‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 133 sur 169 · LES ANGLAIS ET LES CONFEDERES · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS ET LES CONFEDERES

vœux les démocrates américains, uniquement parce qu'elle croit ceux-ci plus disposés h s'entendre avec les planteurs que le parti opposé.

Et quels sont, je vous prie, — à part cette triste considération, — les litres des démocrates américains aux sympathies de r Angleterre? Est-ce que ce n'est pas de leur camp que sont toujours parties, contre elle, les attaques les plus violentes? Esi-ce que ce n'est point par eux que la doctrine Monroë a été proclamée avec le plus d'orgueil? Est-ce que ce n'est point dans leurs rangs que se sont trouvés les plus ardents apôtres de l'invasion de Cuba, de la conquête du Canada et de Tannexion du Mexique? Est-ce que ce n'est pas à eux qu'est due Todieuse et honteuse loi relative à l'extradition des esclaves fugitifs ? Je ne sache pas qu'aucun de ces motifs soit de nature à rendre les démocrates américains chers au peuple anglais! Mais, je le répète, il les juge plus disposés que leurs adversaires les républicains à tendre au Sud une main amie : là est le secret. ' Hais Ih aussi est l'erreur.

Aussi passionnément que les républicains, les démocrates veulent le rétablissement de l'union; aussi passionnément que les républicains, les démocrates veulent une nation américaine assez compacte, assez forte, assez puissamment organisée pour faire la loi au vieux monde.

Si l'on en doute, qu'on lise leurs manifestes. Entre eux et le parti opposé, la seule différence est qu'ils aspirent, eux, à rétablir l'union sur la base de l'esclavage, tandis que les républicains aspirent à la rétablir sur la base du travail libre. Est-ce la raison qui porte l'Angleterre à saluer la victoire électorale, vraie ou fausse, des premiers sur les seconds? Grâce à Dieu, il n'est pas un Anglais qui osât avouer cela, et j'ajoute, pour l'honneur de cette grande contrée,

^Ig LETTRES sot L* ANGLETERRE (1862)

qu'il u>D «^t p.is UD qui os;it se Tavouer à lui-même ! Mai> la nature humaine est ainsi faite, qu'elle invente pour se tromper, quand elle en a bien envie, toutes sortes de beaux prétextes dont elle se paye avec une bonne foi qui serait risible*, si elle n*ëtait pas bmentable.

En celte occasion, quoi de plus légitime que le prétexte mis en avant : fiatérèt de la paix? Si les démocrates remportent, leur tolérance à Téerard de Fesclavage rend un rapproi-hement possible, et quelle âme chrétienne ne se réjouirait à ridée de voir entin disparaître le fléau d'une querelle si fatale aux deux hémisphères? Ainsi raisonnent les honnêtes gens qui ont absolument besoin d'être dupes de leur esprit, pour n'avoir rien à démêler avec leur conscience. Et ils ne s'a|>ereoivent pas : d'abord que leur espoir est chimérique, pan*e que le Nord ne saurait être amené à un compromis qui serait le triomphe absolu du Sud ; ensuite que leur espoir est inintelligent, parce que l'union rétablie au moyen «lu principe des démocrates ne serait pas un moindre emborrrîs politique pour l'Angleterre que l'union rétablie au nwvn «lu principe «les rôpuMiciiins", et enfin, que leur esp^Mr sérail immoral , s'ils s'en rendaient exactemeiiî compte, pane que l'union, rét:il>lie sur la base de Tesilavage, assurerait une importance et une <lurée sinistres à t'eiU^ pos<*\<5sion de l'homme par l'homme, qui est iopprobn* <\c la civilisation moderne, conmie il en est en ce moment le cancrr!

Antn- singularité, montrant jusqu'à quel point l'opinion publiqiif, f'fi Angleterre, a fait divorce avec la logique dan^ la question américaine.

Nul Monte que la médiation proposée par le gouvernement français et refusée par le gcmvernement russe, ne sf)ic avantagease au Sud. En réalité, un armistice, dans les

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