‹ Lettres sur l'Angleterre (volume 3)Chapitre 134 sur 169 · LES ANGLAIS KT LES CONFEDERES · texte numérisé non relu

LES ANGLAIS KT LES CONFEDERES

coDJonctures présentes, serait la victoire du Sud sur le Nord. Un armistice, en effet, donnerait au Sud, en lui permettant de vendre sa récolte de coton, le moyen d'avoir de l'argent, qu'il emploierait, cela va sans dire, à s'approvisionner d'armes, de fusils, de bateaux à vapeur, de tout ce qu'il lui faut pour continuer la guerre avec vigueur aussitôt qu'elle serait reprise; au lieu que, pendant ce temps, les finances du Nord s'épuiseraient à maintenir sur pied des armements dont le poids les écrase. Les vaisseaux armés du Nord, voilà ce que le Sud redoute, et l'armistice annulerait leur pouvoir en les condamnant au repos précisément dans l'intervalle requis pour leurs opérations effectives. Charleston serait mis à l'abri d'une attaque, et Galveston renforcé. L'armée étant composée en partie d'artisans détournés de leurs travaux et pressés de les reprendre, l'inaction et l'éloignement du péril tendraient à les désorganiser, tandis que le Sud, nourri par le travail des esclaves, se trouverait en état d'exercer les troupes dont il dispose, et serait prêt, à l'ouverture de la campagne. Tout cela, quelques hommes qui pensent l'ont vu, et le Speclalor a publié dernièrement à ce sujet un article fort remarquable ; mais, chose étrange ! c'est ce que ne semblent pas avoir aperçu les amis si nombreux du Sud; et, au lieu d'appuyer l'idée d'une médiation dont leurs protégés seraient les seuls à profiter, ils se sont étudiés à la combattre de leur mieux. Si bien que cette idée est en ADgleterre, jusqu'à nouvel ordre, la plus impopulaire qui se paisse conc43voir.

Ainsi va le monde !

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25 noTemlHY .

Le trône de Gréée à oeeoper et l*opisioB.

Il s*opèrc ici clans les esprits, relativement k la question grecque, un mouvement qui mérite de vous être signalé.

Tant que le choix d*un candidat pour le trône de Grèce a paru douteux, l'opinion publique s'est montrée, en Angleterre, presque hostile à la candidature du prince Alfred. L'idée dominante était que, si l'Angleterre semblait appuyer une candidature anglaise, elle renoncerait par cela même au droit d'invoquer contre une candidature française ou russe les termes du protocole signé, au mois de février 1830, par le prince de Lieven, le comte de Montmorency-Laval et le comte (fAberdeen, plénipotentiaires de Russie, de France et d'Angleterre; — protocole qui, comme vous le savez, exclut du trône de Grèce tout prince appartenant à la famille régnante de chacune des puissances signataires.

De fait, les chances tout d'abord paraissaient être pour le duc de Leuchtenberg, qui, en sa double qualité de fds de la grande-duchesse 3Iarie et de petit-fils d'Eugène Beaubarnais, s'annonçait comme devant être le candidat préféré par le cabinet de Saint-Pétersbourg et celui des Tuileries.

D'un autre côté, la composition du gouvernement provi- *^oirç en Grèce n'était pas de nature à rassurer les Anglais. Le président, Dimitri Bulgaris, homme très-énergique, très-

LE TRONE DE GRÈGE A OCCUPER ET l'oPINION 281

populaire, et Tun des meilleurs orateurs de la Grèce moderne, n'a jamais l'ait mystère de ses sympathies pour la France et pour les institutions françaises ; à tel point même que ses eunemis Taccusent d*étre vendu au gouvernement impérial. Constantin Kanaris, qui occupe le poste de premier viceprésident, passe aussi pour être très-favorablement disposé à regard de la France, et plus favorablement encore à Tégard de la Russie, étant natif de File d'Ipsara, qui appartient encore aux Turcs. Reste le second vice-président, Benizelo Roufos, qu'on peut considérer comme le chef de ce qu on nomme, en Grèce, le parti anglais. Benizelo Roufos est un homme immensément riche, fort honnête et fort estimé dans son pays ; mais ces avantages ne sauraient contre-balancer, ni le talent et la popularité de Bulgaris, ni le prestige que donne h Constantin Kanaris le souvenir, toujours vivant, de ses prouesses navales pendant les guerres de flndépendance, prouesses qui lui valurent, de la part de Victor Hugo, le surnom de moderne Thémistode.

Ce n'était donc pas sans raison que TAngleterre se défiait du succès de la candidature du prince Alfred, lorsqu'elle fut posée, et, conséqucmment, Topinion publique parla comme le renard de la fable : elle déclara les raisins trop verts et bons pour les goujats, — à condition toutefois que les goujats ne fussent ni russes ni français.

Mais voici que les événements en Grèce ont pris un tour inattendu. L'influence de la France, dont on redoutait si fort les triomphes, a donné à peine signe de vie; les intrigues russes, dont on faisait tant de bruit, ont laissé chaque pavé h sa place, et il se trouve, au contraire, que c'est la candidature du prince Alfred qui a le vent en poupe. S'il faut en croire les correspondances, son nom est acclamé par les clubs; son buste a été couronné de fleurs; il est adoré par

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anticipMioD. Heureux jeune homme! Il n\ a vraimentque les princes pour exciter de tels transports d*eDtboiisiasme à si peu de frais.

Quoi quMl en soit, tes choses ayant tourné de la sorte, ne vous étonnez pas si les raisins ont cessé de paraître trop ?crts. Aussi la candidature du prince Alfred commeoce-l-elle à obtenir en An^eterre un accueil que les obsenalenrs superficiels, il y a deux ou trois semaines, n*y auraient jamais jogé possible. Une foule d'inconvénients qu'on y voyait ont disparu soudain ou sont estimés de peu d'importance. Eacore quelques jours, et la crainte de violer le traité de février 1830 sera dénoncée comme une faiblesse puérile. Déjà les intelligences subtiles concluent des termes uiêmes de ce traité que, pris à la lettre, il n'engage h rien. Que dit, en effet, le troisième paragraphe? « Le . gouvernement de Grèce sera une monarchie héréditaire, avec succession au trône par ordre de promogéniture. Le gouvernement sera confié à «d prince qui ne devra pas être choisi parmi les familles régnantes des Etats qui ont signé le traité du 26 juillet 4827, et portera le litre de prince souverain de Grèce. » Or, fooi observer les intelligences subtiles dont je parle, il est absurde (le supposer qu'en rédigeaïit cette clause, T Angleterre, la France et la Russie aient entendu s'engager pour toujours, (|uelles que pussent être, dans un avenir plus ou moins éloigué, les circonstances; ([uel que pût être le cours imprimé aux événements par une révolution nationale. Lorsque, au moment d'organiser le nouvel État, il fut décidé qu'on n'appellerait au trône de Grèce ni un prince français, oi uu prince anglais, ni un prince russe, c'était évidemment en vue de la situation du jour, qu'on connaissait, et non en \T>e d'une situation future, qu'on ne prévoyait pas et qu'il était impossible de prévoir. Comment imaginer que les trois puis-

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