maiiirestent pour le Sud en Angleterre plus qu'un (jIcuI d'iniérOt, il y a un entraînement passionné, irréfléchi, et, comme je le disais plus liant, une véritable tendresse de cœur.

Me demanderez-vous d'où cela vient? Cela vient de deux grondes sources (pii, en Angleterre, ne sont jamais taries : rinstinct aristocratique et Tégoïsme national. Aux yeux des Anglais, la querelle qui ensanglante le nouveau monde n'est autre chose qu'une lutte entre l'aristocratie anglaise et la plèbe irlandaise ou allemande. Dans les hommes du Sud, ils aiment et admirent, à tort ou h raison, leur propre race; dans les hommes du Nord, ils détestent ce qu'ils considèrent comme un ramas d'étrangers. Pour eux, les gentlemen sont dans un camp et la canaille dans raulre. El comme la canaille ici est profondément méprisée, surtout par la canaille, le sentiment que je décris est, la classe ouvrière exceptée, celui de FAngletorre.

Inutile (|ue je vous signale ce qu'un instinct semblable n nécessairement d'aveugle, de déraisonnable et «rinjuste. Sv vous étonnez donc pas que la nouvelle des victoires élecl<>rales remportées dans le Nord par les démocrates sur les ré|)ul)licains, c'est-à-dire par ceux des fédéraux qui pactisent avec l'esclavage sur ceux qui n'en veulent pas ou n'en veulent plus, ait été ici un sujet d'allégresse. Oui, telle est la véhémence du sentiment qui pousse l'opinion publique .• prendre parti pour le Sud, que l'Angleterre appuie de ses

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